Maine-et-Loire : L214 dénonce les conditions d’élevage de 11 500 canards et porte plainte
Une enquête publiée ce mercredi 16 septembre 2026 par l’association L214 met en cause les conditions d’élevage de canards de Barbarie dans une exploitation située à Sèvremoine, dans le Maine-et-Loire. Selon l’association, 11 500 canards destinés à la production de viande y seraient élevés dans un bâtiment fermé, sur un caillebotis plastique et sans accès à un point d’eau permettant aux animaux de se baigner.

L214 affirme avoir réalisé ces images au cours des mois de juillet et août 2026. L’association indique également avoir déposé une plainte pour mauvais traitements contre l’élevage, le groupement Terrena auquel adhère l’exploitant ainsi que Carrefour, auprès de la procureure de la République du tribunal judiciaire d’Angers.
11 500 canards dans un bâtiment fermé
D’après les éléments présentés par L214, les canards disposent chacun d’environ 700 cm² au sol, soit une surface légèrement supérieure à celle d’une feuille A4. L’association affirme que les animaux sont maintenus sur un caillebotis plastique couvrant l’ensemble du bâtiment, sans litière.
L214 décrit également des animaux présentant des lésions aux pattes, un plumage fortement souillé et, pour certains, des difficultés à se déplacer. L’association affirme avoir constaté la présence de cadavres au sol parmi les animaux vivants. Ces observations reposent sur les images recueillies par l’association lors de son enquête.
La question de l’espace disponible est également au cœur de l’enquête. L’association cite une note du ministère de l’Agriculture indiquant qu’un canard au repos occupe environ 1 000 cm² et 2 000 cm² lorsqu’il bat des ailes. Elle s’appuie aussi sur une recommandation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), publiée en 2023, évoquant 4 061 cm² pour permettre à un canard de se mouvoir, selon les termes repris dans le dossier.
Pas de bassin pour les canards
Autre point soulevé par L214 : l’absence d’un dispositif permettant aux canards d’immerger leur tête ou de se baigner. Selon l’association, les animaux disposent uniquement d’une pipette installée au-dessus d’une petite coupelle.
L214 rappelle que le canard de Barbarie est une espèce aquatique et s’appuie sur une recommandation du Conseil de l’Europe du 22 juin 1999 concernant les conditions d’élevage de cette espèce. Le texte évoqué dans l’enquête prévoit notamment que, lorsque le bain n’est pas possible, les installations doivent permettre aux canards de couvrir leur tête avec de l’eau et de projeter de l’eau sur leur corps.
L’association estime que les installations filmées à Sèvremoine ne permettent pas ces comportements.
Le chargement des animaux également dénoncé
L’enquête porte aussi sur le départ des canards vers l’abattoir. Selon L214, les 11 500 animaux auraient été ramassés en environ une heure trente après une période d’engraissement de 83 jours.
L’association affirme que plusieurs canards ont été saisis par le cou avant d’être placés dans des caisses de transport, certains étant manipulés à plusieurs simultanément. Elle considère ces pratiques incompatibles avec les règles applicables au transport et avec les dispositions spécifiques concernant le canard de Barbarie.
Sur ce point, L214 cite notamment le règlement européen relatif au transport des animaux ainsi que la recommandation consacrée au canard de Barbarie, qui prévoit notamment que les oiseaux lourds soient portés individuellement et placés un par un dans les caisses.
Des mutilations réalisées avant leur arrivée
L’association s’intéresse également aux pratiques appliquées aux canetons. Selon son enquête, ceux-ci arrivent dans l’élevage avec le bec épointé et les griffes coupées.
L214 rappelle que la recommandation européenne relative au canard de Barbarie prévoit que ces interventions ne doivent être réalisées qu’à titre exceptionnel et ne doivent pas devenir des pratiques systématiques. L’association conteste donc les conditions dans lesquelles elles seraient réalisées dans l’élevage concerné.
Le dossier relève par ailleurs la présence du logo « Volaille Française » sur la barquette commercialisée par Carrefour. L214 estime que certaines exigences du référentiel cité dans son enquête, notamment concernant les abreuvoirs permettant au canard d’immerger sa tête, ne seraient pas respectées dans le bâtiment filmé.
Une viande commercialisée sous la marque Carrefour Extra
Selon L214, la viande issue de ces canards est commercialisée sous la marque Carrefour Extra. L’association met ce point en parallèle avec la charte éthique fournisseurs de Carrefour, qui prévoit notamment que les fournisseurs respectent les réglementations en vigueur concernant le bien-être animal et bannissent les actes de cruauté envers les animaux.
L214 rappelle également avoir déjà publié, en mai 2026, une autre enquête concernant des dindes et des dindons commercialisés sous la marque Simpl de Carrefour, dans un élevage situé dans la même commune et appartenant au même groupement, selon les éléments communiqués par l’association.
Une plainte déposée auprès du parquet d’Angers
Au-delà de la publication des images, L214 a donc décidé de saisir la justice. L’association indique avoir porté plainte pour mauvais traitements contre l’élevage, Terrena et Carrefour auprès de la procureure de la République du tribunal judiciaire d’Angers.
À ce stade, les éléments rapportés dans cette enquête correspondent aux observations et aux accusations formulées par L214. La plainte annoncée devra, le cas échéant, faire l’objet des suites judiciaires qui permettront d’établir les faits et les éventuelles responsabilités.
De son côté, L214 demande à Carrefour de retirer de ses rayons les produits provenant de cet élevage ainsi que ceux issus d’élevages de canards présentant, selon elle, les mêmes caractéristiques : absence de point d’eau, densité élevée, mutilations et élevage sur caillebotis intégral.
L’association réclame enfin que Carrefour rejoigne le « Plant Protein Pact », un engagement visant notamment à réduire de moitié, d’ici 2030, le nombre d’animaux tués pour l’alimentation dans les approvisionnements de la grande distribution et à réduire la place de l’élevage intensif.
en partenariat avec REGIEPRO


