ENTRETIEN. “On ne demande pas à un enfant de venir sur ses genoux ” : à Angers, l’adjoint à l’éducation détaille les mesures de la nouvelle charte
Antoine Lelarge, adjoint à l’Education de la ville d’Angers détaille les mesures mises en place dans les écoles et accueils périscolaires après les accusations de violences sexuelles visant des animateurs dans deux écoles angevines, Cette nouvelle charte des « bonnes postures » encadre désormais très précisément les comportements des animateurs et des agents auprès des enfants.

Vous venez de publier une charte des “bonnes postures” après les accusations de violences sexuelles visant des animateurs dans deux écoles d’Angers. Avec qui et comment cette charte a-t-elle conçue ?
Après les évènements qui se sont déroulés dans les écoles d’Angers, j’ai rencontré des parents qui avaient des interrogations sur les temps périscolaires. Certains ne trouvaient pas ça normal de voir un enfant sur les genoux d’un animateur ou que tel ou tel enfant pouvait avoir un surnom. On a eu un temps de travail pour qu’ils puissent exprimer les choses. Puis nous avons eu un second temps avec les animateurs et les responsables d’unités éducatives pour établir cette charte. Celle-ci a donc un un double enjeu dont celui managérial. On recrute que des animateurs formés et diplômés et on met en place des règles fixes et écrites afin qu’elles soient distribuées à l’ensemble des animateurs et agents.
Cette charte est-elle aussi distribuée dans les écoles privées ?
Nous n’avons pas autorité dans les écoles privées. C’est une charte qui est à destination des agents de la ville d’Angers. La direction diocésaine a sa propre charte.
Ce document vise à mieux protéger les élèves mais elle suscite des interrogations chez les parents notamment sur le fait qu’un professionnel (animateur/ ATSEM) ne demande pas à un enfant de venir sur les genoux ou ne peut pas solliciter d’interaction affective avec un enfant.
Vous comprenez ces interrogations ?
La règle c’est que ce moment doit être à la demande de l’enfant. C’est à lui de le solliciter auprès d’un agent ou d’un animateur et qui doit répondre uniquement à un besoin de sécurité, de soin ou de réconfort mais seulement exprimé par l’enfant.
Donc un enfant qui pleure après une chute ne peut pas être réconforté si ce n’est pas lui qui en fait la demande ?
La question c’est : est-ce que c’est l’enfant qui demande à être réconforté. On a tous vécu ce moment de parents, le matin, lorsque c’est parfois difficile de laisser son enfant à l’école et qu’on le passe dans les bras d’un animateur ou d’un Atsem. Mais c’est selon le besoin de l’enfant et ce n’est pas le professionnel qui propose l’interaction. Mais il ne peut pas dire à l’enfant de venir dans ses bras. Ce n’est pas la posture que l’on attend d’un professionnel.
La charte stipule aussi que le temps accordé à un enfant qui vient spontanément sur les genoux doit être limité. Quel est ce temps limité ? Combien de temps doit-il durer ?
On est exactement sur la question du besoin de l’enfant et s’il y a un besoin d’être réconforté lors d’un moment émotionnel. La charte dit de ne pas prolonger inutilement ce moment sur les genoux, par exemple, si le besoin de l’enfant ne se fait pas ressentir et s’il n’en exprime pas le besoin. Encore une fois, ce n’est pas l’adulte qui sollicite cette interaction mais cela ne veut pas dire que l’on ne peut plus le faire.
La charte n’évoque pas l’importance de la parole de l’enfance. Si celui-ci vient dire à un adulte qu’il a subi des attouchements de la part d’un autre adulte ou d’un enfant. Que mettez-vous en place ? Que doit faire le référant ?
Dans la charte, il y a un point sur la communication et sur la posture de l’agent et notamment l’écoute. Lors de la présentation du document aux agents, jeudi dernier, au centre des congrès, il y a eu une intervention de l’association Colosse aux pieds d’argile sur comment bien qualifier une agression sexuelle. Un plan de formation spécifique aux côtés de cette association « Colosse aux pieds d’argiles » sera ensuite déployé pour l’ensemble des équipes entre novembre 2026 et avril 2027.
Est-ce qu’il ne s’agit pas, finalement, pour la collectivité, une manière aussi de se prémunir juridiquement contre de futures accusations ?
Non et je le dis clairement et honnêtement, je ne vois pas comment ça pourrait prémunir juridiquement. On remet simplement les règles, noire sur blanc. Et ce qui m’intéresse avant tout, c’est de border les choses et de les marquer. Nous avons voulu élever le niveau et on met en place plus de procédures sur les sanitaires, sur le téléphone portable ou encore sur le contact physique. On va encore plus loin.
Depuis ces affaires, avez-vous eu de nouveaux signalements ?
Nous n’avons pas eu de nouveaux faits, durant l’été, concernant des agressions sexuelles. Concernant la nouvelle charte, un seul agent a réagi moins positivement sur ces nouvelles règles en vigueur. Nous n’avons donc pas reconduit son contrat car il ne voulait pas les mettre en place.
en partenariat avec REGIEPRO


