Dans la Vienne, plus de 7 500 hectares concernés par des projets agrivoltaïques

Près de 300 personnes ont participé, lundi 12 octobre 2026, à une réunion publique à Montmorillon autour du développement de l’agrivoltaïsme en Vienne et Gartempe. Avec 7 600 hectares de projets acceptés ou en cours d’instruction, les élus veulent élaborer une charte avec les habitants pour mieux encadrer l’installation de panneaux solaires sur les terres agricoles. Entre revenus complémentaires pour les éleveurs et inquiétudes sur les paysages, les débats sont nombreux.
À Montmorillon, une forte mobilisation autour des panneaux solaires
La salle de l’espace Gartempe était particulièrement remplie, lundi 12 octobre, pour la première réunion de consultation organisée par la communauté de communes Vienne et Gartempe (CCVG). Environ 300 personnes sont venues s’informer et donner leur avis sur le développement des projets agrivoltaïques dans le Sud-Vienne.
Le sujet prend de l’ampleur sur ce territoire rural, où les pâturages consacrés notamment à l’élevage ovin et bovin attirent les promoteurs de l’énergie solaire.
Selon Jean-Luc Souchaud, président de la CCVG, 7 600 hectares sont concernés par des projets agrivoltaïques acceptés ou en cours d’instruction.
La collectivité ne souhaite pas s’opposer systématiquement à ces installations, mais entend mieux encadrer leur développement. L’objectif est de construire une charte avec les habitants afin de définir des critères permettant d’évaluer les projets et leurs conséquences sur l’aménagement du territoire.
Pourquoi le Sud-Vienne attire les promoteurs
Pour Gisèle Jean, vice-présidente de la CCVG chargée de la transition écologique, plusieurs facteurs expliquent l’intérêt porté à ce secteur de la Nouvelle-Aquitaine.
Le territoire dispose d’une densité de population relativement faible et de terres agricoles moins valorisées que dans d’autres secteurs. La communauté de communes compte déjà 103 éoliennes, et le développement du photovoltaïque représente une nouvelle transformation du paysage rural.
La dimension économique est au cœur des discussions. La location de terres pour des projets agrivoltaïques peut rapporter, selon les chiffres évoqués lors de la réunion, entre 2 000 et 5 000 euros par hectare et par an.
Pour certains éleveurs confrontés à des difficultés financières, ces revenus complémentaires constituent une perspective de stabilité. Un agriculteur de Lathus-Saint-Rémy a notamment expliqué que cette ressource pourrait rassurer les banques et faciliter la transmission de son exploitation à son fils.
Éric Mémanteau, agriculteur élu à la chambre d’agriculture, défend également l’idée que ces installations peuvent contribuer à sécuriser les élevages.
Des habitants inquiets pour les terres agricoles et l’environnement
Les avantages économiques ne dissipent toutefois pas toutes les inquiétudes. Durant la réunion, plusieurs participants ont interrogé les élus sur la place que pourraient occuper les panneaux dans les terres agricoles et sur les conséquences à long terme de cette évolution.
Rachel Loillier, conseillère municipale à Adriers, a notamment comparé les quelque 7 600 hectares de projets recensés en Vienne et Gartempe à une estimation de 704 hectares si l’objectif évoqué de 0,5 % de la surface agricole utile était appliqué au territoire.
Cette comparaison a nourri les interrogations sur l’ampleur du développement envisagé.
Éric Duputié, président de l’association Les Prés survoltés, qui revendique 250 adhérents, réclame un moratoire sur les projets. Il estime que la production photovoltaïque pourrait aussi être développée sur les parkings et en milieu urbain, plutôt que de concentrer les installations sur les terres agricoles. Il soulève également la question du partage de la valeur créée.
D’autres préoccupations ont été exprimées durant la soirée : effets sur la biodiversité, multiplication des postes électriques nécessaires pour redistribuer l’énergie, risques d’incendie, conséquences éventuelles d’une surproduction électrique ou encore baisse possible de la valeur immobilière des maisons situées à proximité des installations.
Les conséquences sur la production agricole ont également été débattues. Éric Duputié estime notamment que certaines installations pourraient entraîner une baisse des rendements agricoles. Une inquiétude qui fait partie des sujets que la charte devra contribuer à examiner.
Une charte pour fixer des règles communes
Face à ces interrogations, la communauté de communes veut associer la population à l’élaboration d’un cadre commun. La charte doit permettre aux élus de disposer de critères pour examiner les projets et apprécier leur compatibilité avec les activités agricoles, les paysages et les attentes des habitants.
La démarche intervient alors que les projets agrivoltaïques se multiplient sur le territoire et que les élus sont amenés à se prononcer sur les dossiers qui leur sont soumis.
L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre le développement des énergies renouvelables, le maintien des activités agricoles et la préservation du cadre de vie. La réunion de Montmorillon a montré que la question dépasse largement la seule production d’électricité : elle touche aussi à l’avenir des exploitations, à l’utilisation des terres et aux choix d’aménagement du Sud-Vienne.
en partenariat avec REGIEPRO


