Crise climatique : « Aucune ferme ne doit disparaître », la Confédération paysanne interpelle la ministre de l’Agriculture dans le Maine-et-Loire
En déplacement ce mardi dans le Maine-et-Loire pour la rentrée de l’enseignement agricole, la ministre de l’Agriculture a été interpellée sur la situation des exploitations agricoles après un été marqué par des conditions climatiques particulièrement difficiles. La Confédération paysanne réclame un plan d’aide exceptionnel et défend un principe : aucune ferme ne doit disparaître.

Le rendez-vous était consacré à la rentrée des élèves de l’enseignement agricole. Mais derrière les portes des lycées du Fresne, à Sainte-Gemmes-sur-Loire, et de Pouillé, la question de l’avenir des exploitations agricoles s’est rapidement imposée dans les échanges avec la ministre de l’Agriculture.
Car pour la Confédération paysanne, impossible de parler de renouvellement des générations sans évoquer les difficultés auxquelles sont confrontés les agriculteurs. « Il n’y aura pas de renouvellement des générations si on perd les paysannes et les paysans en cours de route », alerte le syndicat agricole, qui estime que la crise climatique actuelle pourrait fragiliser durablement de nombreuses fermes.
« L’été catastrophique » inquiète les agriculteurs
Sur le terrain, les remontées recueillies par la Confédération paysanne sont jugées particulièrement préoccupantes. Sécheresse, fortes chaleurs, pertes de récoltes ou difficultés économiques : le syndicat décrit une situation d’une ampleur exceptionnelle pour de nombreuses exploitations.
Pour ses représentants, les premières annonces gouvernementales ne sont pas à la hauteur de la crise.
Les dispositifs d’aide évoqués au début du mois d’août et les mesures présentées dans la dernière lettre adressée aux agriculteurs par le Premier ministre reposeraient, selon eux, essentiellement sur les mécanismes habituels.
« Ce sont les outils classiques qui laisseront des milliers de fermes sur le carreau », estime la Confédération paysanne.
Le syndicat veut donc peser sur le plan d’aide national qui doit être présenté jeudi 3 septembre.
Un « quoi qu’il en coûte » pour sauver les fermes
Face à l’ampleur de la crise, la Confédération paysanne demande un changement d’échelle. Son mot d’ordre est clair : un « quoi qu’il en coûte pour l’agriculture », avec un objectif affiché : empêcher la disparition des exploitations les plus fragiles.
Parmi les mesures réclamées figure notamment une aide directe de 5 000 euros par actif agricole, versée rapidement. Cette somme viendrait s’ajouter aux autres dispositifs d’aides économiques et sociales.
Le syndicat demande également une modification des règles d’indemnisation. Il souhaite que le seuil de déclenchement de l’Indemnisation de solidarité nationale (ISN) soit abaissé de 50 % à 30 % de pertes et que celles-ci puissent être prises en charge à 100 %.
Pour la Confédération paysanne, le système actuel d’assurance récolte ne permet pas de répondre suffisamment à la situation. Elle souligne que moins d’un agriculteur sur cinq serait assuré et propose de remplacer le dispositif par un fonds mutuel et solidaire, financé par l’ensemble des acteurs du monde agricole.
Les prix planchers au cœur des discussions
Autre sujet abordé avec la ministre : celui des prix agricoles.
La Confédération paysanne réclame la mise en place de prix planchers, prévue selon elle dans la loi d’urgence agricole. Une mesure dont l’efficacité a été mise en doute par la ministre lors de l’entretien.
Pour le syndicat, cette question reste pourtant centrale. Les agriculteurs confrontés aux aléas climatiques doivent également pouvoir compter sur des revenus leur permettant de poursuivre leur activité.
Car au-delà de l’urgence climatique, c’est aussi le modèle agricole de demain qui se joue.
La crainte d’une concentration des exploitations
La Confédération paysanne met ainsi en garde contre une réponse à la crise qui pourrait, selon elle, accélérer la concentration des terres et des exploitations.
« Il y a urgence à agir face à cette crise », insiste le syndicat, qui refuse que les difficultés actuelles débouchent sur un nouveau plan de restructuration favorisant les exploitations les plus importantes.
La Confédération paysanne dénonce notamment une orientation qu’elle juge trop productiviste, citant la loi d’urgence agricole et la loi Duplomb, dont certaines dispositions ont suscité de vives controverses autour de l’utilisation de produits phytosanitaires.
« Quand il n’y aura plus de phytosanitaire… »
Malgré ces désaccords, un propos tenu par la ministre lors de cette rencontre a retenu l’attention de la Confédération paysanne.
Interrogée sur l’utilisation des produits phytosanitaires, la ministre a déclaré : « Quand il n’y aura plus de phytosanitaire, je serai la ministre la plus heureuse du monde. »
Une phrase à laquelle le syndicat dit pouvoir souscrire, tout en appelant désormais le gouvernement à traduire cette ambition dans les politiques agricoles.
Dans le Maine-et-Loire comme ailleurs, la question dépasse donc désormais la seule gestion de la crise de cet été. Pour la Confédération paysanne, l’enjeu est de savoir combien de fermes pourront encore être là demain pour accueillir les nouvelles générations d’agriculteurs.
Le plan d’aide attendu le 3 septembre sera donc scruté de près. Pour le syndicat, une seule ligne directrice doit guider les décisions : « aucune ferme ne doit disparaître ».
en partenariat avec REGIEPRO


