Aux Ponts-de-Cé, l’ancien hébergement de la PJJ change de modèle : ce que deviennent les centres éducatifs fermés
Depuis le 1er septembre, les anciens centres éducatifs fermés et les unités éducatives d’hébergement collectif de la Protection judiciaire de la jeunesse changent de modèle. Aux Ponts-de-Cé, l’établissement de la rue Ferdinand Vest devient une unité judiciaire à priorité éducative. Derrière ce nouveau nom, c’est toute la façon d’accompagner les mineurs placés sur décision de justice qui évolue.

Le nom est nouveau, mais le lieu reste bien connu des services de la Protection judiciaire de la jeunesse. Aux Ponts-de-Cé, l’ancienne unité éducative d’hébergement collectif rejoint depuis le 1er septembre le nouveau dispositif des unités judiciaires à priorité éducative, les UJPE.
Cette transformation concerne 85 établissements publics de la PJJ partout en France. Elle marque une nouvelle étape dans la réforme du placement pénal des mineurs annoncée en novembre 2025 par Gérald Darmanin, alors garde des Sceaux.
Mais concrètement, que devient un ancien CEF ou une ancienne unité d’hébergement collectif ? Et surtout, qu’est-ce que cela change pour les jeunes qui y sont placés ?
Les CEF et les UEHC disparaissent au profit d’un modèle unique
Jusqu’à présent, le placement pénal des mineurs reposait principalement sur deux types de structures. D’un côté, les centres éducatifs fermés (CEF), destinés à des mineurs faisant l’objet d’un placement dans un cadre particulièrement contraint. De l’autre, les unités éducatives d’hébergement collectif (UEHC).
Ces deux dispositifs avaient leurs propres modalités de fonctionnement. La réforme engagée par le ministère de la Justice vise désormais à réunir ces modèles sous une même appellation et autour d’une même philosophie : faire du travail éducatif le cœur du placement judiciaire.
Dans le secteur public, 19 anciens CEF et 66 UEHC sont ainsi devenus 85 UJPE depuis le 1er septembre.
Pour les familles comme pour le grand public, le changement est donc surtout visible dans le vocabulaire. Mais derrière les portes des établissements, la réforme entend modifier plus profondément l’accompagnement proposé.
Pourquoi changer le fonctionnement des anciens centres ?
Le gouvernement souhaite notamment répondre à une critique ancienne du dispositif des CEF : leur coût important et des résultats jugés insuffisants en matière de prévention de la récidive.
La réforme part d’un principe différent. Le placement doit être une période durant laquelle le jeune est éloigné temporairement de son environnement habituel, mais aussi accompagné de manière intensive pour préparer la suite.
L’objectif est donc de ne pas réduire le séjour à une simple période de contrainte. L’école, la formation, la santé et l’insertion professionnelle doivent désormais occuper une place centrale dans le quotidien.
La décision judiciaire reste évidemment le point de départ. Mais le nouveau dispositif cherche à mieux individualiser le parcours en fonction de l’âge, de la situation, du niveau scolaire, des difficultés rencontrées et du projet du jeune.
Aux Ponts-de-Cé, davantage d’éducatif au quotidien
Dans une UJPE, le quotidien doit être particulièrement structuré. Les jeunes accueillis bénéficient d’un accompagnement éducatif renforcé et d’un emploi du temps adapté à leur situation.
La formation et l’insertion professionnelle font partie des priorités. Chaque unité doit notamment disposer d’un professeur technique à temps plein, chargé de participer à la formation des jeunes, à leur insertion scolaire et professionnelle et, lorsque cela est nécessaire, à leur rescolarisation.
L’idée est simple : profiter du temps passé dans la structure pour remettre le jeune dans une dynamique de projet.
Cette dimension est particulièrement importante pour des adolescents dont le parcours scolaire ou professionnel a parfois été fortement perturbé avant leur placement.
La santé devient aussi un élément du parcours
Autre évolution mise en avant par la réforme : la place accordée à la santé.
Chaque UJPE doit disposer d’un poste d’infirmier. Son rôle ne se limite pas aux soins du quotidien. Il doit également permettre de mieux repérer les difficultés de santé, notamment les problématiques psychiques ou les conduites addictives, puis d’orienter les jeunes vers les professionnels adaptés.
L’objectif affiché par la PJJ est de mieux prendre en compte des difficultés qui peuvent peser sur le parcours judiciaire du mineur et compliquer sa réinsertion.
Le placement devient ainsi un temps où l’on cherche à agir sur plusieurs aspects de la vie du jeune, et pas uniquement sur son comportement dans le cadre judiciaire.
« Priorité éducative » ne veut pas dire établissement ouvert
Le nouveau nom peut prêter à confusion. Une UJPE reste un établissement de placement judiciaire pour mineurs.
Le cadre demeure donc contraignant et sécurisé. Les jeunes accueillis le sont sur décision de l’autorité judiciaire et doivent respecter les règles de fonctionnement de l’établissement.
La sécurité constitue même l’un des trois piliers du nouveau dispositif, avec l’éducation et la santé.
Les équipes disposent notamment de protocoles destinés à prévenir et gérer les fugues. La PJJ prévoit également un renforcement des partenariats avec les forces de sécurité intérieure, notamment face aux risques liés à l’emprise de réseaux criminels sur certains jeunes.
Le changement de modèle ne signifie donc pas la disparition de la contrainte. La logique défendue par la réforme consiste plutôt à associer un cadre strict à un accompagnement éducatif plus personnalisé.
Et les anciens CEF, vont-ils disparaître ?
Pas nécessairement les bâtiments ni les équipes. C’est surtout leur statut et leur mode de fonctionnement qui évoluent.
Les 19 CEF du secteur public concernés par la première phase de la réforme sont devenus des UJPE au 1er septembre, tout comme les 66 UEHC publiques.
Le mouvement doit ensuite se poursuivre dans le secteur associatif habilité. Les 38 CEF associatifs doivent progressivement rejoindre le nouveau modèle, avec un objectif fixé à 123 UJPE ouvertes d’ici 2028.
La réforme est donc appelée à transformer durablement le paysage du placement pénal des mineurs en France.
en partenariat avec REGIEPRO


