Le patrimoine de l’Anjou mis à l’honneur dans la nouvelle exposition de la collégiale Saint-Martin

À l’occasion d‘un alliage de célébrations incluant le bicentenaire de la naissance de la photographie, le Département de Maine-et-Loire déploie du 4 juillet au 20 septembre 2026 sa toute nouvelle exposition : « Passé recomposé, quand la photographie agite le patrimoine ». Une vitrine unique mettant en lumière le regard des 5 artistes du projet sur le territoire angevin.
Le patrimoine sous les projecteurs
C’est une collégiale Saint-Martin particulièrement investie que le public retrouve à l’occasion de l’ouverture de l’événement. Des photographies suspendues ou installées sur des pupitres en verre habillent désormais tout l’espace de la bâtisse historique.
Ce rendez-vous s’inscrit dans la programmation officielle du bicentenaire de la photographie validée par le ministère de la Culture. Destiné également à célébrer l’année de la culture dans le département ainsi que les 20 ans de la réhabilitation de la collégiale, le lieu s’est transformé en un écrin parfait pour sublimer les paysages et l’histoire de l’Anjou.
« C’est un véritable alignement des planètes », se réjouissent les co-commissaires de l’exposition, Thierry Pelloquet et Émilie Houssa. Une temporalité idéale qui permet de s’appuyer sur la photographie, une pratique accessible à tous et en parfaite adéquation avec les politiques culturelles locales : « Nos objectifs étaient que l’événement s’inscrive dans une politique de culture partagée, accessible car tout le monde sait comment prendre une photo , tout en valorisant notre patrimoine. »
Une course contre la montre pour la création
Les 5 artistes invités ont été sélectionnés par le duo de commissaires pour leurs différents univers. « Je savais que le travail de fresque plairait à Emma [Cossée Cruz], car je connaissais déjà ses créations. Quant aux noms de Juliette [Agnel] et Matthieu [Gafsou], ils me sont directement apparus comme une évidence lors de l’élaboration du projet en octobre dernier», confie Émilie Houssa.
Un projet d’envergure qui a toutefois nécessité un rythme soutenu pour les équipes de la collectivité et les créateurs. « Les résidences des artistes se sont étalées de février à mai. Nous n’avons pas eu de temps morts entre la phase de création et la mise en œuvre finale », s’amusent aujourd’hui les commissaires.
Le regard des photographes
Le cœur du projet nommé réside dans la réinterprétation des thèmes patrimoniaux imposés aux artistes. Jérôme Blin et Gaëtan Chevrier se sont ainsi emparés des notions de ruine et de refuge pour leur espace appellé “Sous la surface”. Leurs clichés se concentrent sur les sites troglodytiques, habités ou désertés, de Doué-la-Fontaine, à travers une esthétique oscillant entre le noir et blanc et des couleurs très feutrées. « Habiter ces endroits n’est pas donné à tout le monde. Nous avions à cœur de représenter ces moments de suspension sous la surface », confirment les deux photographes.
Donner une dimension actuelle à l’histoire
L’autre grand volet de l’exposition cherche à tisser un parallèle permanent entre le passé et le présent. Si le travail sur les troglodytes y parvient en immortalisant les résidents actuels de ces espaces atypiques, l’approche de Juliette Agnel explore une autre voie.
En se focalisant sur les vestiges antiques et les monuments de rites, notamment les menhirs, l’artiste a capté la persistance de leur mysticisme. Thierry Pelloquet rapporte une anecdote marquante : « En pleine séance photo, nous avons croisé un groupe qui s’était rassemblé pour fêter un anniversaire autour de ces menhirs. » Une preuve tangible pour l’artiste que ces lieux séculaires dégagent une énergie qui continue d’attirer nos contemporains, une vibration qu’elle s’est appliquée à transmettre à travers les images de “Le sous sol palpite”.
Les archives, matière première essentielle
Pour nourrir leurs productions, les artistes ont pu compter sur un soutien de taille : les fonds d’archives départementaux et municipaux, mis à leur disposition tout au long de leurs résidences de création.
Matthieu Gafsou, qui s’est penché sur l’ancien site de l’usine Thomson avec sa collection intitulée “Analogies”, s’est appuyé sur les archives patrimoniales d’Angers pour faire ressurgir un passé industriel jadis foisonnant. En projetant des images d’anciens employés sur les structures actuelles, il réussit le pari de faire revivre ce lieu aujourd’hui abandonné.
Pour la création “Une séparation de corps et pliures” d’Emma Cossée Cruz, ce sont les archives municipales de Saumur qui ont constitué le point d’ancrage indispensable, lui permettant d’exhumer de précieux documents en lien direct avec le riche patrimoine équestre de la région.
Aidan Bossard


