À Trélazé, la colère gronde dans le quartier de la Quantinière : « On fait 500 mètres de détour pour se garer à dix mètres de chez nous »

Depuis juillet 2026, les changements de circulation dans le secteur nord-ouest de la Quantinière ont bouleversé le quotidien de plusieurs habitants. Rue Anatole-France passée en sens unique, portion de la rue André-Gide interdite aux voitures, détours imposés et inquiétudes pour la sécurité : les riverains ne comprennent pas ces choix et réclament le retour à une circulation plus simple. Une pétition a déjà recueilli plus de 200 signatures. Le 19 octobre, leur rencontre avec le maire de Trélazé n’a pas permis de trouver une issue.
Il suffit parfois d’un panneau pour changer le quotidien de tout un quartier. Dans le secteur nord-ouest de la Quantinière, à Trélazé, les habitants en ont fait l’expérience cet été. Là où ils circulaient depuis des années selon une organisation qu’ils connaissaient par cœur, ils doivent désormais revoir leurs itinéraires, contourner des rues devenues inaccessibles et parfois parcourir plusieurs centaines de mètres supplémentaires pour rejoindre leur propre domicile. Une situation qui, au fil des semaines, a fini par faire monter la colère. « On est arrivé un jour et on a découvert le panneau », racontent les riverains, qui regrettent de n’avoir jamais été associés à ces modifications.
Le mécontentement ne porte pas uniquement sur un sens interdit ou une rue passée en sens unique. Pour les habitants, c’est toute la logique de circulation de cette partie de la Quantinière qui a été bouleversée, sans qu’ils en comprennent les raisons ni les bénéfices. Le 19 octobre 2026, plusieurs d’entre eux se sont donc rendus à la mairie pour présenter leurs griefs au maire, accompagné de son délégué à la tranquillité publique et aux grands projets ainsi que de son délégué à l’urbanisme. Ils sont repartis sans les réponses espérées.
Quinze ans de circulation, puis un changement qui passe mal
Pour comprendre leur mécontentement, il faut revenir quelques années en arrière. Entre 2010 et 2026, la plupart des rues de cette partie de la Quantinière étaient à double sens, à l’exception de celles où la configuration ne le permettait pas, comme la rue Saint-John-Perse. Depuis la rue Bahonneau, les automobilistes pouvaient rejoindre les rues Anatole-France et Saint-John-Perse, ainsi que les squares Passy et Becquerel, en empruntant un itinéraire qui passait notamment par les rues André-Gide, Bergson et Roger-Martin-du-Gard.
Le parcours n’était certes pas particulièrement direct. La rue André-Gide était coupée en son milieu par un terrain boisé privé, obligeant les automobilistes à contourner la parcelle. Mais les habitants avaient intégré cette organisation dans leurs déplacements quotidiens. Les résidents des immeubles de la rue André-Gide pouvaient également rejoindre leurs places de stationnement sans difficulté particulière. Surtout, les riverains expliquent qu’à l’époque des premières constructions, l’ouverture de cette rue avait été présentée comme une perspective permettant de désenclaver le secteur et de faciliter les entrées et sorties du lotissement.
Lorsque le terrain boisé longeant la rue Anatole-France a finalement été mis en vente en 2026, certains ont donc pensé que l’occasion était enfin arrivée. La continuité de la rue André-Gide aurait pu être réalisée, permettant une liaison automobile plus directe. Mais ce n’est pas le choix qui a été retenu. Un cheminement réservé aux piétons et aux cyclistes a finalement été aménagé. Un passage que les habitants ne contestent pas nécessairement dans son principe, mais dont ils interrogent l’utilité et la conception, notamment en raison des barrières qui compliquent, selon eux, le passage des vélos cargos.
« Il faut faire 500 mètres pour rejoindre une place située à dix mètres »
C’est à la fin des travaux de viabilisation des terrains que les riverains ont découvert l’ampleur des changements. La rue Anatole-France, qui n’était plus accessible pendant le chantier, a rouvert avec un nouveau sens de circulation. Elle pouvait désormais être empruntée pour sortir du secteur, mais plus pour y entrer. Dans le même temps, une partie de la rue André-Gide est passée en sens interdit.
Pour les habitants, les conséquences sont très concrètes. Certains résidents des immeubles de la rue André-Gide doivent désormais effectuer un détour d’environ 500 mètres pour rejoindre leurs places de stationnement, alors que celles-ci se trouvent à une dizaine de mètres seulement après le panneau d’interdiction. La situation est similaire pour les habitants des rues Anatole-France et Saint-John-Perse, ainsi que des squares Passy et Becquerel. « On nous demande de faire tout un détour alors que nous sommes presque arrivés chez nous », dénoncent-ils en substance.
La difficulté dépasse rapidement le cercle des seuls résidents. Les amis, les visiteurs, les livreurs ou encore les clients des professionnels installés dans le secteur doivent eux aussi comprendre une organisation devenue plus complexe. Les habitants racontent les remarques de ceux qui découvrent les lieux pour la première fois : « Dédale, labyrinthe, mal foutu… » Des mots qui résument assez bien le sentiment d’incompréhension face à des itinéraires qui semblent parfois leur faire tourner le dos à leur propre destination.
À cette perte de temps s’ajoute une autre inquiétude : celle de voir certains automobilistes céder à la tentation de ne pas respecter les nouvelles interdictions. « Ce n’est pas toujours facile de respecter un sens interdit quand on n’est plus qu’à vingt mètres de chez soi », expliquent les riverains. Ils redoutent que cette organisation ne provoque davantage d’impatience, d’incivilités et de tensions entre usagers.
Une circulation reportée vers des rues jugées inadaptées
Les habitants soulèvent également la question de la sécurité. Selon eux, les nouveaux sens de circulation ne suppriment pas les déplacements automobiles, mais les reportent vers d’autres rues du quartier qui n’auraient pas été conçues pour absorber ce trafic supplémentaire. Ils pointent notamment des intersections avec des priorités à droite et une visibilité qu’ils jugent insuffisante.
Leur inquiétude est d’autant plus forte que ces itinéraires passent à proximité d’une aire de jeux pour enfants et d’un foyer-logement accueillant des personnes âgées. Pour les riverains, il ne s’agit donc pas seulement de gagner quelques minutes sur un trajet, mais de savoir si les nouveaux flux de voitures ont été suffisamment anticipés. Ils évoquent également les conséquences environnementales de ces détours répétés, avec davantage de kilomètres parcourus et, mécaniquement, des émissions supplémentaires.
Le sujet est devenu suffisamment important pour qu’une pétition soit lancée en faveur de l’ouverture de la rue André-Gide à la circulation automobile. Selon ses initiateurs, elle a recueilli plus de 200 signatures. Un chiffre que les habitants mettent en avant pour montrer que leur mécontentement ne se limite pas à quelques voisins directement concernés par les nouveaux panneaux.
À la mairie, l’argument des rodéos motorisés provoque l’incompréhension
C’est avec cette mobilisation que plusieurs riverains ont été reçus le 19 octobre à la mairie de Trélazé. Autour de la table : le maire, son délégué à la tranquillité publique et aux grands projets et son délégué à l’urbanisme. Les habitants espéraient obtenir des réponses sur deux possibilités : ouvrir la rue André-Gide aux voitures ou revenir aux anciens sens de circulation.
Mais, selon leur compte rendu de la rencontre, les explications apportées ne les ont pas convaincus. Il leur aurait notamment été reproché d’être trop attachés à des habitudes de circulation installées depuis plus de dix ans. Une remarque qui a du mal à passer auprès de ces habitants, qui ne voient pas pourquoi l’ancien fonctionnement devrait être considéré comme une simple résistance au changement. Pour eux, il s’agit avant tout de conserver des accès cohérents à leur quartier.
Un autre argument a particulièrement marqué les esprits au cours de cet échange. Toujours selon les riverains, l’ouverture de la rue André-Gide aux voitures aurait été écartée pour éviter de favoriser les rodéos sauvages. Une justification qui suscite leur incompréhension. Ils affirment que ces comportements existaient déjà avant les travaux et estiment que la fermeture d’un accès automobile ne règle pas le problème de fond. Ils s’interrogent également sur les moyens effectivement déployés pour lutter contre ces pratiques.
Sur ce point, les habitants attendent des explications plus précises de la municipalité. La question des rodéos motorisés relève de la tranquillité publique et de la sécurité, mais elle ne répond pas, à elle seule, à leurs interrogations sur les détours, les carrefours et les conditions d’accès aux logements.
« On commence à se diviser entre voisins »
Au fil des semaines, le désaccord sur la circulation commence aussi à déborder sur les relations de voisinage. Les habitants mobilisés disent percevoir des tensions entre les résidents du haut et du bas de la rue André-Gide. Des échanges sur les réseaux sociaux et certaines discussions sur place seraient devenus moins cordiaux. Une évolution qu’ils regrettent particulièrement.
« À l’heure du vivre-ensemble, on sent déjà les conflits entre ceux du haut de la rue André-Gide et ceux du bas », alertent-ils. Derrière les panneaux et les plans de circulation, c’est aussi la vie quotidienne d’un quartier qui se retrouve affectée. Les riverains craignent que les habitants finissent par s’opposer entre eux alors que, selon eux, la responsabilité des choix d’aménagement relève avant tout de la collectivité.
Ils souhaitent désormais obtenir une visite sur place de M. Boussion, chargé de l’urbanisme, afin de lui montrer les difficultés qu’ils disent rencontrer quotidiennement. L’objectif est de sortir des plans et des explications générales pour confronter les décisions à la réalité du terrain : les accès aux stationnements, les intersections, les cheminements piétons et cyclables ou encore les itinéraires imposés aux automobilistes.
Les riverains veulent notamment attirer son attention sur ce qu’ils considèrent comme des incohérences, à l’image de cette portion de piste cyclable d’une vingtaine de mètres aménagée devant les nouveaux terrains à construire. Ils souhaitent aussi rappeler les conséquences qu’ils associent à la coupure de la rue André-Gide : circulation supplémentaire ailleurs, pollution, risques routiers et tensions entre habitants.
Les habitants attendent maintenant des réponses concrètes
Après la rencontre du 19 octobre, la mobilisation ne semble donc pas retomber. Les habitants espèrent toujours qu’une solution pourra être trouvée, mais reconnaissent avoir été refroidis par l’accueil reçu à la mairie. Leur demande reste pourtant clairement formulée : permettre de nouveau une circulation automobile cohérente dans cette partie de la Quantinière, soit en ouvrant la rue André-Gide, soit en rétablissant les anciens sens de circulation.
La municipalité devra désormais expliquer les raisons précises de ses choix et dire si des adaptations restent envisageables. Car, pour les riverains, le débat ne se résume pas à une opposition entre automobilistes, cyclistes et piétons. Ils estiment qu’un aménagement de quartier doit permettre à chacun de circuler sans transformer le trajet vers son domicile en parcours compliqué.
À la Quantinière, plus de 200 signatures témoignent déjà de cette contestation. Reste à savoir si la visite attendue sur le terrain permettra de renouer le dialogue et de trouver une issue. Pour l’heure, les habitants ont surtout le sentiment d’avoir perdu un accès qu’ils pensaient retrouver après quinze années d’attente.
en partenariat avec REGIEPRO


