« Ça aurait pu être pire » : le bilan touristique du Maine-et-Loire grandement impacté par les canicules

Après un été étouffant marqué par quatre vagues de canicule successives, le secteur touristique de Maine-et-Loire accuse le coup. Réunis ce lundi 14 septembre pour faire le bilan de la saison, professionnels de l’hôtellerie et responsables de parcs de loisirs dressent un constat nuancé : si l’année 2026 limite la casse, la déception est bien là.
Un été en demi-teinte et des professionnels déçus
Portés par une année 2025 record et une dynamique positive enclenchée depuis 2018 (hors parenthèse Covid), les acteurs locaux abordaient la saison avec ambition. Mais le climat en a décidé autrement. Comme l’a rappelé avec pragmatisme Philippe Chalopin, 1ᵉʳ vice-président du Conseil départemental : « On ne peut pas battre des records chaque année. »

Sur le terrain, la déception prédomine : 59 % des professionnels jugent leur activité estivale insatisfaisante sur le cœur de saison (juillet-août). La restauration paye un lourd tribut. Selon Mani Saeidi Akbarzadeh, représentant de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), six restaurateurs sur dix déplorent une baisse significative de leur fréquentation.
Autre point noir de la saison : le cyclotourisme, véritable vitrine de l’attractivité angevine. Sur les itinéraires phares de La Loire à Vélo et de La Vélo Francette, la fréquentation dégringole de -22 % et -5 % entre le 1ᵉʳ juillet et le 31 août par rapport à l’été 2025. Un constat partagé par 51 % des prestataires, qui confirment avoir vu nettement moins de cyclistes faire étape dans le département.
La clientèle internationale a elle aussi levé le pied. Avec 732 000 nuitées comptabilisées en juin et juillet, la fréquentation étrangère recule de 5 % par rapport à l’an dernier.
Même grimace du côté des grands parcs d’attractions du territoire, où le soleil de plomb a découragé les visiteurs en journée. « Je n’ai pas les chiffres définitifs, mais je pense que nous avons perdu une dizaine de milliers de visiteurs », explique Damien Touboulic, directeur général de Terra Botanica. Du côté du Bioparc de Doué-la-Fontaine, le bilan est similaire : « Nous avons essuyé beaucoup d’annulations, soit une baisse de 6 % du nombre de visiteurs depuis le début de l’année », indique son directeur François Gay.
Canicules et pouvoir d’achat : les deux responsables
Comment expliquer cette baisse de régime ? Le premier coupable est évidemment la météo, avec un thermomètre affolant : 21 jours à plus de 35 °C, dont 11 journées écrasantes dépassant les 37 °C. Une chaleur étouffante qui fatigue et coupe toute envie de sortir, analyse Damien Touboulic : « Les gens dorment mal la nuit à cause des températures, ce qui génère une fatigue générale, y compris au sein de nos équipes. »
Pendant les heures les plus chaudes, vacanciers et locaux ont donc préféré la fraîcheur de leur chambre ou le bord des bassins. Résultat : les piscines et les ventes de glaces ont cartonné.
À cette météo extrême s’ajoute le poids de l’inflation. La baisse du pouvoir d’achat a pesé lourd : 50 % des professionnels notent un net recul des dépenses annexes (boutiques, extras). Entre budget serré et flambée du prix des carburants au milieu de l’été, de nombreuses familles ont préféré annuler ou raccourcir leur séjour.
La prime aux établissements équipés
Malgré ce coup d’arrêt, le Maine-et-Loire conserve son rang de première destination rurale de France (hors zones littorales et montagneuses) et fait mieux qu’au cours de l’été 2024, alors gâché par la pluie.
La saison révèle d’ailleurs d’étonnants paradoxes. La clientèle française est restée très fidèle au territoire, totalisant 2,7 millions de nuitées sur les seuls mois de juin et juillet. « C’est un record absolu sur cette période », se félicite Rodolphe Ligonnière, directeur général d’Anjou Tourisme & Attractivité.
L’autre enseignement majeur réside dans l’écart de performance selon les équipements des structures. « Le contraste est frappant : les hôtels non équipés ont subi la chaleur de plein fouet, tandis que ceux dotés de climatisation ou d’une piscine ont réalisé de très bons chiffres », observe Nathalie Busson, présidente du Club Hôtelier d’Angers.
Chez les Gîtes de France, le bilan reste stable, porté par le charme et la fraîcheur naturelle des demeures en pierre et des sites troglodytiques. Les chambres d’hôtes tirent également leur épingle du jeu grâce à la multiplication des séjours courts : « Le volume de réservations se maintient, mais les durées de séjour se réduisent. Il n’y a quasiment plus eu de séjours d’un mois d’affilée au même endroit avec de telles chaleurs », analyse Anne-Laure Allamand, directrice des Gîtes de France Anjou.
L’Anjou contraint de se réinventer
Face à la répétition de ces épisodes caniculaires, un mot d’ordre s’impose pour l’avenir : l’adaptation. Les Gîtes de France prévoient déjà d’équiper leurs hébergements de moustiquaires pour permettre aux vacanciers d’aérer les chambres la nuit en toute tranquillité.
Pour Dany Thomas, président du syndicat départemental de l’hôtellerie de plein air, le secteur n’a pas le choix : « Nous avons su rebondir après le Covid, nous devons faire preuve de la même réactivité aujourd’hui pour nous adapter à ces nouvelles réalités climatiques. »
Des pistes prometteuses émergent déjà, notamment avec le succès des activités en nocturne. Le parcours lumineux Terra Nocta, proposé en soirée à Terra Botanica, a fait le plein et échappé à la baisse de fréquentation subie en journée.
Au cours de la conférence de presse, une idée majeure a germé : s’inspirer des méthodes des régions méditerranéennes ou de l’Andalousie en étirant la saison touristique. L’objectif ? Inciter les visiteurs à privilégier l’arrière-saison (septembre-octobre), lorsque les températures deviennent plus agréables. Un automne sur lequel comptent désormais les professionnels angevins pour transformer l’essai et conclure l’année sur une note positive.
Aidan Bossard
en partenariat avec REGIEPRO


