Justice
Le CHU d’Angers condamné pour avoir continué à opérer une patiente malgré ses « cris » et ses « pleurs »

Le tribunal administratif de Nantes a condamné le centre hospitalier universitaire (CHU) d’Angers (Maine-et-Loire) à indemniser une patiente qui se plaint de « douleurs persistantes » depuis son opération des varices.
Lylianne XXX – âgée de 66 ans à l’époque – avait été prise en charge le 10 novembre 2020 pour une « ablation (…) sous anesthésie locale » d’une varice. Si les suites de l’intervention s’étaient d’abord avérées « simples », la sexagénaire avait cependant « commencé à ressentir un gonflement de son mollet droit accompagné d’un hématome », des « douleurs au niveau de la face interne de l’aine droite et de la jambe droite », une « gêne importante dans la marche » et des « difficultés à trouver le sommeil »
Les examens post-opératoires n’avaient pourtant révélé « aucune anomalie » et la patiente avait été « orientée vers un centre anti-douleurs » qui avait « rejeté sa demande de prise en charge ». Elle s’était alors retournée contre le CHU d’Angers, qu’elle estimait « responsable » de ses douleurs. L’établissement ne l’avait précisément pas « informée » des « risques » entraînés par l’opération, se plaignait Lylianne XXX.
Le centre hospitalier avait même commis « plusieurs fautes dans sa prise en charge », soutenait-elle dans la requête qu’elle avait introduit au tribunal administratif de Nantes : la chirurgie « n’était pas indiquée en première intention », l’opération « aurait dû être stoppée face à ses plaintes et douleurs » et aucune « solution thérapeutique satisfaisante » ne lui avait été proposée afin de « prendre en charge » ses douleurs dans le « suivi post-opératoire ». La requérante réclamait donc 14.015 € de dommages et intérêts à l’établissement.
UNE OPERATION « POUR DES MOTIFS ESSENTIELLEMENT ESTHETIQUES »
« Si Mme XXX (…) a été informée (…) des principales complications susceptibles d’être entraînées (…), elle ne l’a pas été s’agissant des douleurs neuropathiques persistantes, risque pourtant redouté à l’issue de ce type d’intervention et qui s’est réalisé en l’espèce », confirme le tribunal administratif de Nantes dans un jugement en date du 30 octobre 2025 qui vient d’être rendu public.
La « fiche d’information » fournie à la patiente « ne fait mention que d’une douleur liée à une inflammation locale disparaissant en « environ une semaine » alors que ses douleurs ont « présenté un caractère persistant », avait déjà fait observer l’expert.
« Mme XXX a (…) demandé à plusieurs reprises, au cours de l’intervention (…), l’arrêt de cette opération en raison des douleurs (…) qui se traduisaient par des pleurs et des cris de sa part », soulignent encore les juges. Les médecins ont donc commis une « faute » en « poursuivant cette opération en dépit du souhait exprimé par la patiente d’y mettre un terme ».
L’opération n’a d’ailleurs « pas été conforme aux données acquises de la science dès lors que (…) la première intention thérapeutique aurait dû consister à lui faire porter une contention élastique », relèvent les magistrats nantais. « Si le CHU d’Angers conteste l’efficacité d’une telle contention, en raison des antécédents de thromboses veineuses profondes présentés par la requérante, il ne produit aucun élément (…) à l’appui de ses allégations ».
« Si Mme XXX avait été informée du risque (…) de souffrir de douleurs neuropathiques persistantes, elle n’aurait pas consenti à l’opération », pensent en fin de compte les juges. En tout état de cause cette opération « décidée pour des motifs essentiellement esthétiques » ne présentait « aucun caractère indispensable ». Le CHU d’Angers devra donc verser 12.200 € de dommages et intérêts à la requérante et 150 € à sa caisse d’assurance maladie. Il devra également régler la totalité des « frais d’expertise », soit 2.650 €
