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Technologie

Coronavirus : A partir de ce midi, faut-il installer StopCovid sur son téléphone ?

La rédaction
02/06/2020
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Capture – L’application StopCovid

L’application mobile de suivi de contacts imaginé par le gouvernement est disponible en téléchargement ce mardi 2 juin à midi. Malgré les fortes réticences qu’elle suscite, les autorités veulent croire qu’elle participera à briser de nouvelles chaînes de contamination.

C’est le jour J pour StopCovid. En chantier depuis deux mois, au coeur de vifs débats sur son efficacité et son caractère liberticide, l’application de suivi de contacts du gouvernement basée sur le Bluetooth des téléphones portables est disponible en téléchargement ce mardi 2 juin, jour de retour à “une vie presque normale” pour les Françaises et les Français avec l’entrée du pays dans la deuxième phase du déconfinement et la réouverture tant attendue des cafés et des restaurants sur fond de repli du virus.

A partir de midi, les propriétaires d’iPhone et de smartphones Android vont pouvoir télécharger StopCovid depuis leur magasin d’applications favori. Le gouvernement espère qu’ils seront nombreux à le faire afin d’optimiser l’efficacité de ce nouvel outil de contrôle de l’épidémie dont le coût est estimé à quelques centaines de milliers d’euros par mois. Selon un récent sondage Odaxa pour France Info, un peu moins d’un Français sur deux (45%) se disent prêts à l’installer et 18% vont certainement l’utiliser.

Approuvée par les députés et les sénateurs, StopCovid est présentée par les autorités comme une application complémentaire aux enquêtes téléphoniques menées par les brigades de traçage avec les proches des patients testés positifs au coronavirus. L’idée est d’utiliser la mémoire du téléphone pour permettre aux Français de savoir s’ils ont croisé un inconnu infecté par le coronavirus au moment où ils vont être amenés à multiplier les contacts avec la levée des principales restrictions du confinement.

Une installation volontaire, pas de suivi à la trace

L’application utilise pour cela la technologie Bluetooth, moins intrusive que le signal GPS, pour enregistrer les identifiants anonymes des autres utilisateurs qui se situent à une distance de moins d’un mètre pendant au moins quinze minutes, le seuil déterminé par les épidémiologistes pour considérer qu’il existe un risque de contamination. Si l’un d’entre eux se déclare positif au Covid-19 dans l’application, tous les appareils qui l’ont croisé lors des quatorze derniers jours seront invités par une notification à s’isoler et à se faire dépister.

Tout cela se fait sur la base du volontariat. Contrairement aux fake news relayées par plusieurs sénateurs ce week-end, StopCovid n’est pas préinstallée en secret sur les téléphones portable. Son installation est gratuite et l’anonymat est préservé grâce à l’utilisation d’identifiants aléatoires, même si le risque zéro n’existe pas et qu’il peut être possible de remonter à l’identité d’une personne dans certaines conditions. Les seules informations enregistrées sont des suites de chiffres générées toutes les quinze minutes, stockées sur le téléphone et partagées vers un serveur central.

L’Etat n’a pas accès à la liste des personnes diagnostiquées positives, ni aux interactions sociales entre les utilisateurs. Et encore moins au répertoire de contacts du téléphone, comme l’assurait Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée mercredi dernier. Pour fonctionner, l’application ne demande que l’autorisation d’utiliser le Bluetooth, les données cellulaires et les notifications, voire l’appareil photo pour scanner le code d’un éventuel test positif au Covid-19.

Comme l’ont confirmé nos tests de l’application, il est possible de la désinstaller et de supprimer ses données à tout moment. Le gouvernement a promis qu’aucune donnée ne sera conservée au-delà de 14 jours et que le dispositif n’a pas vocation à perdurer après l’état d’urgence sanitaire. Le projet a reçu le feu vert (sous condition) de la Cnil qui a rappelé que les Français sont libres de décider de l’installer et que son utilisation ne doit pas être conditionnée par un quelconque chantage, comme l’avait suggéré un député LREM. L’application a également été soumise à une chasse aux bugs menée par des hackers éthiques pour corriger ses vulnérabilités avant la sortie.

Un intérêt sanitaire évident mais une efficacité à prouver

Malgré ces garanties, StopCovid fait l’objet de fortes réticences. Une application qui conserve la liste des personnes croisées par son propriétaire, même sous pseudo, n’est pas anodine. Au-delà de la crainte de voir ce type de dispositifs introduits dans une politique publique, les opposants au projet s’interrogent sur l’efficacité réelle de l’application et de ses mesures en Bluetooth, une technologie qui n’a pas été conçue pour évaluer des distances. En raison des limitations instaurées par Apple et Google dans leurs systèmes d’exploitation respectifs, il est d’ores et déjà acquis qu’elle ne fonctionnera pas très bien sur iPhone (un Français sur cinq) et qu’elle ne sera pas compatible avec tous les smartphones. Selon les tests effectués par le gouvernement, l’application fonctionne sur les 100 téléphones les plus utilisés en France avec un taux de réussite de 75 à 80%.

Le succès de StopCovid dépendra aussi de son adoption par les Français. Selon les experts, il faudrait que 60% de la population télécharge l’application pour qu’elle produise des résultats sans être associée à d’autres mesures. Le gouvernement considère pour sa part qu’elle sera utile dès les premiers téléchargements et efficace à partir de 10% d’installations dans un bassin de vie. Des campagnes de communication ont été lancées pour inciter les Français à l’utiliser. Et un objet connecté pourrait être proposé aux 23% de Français qui ne sont pas équipés d’un smartphone.

Plusieurs députés se sont aussi demandés si StopCovid n’arrivait pas trop tard alors que le déconfinement est amorcé depuis trois semaines désormais et que tous les indicateurs de circulation du virus sont au vert sur le territoire. Le gouvernement estime au contraire qu’elle a toute sa place aujourd’hui dans les centres urbains, où les interactions sont plus fortes, pour remonter la piste des personnes croisées au fil d’un trajet dans le métro ou lors d’une soirée sur la terrasse d’un bar et ainsi faire gagner 24 à 48h aux enquêteurs de l’Assurance maladie dans la détection des nouvelles chaînes de contamination. Un comité de contrôle doit évaluer l’efficacité de l’application dans les prochaines semaines.

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