Dans les vignes du domaine de l’AM, à Savennières, l’histoire de trois copains qui vendangent entre amis
Johan, Cyril et Gaël ne cherchent ni la gloire ni les médailles. Sur 1,3 hectare au cœur de l’appellation Savennières, ces trois amis cultivent leur chenin avec leurs mains, leur passion et beaucoup de convivialité. Une aventure commencée à huit en 2020, poursuivie aujourd’hui à trois. Et toujours avec la même philosophie : faire du vin, simplement, et surtout le partager entre copains.

Il y a les grandes maisons, les belles étiquettes et les bouteilles que l’on garde précieusement en cave. Et puis il y a eux. Johan, Cyril et Gaël. Trois copains qui, depuis six ans, font pousser du chenin au cœur de l’appellation Savennières, sans grands discours et surtout sans chichi.
Leur aventure commence en 2020. Ils sont alors huit amis à se lancer dans cette folle aventure. Une histoire de copains, née d’une envie commune de mettre les mains dans la terre et de découvrir, de la vigne à la bouteille, ce que représente réellement un millésime. Au fil des années, le groupe s’est réduit. En mai 2024, ils ne sont plus que trois à poursuivre l’aventure : Johan, Cyril et Gaël.
Trois amis, trois métiers et une même passion. Deux sont professeurs, le troisième travaille dans la police de l’environnement. Aucun n’est vigneron de métier. Ils sont autodidactes et ne vivent pas de leur production. Sur 1,3 hectare, ils sont en fermage sur les terres du Domaine de l’AM, pour Anne-Madeleine, la propriétaire des lieux.
Tout est fait à la main, entre amis
Ici, ils cultivent du chenin. Pas question pour eux de transformer cette petite parcelle en exploitation industrielle. Chaque année, ils entretiennent les rangs, observent la vigne, interviennent lorsque c’est nécessaire et attendent patiemment le moment des vendanges. Le reste se fait à la main, entre amis. « Ça fait six ans qu’on ne se paye pas, mais on n’attend pas de la vigne pour en vivre », résume Johan.
C’est sans doute là que se trouve toute la philosophie du trio. Ils ne cherchent pas à rivaliser avec les grandes maisons de Savennières. Ils savent que leur domaine est minuscule, que leur production est confidentielle et que leur vin ne prétend pas être « le meilleur du monde ». Mais ce n’est pas ce qu’ils recherchent.
Ce qu’ils veulent, c’est aller au bout de l’aventure. De la vigne à la bouteille. Comprendre leur terroir, produire leur vin eux-mêmes et, surtout, pouvoir ensuite ouvrir les bouteilles autour d’une table.
« Passer de la vigne à la mise en bouteille, c’est tout ce qu’on cherche. Partager, boire des coups entre copains et sortir des bouteilles », souligne Gaël.
Cette année, pourtant, le ciel leur a donné du fil à retordre. Des vendanges avec près de deux mois d’avance La sécheresse et les épisodes de fortes chaleurs ont bouleversé le calendrier. Les premières vendanges ont débuté le 16 août, soit près de deux mois plus tôt que certaines années. Une précocité qui, au printemps, leur faisait craindre le pire.
« Avec les premières canicules du mois de mai, puis celle du 21 juin, on pensait vraiment que ça allait être catastrophique », raconte Gaël.

Au final, la vigne a résisté. Le rendement, lui, a payé le prix fort. Le trio estime avoir perdu entre 25 et 30 % de sa récolte. Là où ils espéraient sortir environ 5 000 bouteilles, ils devraient finalement en produire autour de 4 000. Une baisse qui pourrait inquiéter un professionnel vivant de son exploitation. Pas eux.
Car malgré les conditions climatiques, le millésime leur donne satisfaction. Les raisins ont atteint une belle maturité et le vin devrait dépasser les 13 degrés. Un résultat plutôt encourageant compte tenu de la sécheresse qui s’est installée dans les sols. « Finalement, au regard de l’année que l’on a eue, on s’en sort plutôt bien », estime Gaël.
Deux cuvées, deux caractères
Sur leur parcelle, le chenin ne raconte pas exactement la même histoire partout. Le domaine produit ainsi deux cuvées : la cuvée A, issue d’un secteur au sol très sableux, et la cuvée M, située plus bas dans la parcelle, sur un terroir davantage marqué par le schiste.
Deux sols, deux expressions du même cépage. La seconde apporte notamment cette dimension minérale qu’ils recherchent.
Leur méthode, elle, reste volontairement simple. Pas de course à la technologie, pas d’arsenal chimique. Le domaine est conduit en bio et le trio revendique une approche artisanale, avec le moins d’artifices possible.
« On cherche à faire un vin léger, frais. On se refuse à faire une addition de chimie. On est en bio et on fait les choses simplement », explique Johan.
Cette simplicité est devenue leur marque de fabrique. Il n’y a pas de salarié, pas de salaire versé aux trois associés et pas d’ambition de changer d’échelle. Leur domaine reste à taille humaine, presque confidentiel.
Le gel, leur véritable crainte
S’ils ont appris à composer avec la sécheresse et les canicules, un phénomène continue pourtant de les inquiéter davantage : le gel hivernal et printanier.
Parce qu’une mauvaise année sans récolte serait autrement plus difficile à accepter. « S’il n’y avait vraiment pas de bouteille une année, ce serait catastrophique », reconnaît Cyril.

Pour le reste, ils avancent. Année après année. Avec les aléas du climat, les bonnes surprises et les récoltes parfois plus maigres. Car leur récompense n’est pas seulement au fond de la bouteille.
Elle est aussi dans ces journées passées ensemble dans les rangs de vigne, dans les vendanges où les trois vignerons se retrouvent entre amis et clients fidèles pour récolter le précieux sésame, dans les discussions, les coups de main et les verres partagés après le travail. Ils sont trois désormais, là où ils étaient huit au début. Mais leur envie, elle, n’a pas changé.
Ils sont fiers d’appartenir à l’appellation Savennières, parce qu’elle raconte aussi leur histoire et leur façon de travailler. Un vin de territoire, finalement. Un vin qui leur ressemble : franc, naturel, artisanal et sans prétention. Un vin que l’on fait moins pour en vivre que pour avoir le plaisir, quelques mois plus tard, de l’ouvrir entre copains.
en partenariat avec REGIEPRO


