« L’obésité est une maladie qui isole » : sur France 5, le combat de l’Angevin Quentin contre la grossophobie
Demain soir, l’émission Enquête de santé diffuse un documentaire inédit de Marie-Agnès Suquet nommé “On ne choisit pas d’être gros” et consacré à l’obésité, qui touche...

Demain soir, l’émission Enquête de santé diffuse un documentaire inédit de Marie-Agnès Suquet nommé “On ne choisit pas d’être gros” et consacré à l’obésité, qui touche aujourd’hui près d’un Français sur cinq. Parmi les témoins, Quentin, président de l’association angevine “Deux poids deux mesures”, y raconte son parcours et essai de casser les préjugés liés à sa maladie.
L’arrivée récente de nouveaux médicaments anti-obésité aux résultats spectaculaires a agi comme un déclencheur pour la réalisatrice Marie-Agnès Suquet. « Le fait d’avoir un médicament contre l’obésité, ça veut donc dire que l’obésité est une maladie », souligne-t-elle.
Loin du cliché tenace d’un simple manque de volonté ou de « personnes qui seraient fainéantes, trop gourmandes », la documentariste a souhaité filmer les ravages sociaux de cette affection. « C’est une maladie qui isole, c’est une maladie qui fait culpabiliser, c’est une maladie qui fait qu’on a honte et qu’on peut se couper du monde », martèle Marie-Agnès Suquet. Inadaptation du mobilier en terrasse, regards pesants dans l’espace public, discriminations à l’embauche : la stigmatisation aggrave la pathologie, de manière littéral.
« Vous n’êtes pas coupable, vous êtes malade »
Pour incarner ce combat sociétal, la réalisatrice a suivi cinq patients aux profils divers, dont Quentin. En situation d’obésité depuis l’âge de 3 ans, le jeune homme a longtemps subi la violence d’un corps médical peu formé à cette prise en charge. « Les médecins que j’ai été voir dans les débuts c’était : “De toute façon c’est de votre faute, vous mangez trop, vous bougez pas assez et puis basta, faites un régime” », raconte-t-il, dénonçant un discours éminemment culpabilisateur.
Le déclic survient à son arrivée à Angers vers 21 ans, face à un nouveau médecin traitant. « À la première consultation, il m’a clairement dit : “Quentin vous n’êtes pas coupable, vous êtes malade” », confie le patient. Une phrase qui l’a « soulagé d’un poids », celui d’une société prompte à tout ramener à la responsabilité individuelle.
Aujourd’hui, Quentin fustige d’ailleurs la culture des régimes restrictifs qui poussent le corps à se mettre en « mode survie », à se sentir agressé par cette situation et à faire des réserves une fois le calme revenu; n’arrangeant rien sur le long therme. En 2023, suite à des épreuves traumatisantes, il a perdu 90 kilos en neuf mois jusqu’à la dénutrition. Cette perte de poids soudaine lui a révélé le visage conditionnel de notre société : « Des gens qui ne venaient pas me parler avant venaient me parler […], je me suis dit mais wow dans quel monde on vit en fait ».
Lâcher-prise et câlins gratuits
Pour transformer cette colère en action, Quentin a fondé en 2024 l’association Deux poids, Deux mesures. Son but ? Sortir les malades de l’isolement et les diriger vers un suivi médical « adapté, non grossophobe ». Les initiatives se multiplient sur le terrain. En septembre dernier, lors d’une opération à Angers munie de pancartes « Je n’ai pas la taille mannequin, mais j’aime bien les câlins », l’association a distribué 200 étreintes en deux heures. « Ça m’a broyé le cœur ce jour-là d’entendre ça », avoue Quentin, marqué par la détresse d’étudiantes ou de retraités en cruel manque de tendresse.
Le jeune homme a également écrit une pièce de théâtre en trois actes, “Sale temps pour les gros”, pour aider les adhérents à extérioriser et gérer leurs émotions à partir de sa propre histoire, et qu’ils pourraient jouer courant 2027.
« Tu nous as révélés à nous-mêmes »
C’est cette résilience lumineuse qui a convaincu Marie-Agnès Suquet de braquer ses caméras sur l’association angevine. Le tournage a accouché de séquences d’une rare intensité. La réalisatrice a notamment demandé aux membres d’enregistrer des vidéos face caméra pour dénoncer les insultes, puis de danser sur un titre de l’artiste Barbara Butch. Un défi immense pour des personnes souvent en conflit avec leur propre image.
« Je voyais des gens qui, la première fois que je les ai vus, étaient totalement enfermés et là, se lâchaient sur la piste en dansant. C’était beau », témoigne Quentin. Un moment de profonde communion confirmé par la réalisatrice, qui n’oubliera pas les mots d’une participante à la fin de la soirée : « Merci à toi, tu nous as révélés à nous-mêmes ».
S’il avoue avoir fondu en larmes à trois reprises en visionnant le documentaire, l’Angevin est aujourd’hui prêt à assumer cette mise à nu télévisuelle. « J’ai payé ma place, j’ai le droit de kiffer mon moment », conclut-il avec le sourire
“On ne choisit pas d’être gros”, le documentaire de Marie-Agnès Suquet, est à découvrir le mardi 17 mars 2026 à 21h05 sur France 5 ou sur France TV.


