Citoyenneté
Feux de forêts : et si les camions de pompiers voyageaient par le rail depuis Angers ?

Chaque année, à l’approche de l’été, les colonnes de renfort feux de forêts se mettent en ordre de marche. Du 15 mai au 30 septembre, sapeurs-pompiers professionnels et volontaires sont mobilisables afin de renforcer les départements les plus exposés aux incendies. Depuis le Maine-et-Loire et plus largement la région Pays de la Loire, ces colonnes prennent régulièrement la route vers le sud de la France, notamment vers Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône. Un déplacement long, éprouvant et coûteux, que certains acteurs estiment aujourd’hui pouvoir repenser grâce au rail.
Un engagement humain et matériel considérable
Lorsqu’un feu majeur se déclare ou que les conditions météorologiques deviennent défavorables, des colonnes de renfort sont envoyées dans les zones les plus touchées pour appuyer les moyens déjà engagés. « Une colonne feu de forêt, c’est au minimum soixante agents et une vingtaine d’engins, mais on peut monter à près de cent personnels selon les situations », rappelle Sébastien Delavoux, représentant de la CGT SDIS 49.
Les engins engagés sont spécifiquement conçus pour le combat du feu en milieu naturel. « Un camion feu de forêt est armé par quatre agents formés au hors-chemin, avec une citerne de 2 000 à 4 000 litres d’eau. Ce ne sont pas des camions de route, mais des engins de franchissement », insiste-t-il.
Des trajets routiers longs et pénalisants
Entre Angers et Toulon, près de 895 kilomètres doivent être parcourus. Un trajet qui, en conditions normales, pourrait s’effectuer en moins de neuf heures, mais qui dépasse largement ce délai lorsqu’il est réalisé en colonne. « On roule groupés, à vitesse réduite, avec des pauses obligatoires pour le carburant, les repas et les changements de conducteurs. En réalité, le trajet dure plutôt douze heures », explique le syndicaliste.
Ces déplacements se font majoritairement de nuit afin d’éviter les fortes chaleurs, au prix d’une fatigue importante pour les personnels. « Il est normalement préconisé de ne pas engager immédiatement des pompiers qui arrivent de transit, mais sur le terrain, ce n’est pas toujours possible », regrette Sébastien Delavoux.
Une usure mécanique et un coût environnemental élevés
Outre la fatigue humaine, l’impact sur le matériel est considérable. Les camions feux de forêts sont équipés de pneus mixtes ou agricoles, inadaptés aux longues distances routières. « Les vibrations entraînent régulièrement des pannes, des desserrages de boulons, parfois même des pertes de pièces », alerte Christophe Garrot, pour la CGT Cheminots d’Angers.
La consommation de carburant est également importante. « Ces engins consomment au minimum vingt litres aux cent kilomètres. Sur un Angers–Toulon, on est autour de 3 500 litres de gasoil pour un seul trajet », souligne-t-il. À cela s’ajoute le remplacement fréquent des pneumatiques. « Un jeu de pneus, c’est environ 2 000 euros par véhicule. Quand une colonne descend trois ou quatre fois dans la saison, les coûts explosent », poursuit le représentant cheminot.
Le rail, une solution déjà éprouvée ailleurs
Face à ce constat, les syndicats CGT avancent une proposition : transférer le transport des engins sur le rail. « Le chargement pourrait se faire très simplement depuis le quai militaire de la gare du Maroc à Angers, qui est directement connecté au Réseau ferré national », explique Christophe Garrot. Les sillons seraient demandés par l’état-major des pompiers à SNCF Réseau, tandis que les filiales fret et maintenance garantiraient le respect des gabarits.
Plusieurs organisations sont envisageables. « On peut imaginer des trains complets avec des voitures couchettes pour permettre aux pompiers de se reposer, ou bien faire voyager les personnels par TGV pendant que les engins descendent par le fret », détaille-t-il. Une solution déjà utilisée par l’armée. « Les militaires transportent leurs engins par le rail depuis des années. Les pompiers sauraient le faire aussi », affirme le syndicaliste.
Une organisation compatible avec l’urgence
Le trajet ferroviaire entre Angers et Toulon serait estimé à environ deux jours, comprenant une demi-journée de chargement, douze heures de trajet et une demi-journée de déchargement. Un délai jugé compatible avec l’organisation de la lutte contre les feux de forêts. « Les périodes de risque sont connues à l’avance. Cela permettrait de planifier les acheminements sans pompiers accompagnants, tout en conservant la capacité de répondre à l’urgence si nécessaire », précise Christophe Garrot.
Même si le coût exact reste difficile à établir, notamment en raison de l’organisation actuelle de la SNCF, les bénéfices semblent évidents. « On préserverait les engins, on réduirait la fatigue des agents, on limiterait l’impact environnemental et on aurait des personnels plus rapidement opérationnels à l’arrivée », résume Sébastien Delavoux.
Une conclusion avant tout politique
Pour les promoteurs du projet, le transport ferroviaire des camions de pompiers coche toutes les cases. « C’est un projet respectueux des pompiers, écologique, financièrement économique et efficace », conclut Christophe Garrot. Mais sa mise en œuvre dépendra avant tout d’une volonté politique forte.
Les maires des communes de départ et d’arrivée, les départements concernés, les services d’incendie et de secours, ainsi que le ministère de l’Intérieur et le ministère des Transports devront s’en saisir. « Les services publics doivent reprendre l’initiative plutôt que de subir les contraintes. C’est une question de préparation et d’organisation », insiste le représentant de la CGT Cheminots.
