En Maine-et-Loire, les chrysanthèmes de la Toussaint racontent aussi une histoire locale

À quelques jours du 1er novembre, les chrysanthèmes retrouvent leurs couleurs dans les jardineries et chez les horticulteurs. Derrière les pots jaunes, blancs ou violets, il y a une tradition familiale, plusieurs mois de travail et une filière horticole bien implantée en Maine-et-Loire. En Anjou, cette fleur de saison rappelle aussi le poids d’une activité agricole qui façonne le territoire.
Jean-Paul pousse son chariot entre les rangées de chrysanthèmes. Il observe les fleurs, compare les couleurs et soulève un pot pour vérifier sa taille. Comme chaque année à l’approche de la Toussaint, il est venu choisir de quoi fleurir la tombe de ses proches.
« Je préfère venir quelques jours avant le 1er novembre. Il y a davantage de choix et je peux prendre le temps de regarder », explique-t-il. Son regard s’arrête sur une composition jaune. « C’est une façon de penser à ceux qui ne sont plus là. On a toujours fait comme ça dans la famille. »
Dans les allées, les clients prennent leur temps. Certains recherchent les mêmes couleurs que les années précédentes, d’autres veulent une plante qui résistera aux premières nuits froides. Pour les professionnels, ces achats marquent le début d’une période commerciale décisive.
L’Anjou, une terre d’horticulture
Le Maine-et-Loire possède une longue tradition horticole. Autour d’Angers, les entreprises spécialisées dans les plantes fleuries, les pépinières et la production de végétaux constituent un secteur économique à part entière. Cette présence ne se limite pas aux chrysanthèmes : elle concerne aussi les plantes à massif, les plantes en pot et les végétaux destinés aux jardins.
En 2024, le département comptait environ 1 300 hectares consacrés à l’horticulture et 450 hectares en pépinière. Ces surfaces témoignent de l’importance de cette activité en Anjou, même si elles regroupent de nombreuses productions différentes.
La proximité des producteurs, des plateformes de commercialisation et des jardineries contribue à faire de la période de la Toussaint un rendez-vous important pour la filière locale. Pour les consommateurs, le lien avec le territoire reste toutefois parfois invisible : les pots s’alignent sur les étals, sans que l’origine des plantes soit toujours connue.
Acheter un chrysanthème en Maine-et-Loire ne signifie pas nécessairement acheter une fleur produite dans le département. Les végétaux peuvent venir d’autres régions. Pour privilégier une production locale, le plus simple reste de demander directement au vendeur où les plantes ont été cultivées et de repérer aussi le label “Produit en Anjou”
À Briollay, des chrysanthèmes préparés pendant seize semaines
L’exemple de Briollay, près d’Angers, illustre concrètement cette activité. Un producteur travaillant avec Fleuron d’Anjou y cultive chaque année plus de 10 000 chrysanthèmes, dont 4 000 pots multicolores destinés à une enseigne de jardinerie.
Les jeunes plants arrivent de Dordogne, puis passent environ seize semaines en culture avant leur expédition au début du mois d’octobre. Une précision qui rappelle que la production locale peut aussi s’appuyer sur des approvisionnements extérieurs : l’enracinement d’une activité dans le territoire ne signifie pas nécessairement que chaque étape s’y déroule.
Pour les producteurs, le calendrier est serré. Les plantes doivent atteindre la bonne taille et fleurir au moment où les clients commencent leurs achats. Trop tôt, elles risquent de perdre de leur éclat avant la Toussaint. Trop tard, elles manquent le principal rendez-vous commercial de la saison.
La météo, les températures et les conditions de culture comptent donc autant que la demande. Plusieurs mois de travail se concentrent sur une fenêtre de vente de quelques semaines.
Trente millions de chrysanthèmes en pot en France
Le phénomène dépasse largement les frontières de l’Anjou. Selon les données du recensement agricole de 2020, la France produisait 30,4 millions de plantes en pot de type chrysanthème. En revanche, aucun chiffre départemental récent suffisamment fiable ne permet d’établir le volume total produit en Maine-et-Loire pour la Toussaint 2026.
Les habitudes d’achat évoluent également. En 2025, 15 % des foyers français ont acheté au moins un chrysanthème pour le cimetière, contre 21 % en 2019. Malgré ce recul, la fleur représentait encore 59 % des quantités de végétaux achetées pour la Toussaint en 2025.
Le chrysanthème conserve ainsi une place centrale dans cette période de l’année, mais les producteurs doivent composer avec des consommateurs moins nombreux à en acheter et davantage attentifs à leurs dépenses.
Une tradition familiale et un savoir-faire angevin
Pour Jean-Paul, le choix est finalement fait. Deux pots jaunes rejoignent son chariot. Il vérifie une dernière fois l’état des fleurs avant de se diriger vers la caisse.
« Il faut qu’elles soient belles, mais surtout qu’elles tiennent. On ne vient pas pour les changer au bout de trois jours », glisse-t-il.
Dans quelques jours, les cimetières du Maine-et-Loire se couvriront de couleurs. Pour les familles, le geste relève du souvenir. Pour les horticulteurs du département, il représente aussi l’aboutissement de plusieurs mois de travail.
C’est là que se rejoignent la tradition de la Toussaint et l’identité horticole de l’Anjou : derrière une fleur que l’on choisit parfois en quelques minutes se trouve toute une activité locale, avec ses producteurs, ses contraintes et son savoir-faire. À condition, pour le consommateur, de vérifier l’origine des plantes, car toutes les fleurs vendues dans les jardineries du département ne sont pas nécessairement cultivées sur place.
Précision : les chiffres de production nationale cités proviennent du recensement agricole de 2020, et les données de surfaces départementales de 2024. Ils ne constituent pas un bilan de la production 2026. Aucun volume départemental récent suffisamment fiable n’est avancé pour cette année.
en partenariat avec REGIEPRO


