Le dallage de la tour du Moulin du château d’Angers se dévoile

Prévue pour une ouverture au public à l’automne 2026, la tour du moulin du château d’Angers voit ses travaux se terminer. Désormais ornée d’un dallage d’ardoise, sa restauration permettra aux visiteurs d’observer les vestiges d’un ancien moulin daté des guerres de religion.
La dernière pierre est désormais posée. Lourde d’une quarantaine de kilos, pensée et créée par l’entreprise BMH, elle symbolise la fin effective des travaux de restauration du dallage d’ardoises de la tour du moulin du château d’Angers. « L’évènement que représente sa réouverture, après 20 ans d’inacessibilité pour des raisons de sécurité, promet d’être incontournable » déclare avec joie Hervé Yannou, administrateur du Domaine national du château d’Angers.
La plus haute des 17 tours de schiste qui constituent le monument redécouvrira dans le courant de l’automne 2026 le plaisir d’accueillir du public. « Une fois les résultats de la commission de sécurité officiels, nous pourrons annoncer une date » poursuit Hervé Yannou. Un petit évènement, qui permettra la découverte d’un pan entier de l’histoire du château d’Angers, qui a accueilli à la fin du XVIème siècle un moulin à vent.
Une découverte inattendue
En haut des 83 marches qui donnent accès au point culminant de la ville d’Angers se trouve désormais un dallage d’ardoise circulaire, posé en escaliers. Elles sont en tout et pour tout 380, toutes découvertes lors des recherches archéologiques menées par l’Inrap et le service départemental d’archéologie du Maine-et-Loire. Une surprise dans ce chantier de restauration des remparts, qui a totalement rebattu les cartes des travaux à réaliser sur la tour.
« En dessous, ce n’était pas ce que l’on imaginait puisque nous avons découvert ce dallage, ce qui nous a forcés à repenser notre action » poursuit Hervé Yannou, « Au final, on s’est interrogé sur sa conception, sa conservation et la manière dont nous pourrions présenter ce dallage au public ». Grâce à une bonne conservation, plus de 60 % des ardoises présentes sur site sont d’origine. « Les 40 % restants proviennent de déchets issus de la carrière de Trélazé que nous avons retravaillés à l’identique » explique Charles-Henri Hiret, conducteur de travaux Monuments historiques chez BMH.
Après un mois et demi dédié à la simple pose de ces pierres, la restauration du dallage est entièrement terminée avec comme point d’orgue la pose d’une pierre circulaire, qui n’existait pas à l’époque de la création de cet ornement.
Un moulin qui trouve ses origines dans les guerres de religion
En mars 1562 éclatent les guerres de religion en France. L’Anjou vivra les prémices de ces oppositions le 14 octobre 1560 avec la journée des mouchoirs, avant d’être à son tour frappé par les massacres de la Saint-Barthélemy en 1572. « C’est dans ce contexte de guerre de religion que le moulin vit le jour sur la plus haute tour du château » raconte Hervé Yannou, « Toutes ses consœurs ont été rasées pour accueillir de l’infanterie, elle fut donc la seule à ne pas se faire décoiffer. »
La construction de cet édifice répond à un besoin d’autosuffisance en farine pour les garnisons du château, lui qui servait aussi de tour de guet puisqu’il offrait une vue panoramique sur toute la ville. «On pourrait penser que le point le plus haut du château à l’époque était la chapelle Saint-Laud, mais si c’était le cas de fait elle était plus facilement en proie à la foudre. C’est le moulin qui occupait donc cette fonction. » analyse l’administrateur du Domaine national du château d’Angers.
Édifié entre le 22 juin et le 31 juillet 1593, il verra, comme coup du sort, un violent orage briser une de ses ailes le 14 juin 1594. Il devient alors de plus en plus inutile. En 1598, l’édit de Nantes met fin aux guerres de religion, rendant totalement obsolète le moulin. Après 27 ans à régner sur les hauteurs d’Angers, il est démonté le 20 juin 1620.
Observable dès l’automne 2026
Aujourd’hui, il ne reste comme seul témoin de l’existence de cet édifice des textes écrits, et ce dallage. Véritable objet d’histoire, il ne sera accessible qu’oculairement.
« Le public pourra circuler uniquement sur le pourtour de l’édifice » résume Hervé Yannou.
Une passerelle métallique circulaire périphérique sera ainsi installée, et longera la tour du moulin. Elle possédera une capacité d’accueil de 19 personnes, contrôlée depuis le pc du parc et via un système de fermeture en cas de nécessité. La pose de cet échafaudage se fera dans les semaines qui arrivent, après la réalisation d’un travail de ferronnerie. Celui-ci permettra aux visiteurs de visiter une tour fermée au public depuis 2005, culminant à plus de 40 mètres de la Maine, et de 30 mètres de la cour.
Poursuite et fin de la restauration de la face Nord
Ces travaux de restauration ne sortent pas de nulle part. Le château connaît une forte dynamique d’accueil ces dernières années, voyant son nombre de visiteurs doubler en vingt ans, atteignant désormais un chiffre de 324 000 personnes accueillies à l’année.
C’est dans ce contexte et sur décision de l’ancienne ministre Roselyne Bachelot dans le cadre du plan France Relance que les travaux de rénovation de la façade Nord, incluant la tour du Moulin, débutent en 2021. Pour un coût total de 6.5 millions d’euros, ils auront notamment permis la restauration de la porte en bois du château et de la serre du potager, l’étanchéité des voûtes et des sols, ainsi que le traitement du système d’évacuation des eaux de pluie.
Ces travaux de restauration ont été conduits par l’entreprise BMH, filiale de Vinci Construction spécialisée dans la taille de pierre dans les Pays de la Loire et implantée à Champigné dans le 49. La livraison au public de la tour du Moulin s’inscrit comme la dernière d’une longue lignée, et marque la mise à disposition des visiteurs de la totalité du château, et des 500 mètres de parcours qui le constituent.
Cette fin de restauration arrive dans une période de trouble pour les employés du château, alors qu’un préavis de grève a été déposé le 1er mai dernier par l’intersyndicale CGT CMN, CFDT-Culture, SUD Culture, sur une période allant du 2 mai au 30 juin 2026. Celui vise à dénoncer les sous-effectifs et la surcharge de travail qui en découle, promettant d’autres jours de grève dans les prochaines semaines si aucune solution n’est trouvée.


