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Dans l’ombre de Macron, tractations tous azimuts en vue des législatives

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par Elizabeth Pineau et Tangi Salaün

PARIS (Reuters) – Les tractations en vue des élections législatives françaises se sont accélérées mardi des deux côtés de l’échiquier politique, alors qu’un sondage laisse penser que le parti La République en marche (LaRem) du président fraîchement réélu Emmanuel Macron et ses alliés pourraient conserver la majorité absolue au Parlement en juin.

Si le conseil des ministres a été repoussé de mercredi à jeudi, le camp présidentiel n’échappe pas aux spéculations, en particulier sur le nom de la personnalité qui devrait succéder à Jean Castex à la tête du gouvernement, et mener la campagne des élections législatives.

Pendant que le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen et la France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon, auquel il a manqué 1,2 point sur la base des suffrages exprimés pour atteindre le deuxième tour de la présidentielle, s’emploient à fédérer leur camp, une des clés de la recomposition du paysage politique se trouve au sein des Républicains (LR), le parti historique de la droite française, plus que jamais menacé d’implosion.

Après la déroute de sa candidate Valérie Pécresse, qui n’a pas atteint le seuil de 5% des voix au premier tour, LR a réuni mardi son comité stratégique avec la tâche quasi impossible de se donner une ligne politique face aux sirènes de la majorité présidentielle et à celles de l' »union des droites » chère à Eric Zemmour, l’ancien candidat de Reconquête!

« On est en reconstruction », a reconnu le président de LR, Christian Jacob, en sortant de la réunion. « Il n’y a pas de double appartenance, il n’y en aura jamais », a-t-il assuré.

Traditionnellement bien implanté dans les territoires, encore majoritaire au Sénat et première force d’opposition à l’Assemblée nationale, l’héritier de la synthèse du gaullisme et du giscardisme a tout à craindre des législatives à venir.

D’après un sondage Harris Interactive pour Challenges publié lundi, LR ne recueille que 8% des intentions de vote au premier tour des législatives, loin derrière la majorité présidentielle actuelle (24%), le RN (23%) et LFI (19%).

LR AU BORD DE L’IMPLOSION

Selon les projections de ce sondage en vue du deuxième tour, LaRem et ses alliés seraient en mesure d’obtenir une majorité absolue confortable, avec entre 328 et 368 sièges (sur 577), LR et ses alliés en étant réduit à la portion congrue (35 à 65 sièges), derrière le RN (75 à 105 sièges) et un bloc de gauche totalisant entre 50 et 100 sièges.

« Chez LR, c’est la division la plus totale », déplore une source parlementaire du parti, qui voit les élus se déchirer sur la ligne à tenir.

Si Christian Jacob voit dans l’indépendance de LR la seule alternative crédible au pouvoir actuel, certains semblent prêts à saisir la main tendue par Emmanuel Macron, comme le président du groupe à l’Assemblée, Damien Abad, tandis que d’autres penchent vers l' »union des droites » avec le RN et Reconquête!, à l’instar du « finaliste » de la primaire LR, Eric Ciotti.

Dans ce contexte, le choix du futur chef du gouvernement par Emmanuel Macron pourrait porter le coup de grâce au parti des anciens présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy – lui-même s’étant beaucoup rapproché de l’actuel chef de l’Etat, avec lequel il s’est entretenu lundi, selon son entourage.

« Ce que je sais, c’est que si Macron met un Premier ministre de droite, ça va encore plus faire éclater le parti. Ils sont complètement perdus », confie une autre source parlementaire LR.

Parmi les noms qui circulent le plus dans les couloirs de l’Assemblée figure justement celui de l’ancienne ministre de l’Ecologie de Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet.

« Si certains veulent travailler avec (Emmanuel Macron), ils en ont le droit, mais il y a un parti pour ça : qu’ils le rejoignent. La droite, elle, a un choix simple : proposer une alternative enfin claire, ou disparaître », a résumé le député européen François-Xavier Bellamy.

LE RN NE VEUT « PAS DE MARCHANDAGE »

Le sort réservé à LR est observé de près des deux côtés de l’échiquier politique.

D’abord à droite, bien sûr, où le RN ambitionne cette fois de devenir la première force d’opposition, lui qui n’avait pas réussi à capitaliser sur la deuxième place de Marine Le Pen en 2017, avec moins d’une dizaine de députés.

Fort de la progression de sa candidate dans les urnes, où elle a gagné plus de deux millions de voix en cinq ans, le RN a repoussé les premiers appels à l’alliance de Reconquête!, tout en ne renonçant pas à constituer sous sa bannière l' »union des droites » souhaitée par Eric Zemmour et la propre nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal.

« Je veux pas qu’on rentre dans une logique de marchandage entre partis politiques parce que les Français n’en veulent plus », a déclaré mardi Louis Aliot, maire de Perpignan et porte-parole de Marine Le Pen, sur CNews.

« Il y aura des candidats RN dans toutes les circonscriptions de France, peut-être deux-trois exceptions mais en tout cas à 97% », a-t-il assuré.

Pour autant, « on pourrait soutenir demain des gens qui ne sont pas du RN. (…) On verra bien qui demande et au cas par cas, on décidera de qui on soutient », a ajouté Louis Aliot, laissant une porte ouverte aux membres de Reconquête! ou de LR qui voudraient se ranger derrière le RN.

MÉLENCHON VEUT RASSEMBLER LA GAUCHE

De quoi faire élire, selon Louis Aliot, jusqu’à une centaine de députés du camp nationaliste, le RN récusant l’étiquette d’extrême droite.

« (Mais) si c’est pour faire les magouilles que sont en train de faire M. Mélenchon et le parti socialiste, moi je serai le premier à dire non », a-t-il insisté.

La pique envoyée au dirigeant insoumis, qui s’est réjoui de la défaite de Marine Le Pen, n’est pas anodine alors que les deux mouvements vont une nouvelle fois se disputer le vote des classes populaires, excédées par Emmanuel Macron et sensibles à leurs promesses communes sur le pouvoir d’achat ou l’âge de départ à la retraite.

Comme en 2017, Jean-Luc Mélenchon se présente en leader naturel de la gauche et se rêve en Premier ministre d’une cohabitation imposée au chef de l’Etat, que 63% des Français ne souhaitent pas voir remporter les législatives, selon un sondage Opinionway pour Cnews et Europe 1 publié dimanche.

Rompant avec sa stratégie d’avant le premier tour de la présidentielle, quand le candidat de l’Union populaire appelait les autres candidats de gauche à s’effacer à son profit sans autre forme de procès, l’ancien sénateur socialiste a accepté d’ouvrir des négociations avec les autres partis pour former une alliance.

Une réunion de préparation des législatives est ainsi prévue mercredi entre LFI et le Parti socialiste, a-t-on appris auprès du parti de l’ancien président François Hollande, affaibli comme jamais après l’humiliation de sa candidate à la présidentielle, Anne Hidalgo (1,75% des voix), mais qui reste bien implanté dans certaines circonscriptions.

Des tractations ont aussi lieu avec les écologistes, mais si leur ancien candidat Yannick Jadot s’est dit prêt mardi à une « coalition des partis de gauche » dans l’intérêt supérieur de l’urgence sociale et climatique, il a précisé que ce ne serait pas en se rangeant derrière Jean-Luc Mélenchon, dont il juge le programme trop éloigné de ses valeurs, notamment sur la question de l’Union européenne, car « ça ne marchera pas ».

« Si on veut gagner, il faut respecter les identités de tous les membres de cette coalition », a-t-il déclaré sur France Inter. « C’est dans le respect des identités, des diversités, qu’on gagnera. »

(Reportage d’Elizabeth Pineau, avec Myriam Rivet, rédigé par Tangi Salaün, édité par Jean-Michel Bélot)