Enquête. « Je passe la lingette pour occuper mon temps » : rayons vides, salariés qui font le ménage… que se passe-t-il au BHV d’Angers ?
À Angers, le BHV semble continuer de se vider. Moins de clients, des rayons qui ne sont plus réapprovisionnés, le ménage qui serait assuré par les salariés… Plusieurs témoignages recueillis décrivent un grand magasin qui fonctionne au ralenti. L’inspection du travail s’intéresse de près à la situation tandis qu’un suivi psychologique des salariés a été mis en place.

Dans les allées du BHV d’Angers, groupe SGM, le silence est devenu l’un des premiers marqueurs. Les clients se font rares et, dans certains rayons, les salariés semblent avoir davantage de temps à attendre que de clients à conseiller.
« Je passe la lingette pour occuper mon temps », confie une salariée. Une scène qui résume, selon elle, le quotidien de certains employés : faute d’activité suffisante, les journées peuvent paraître interminables. « Peut-être qu’avec l’arrivée du Pape en France ce week-end, un miracle va se produire », confie une autre salariée.
Aux caisses, il n’est pas rare de voir des salariés consulter leur téléphone portable lorsqu’ils ne sont pas sollicités par un client. Une situation décrite comme symptomatique d’une activité particulièrement faible.
Le ménage désormais assuré par les salariés ?
Autre changement constaté : l’absence de société extérieure pour assurer le nettoyage du magasin. Selon plusieurs informations recueillies, les tâches de ménage seraient désormais directement prises en charge par les équipes.
Dans les rayons, les signes de réduction de l’activité se multiplient également. Après le départ de plusieurs grandes marques de vêtements, puis les sacs à main et les bijoux, l’offre paraît se réduire encore. Et l’arrivée dans ses murs de Shein, le géant de l’ultra fast fashion, a fait fuir des dizaines de marques.
Des remises importantes sont notamment visibles sur certains articles estampillés “Galeries Lafayette”, mais aussi de la maison, jusqu’aux couteaux, fourchettes et cuillères.
Selon nos informations, le réapprovisionnement en vêtements ne serait même plus assuré normalement. On constate ainsi que les marchandises arrivent de moins en moins, laissant progressivement certains espaces commerciaux se vider. Plus on monte dans les étages, plus les rayons sont vides.
Une exception subsisterait toutefois : le parfum. Des produits continueraient d’arriver, notamment depuis le Moyen-Orient, selon plusieurs sources. Pour les employés présents dans le magasin, la question n’est donc plus seulement celle d’une baisse de fréquentation. C’est celle de l’avenir même de l’activité.
« C’est une coquille vide »
Sébastien Hervé, secrétaire général CFDT Services Maine-et-Loire qui suit de près la situation du BHV d’Angers, décrit une activité devenue extrêmement faible. Selon lui, certaines journées auraient même enregistré moins de 1 000 € de chiffre d’affaires.
« C’est une coquille vide. C’est un désert. Il n’y a presque plus de passage », résume-t-il, alors que les interrogations demeurent sur la capacité du magasin à retrouver une activité normale.
La situation aurait également touché les entreprises intervenant autour du magasin. « Il y a quelque temps, des agents de sécurité auraient ainsi connu des difficultés liées au paiement de leurs salaires », selon le secrétaire général CFDT.
Ce dernier indique qu’une psychologue a été sollicitée pour venir en aide aux salariés qui vivent très mal cette situation. « On est quand même passé de 80 à 40 salariés en deux ans. Certains ont pris la porte parce qu’ils ne se retrouvaient plus dans l’entreprise. D’autres sont toujours en arrêt de travail. L’inspection du travail a d’ailleurs été alertée de la situation », précise Sébastien Hervé.
Pas de commentaire de la direction
Autre détail visible pour les clients : les tapis de sol qui se trouvaient à l’entrée du magasin ont été retirés et une vitre du 5e étage serait tombée sur la place du Ralliement, sans faire de blessé. « Nous sommes inquiets aussi concernant l’entretien du bâtiment qui se dégrade. Dans le sous-sol, des morceaux de plafond seraient tombés », ajoute le syndicaliste. Pris séparément, ces éléments peuvent sembler anecdotiques. Mis bout à bout, ils donnent toutefois l’image d’un établissement dont le fonctionnement quotidien a profondément changé.
Cette situation intervient alors que la direction du BHV avait annoncé plusieurs pistes pour relancer l’activité et redonner une nouvelle dynamique au magasin angevin. Mais sur le terrain, salariés et observateurs interrogés ne semblent toujours pas voir concrètement le bout du tunnel.
Contactée pour évoquer le sujet de la fréquentation, du réapprovisionnement, du nettoyage, de la situation des agents de sécurité et des perspectives pour le magasin, la direction du BHV n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations au moment de la publication.
Nous apprenons aussi que Benjamin Bergon, le directeur du BHV d’Orléans et d’Angers, a lui aussi quitté le navire il y quelques mois déjà. Il semblerait qu’une nouvelle capitaine ait pris la direction du paquebot mais emporté dans la tempête, celui-ci risque de chavirer à n’importe quel moment.
en partenariat avec REGIEPRO


