« Ouverture, humanité, proximité » : le nouveau procureur d’Angers dévoile sa ligne
Il est arrivé il y a seulement dix jours. Ce vendredi 25 septembre 2026, Sylvain Barbier Sainte Marie a officiellement pris ses fonctions de procureur de la République d’Angers, lors de l’audience solennelle d’installation organisée au tribunal judiciaire. Autour de lui, la juridiction angevine faisait également sa rentrée avec plusieurs nouveaux magistrats et personnels de greffe.

Dans la salle d’audience du palais de justice d’Angers, l’après-midi avait des allures de nouveau départ. Les visages connus de la juridiction côtoyaient ceux qui viennent d’en franchir les portes. Une rentrée solennelle qui, comme l’a rappelé le président du tribunal judiciaire Benoît Giraud, est traditionnellement « un temps fort placé sous le signe du renouvellement ».
Cette année, le renouvellement est particulièrement marqué. Le tribunal accueille huit nouveaux magistrats en plus du nouveau procureur de la République, ainsi que plusieurs fonctionnaires et greffiers. Une nouvelle équipe appelée à travailler dans une juridiction où l’activité reste soutenue.
Dix jours après son arrivée, le nouveau procureur prend officiellement ses fonctions
Sylvain Barbier Sainte Marie n’est toutefois pas un inconnu du monde judiciaire angevin. Nommé par décret du 7 août 2026, publié au Journal officiel le 9 août, il succède à Éric Bouillard, parti exercer les fonctions de procureur général près la cour d’appel de Riom. Il a rejoint Angers le 15 septembre dernier.
Lors de son installation, le nouveau procureur a reconnu mesurer « l’honneur » qui lui est fait, mais également « le poids des responsabilités » qui l’attendent.
Son parcours est particulièrement marqué par les questions de justice des mineurs et de protection de l’enfance. Après avoir débuté sa carrière au cabinet du Premier ministre, il a notamment exercé au parquet de Paris, où il a travaillé durant plusieurs années au sein de la section des mineurs.
Il a ensuite occupé différentes fonctions au sein de la magistrature et de l’administration judiciaire avant de devenir procureur de la République à Arras en janvier 2022.
À Angers, il prend désormais la tête d’un parquet composé de douze magistrats, entourés de greffiers, fonctionnaires et attachés de justice.
Violences intrafamiliales : une priorité affichée
S’il prévient qu’il lui faudra encore plusieurs semaines pour dresser un état des lieux complet du ressort, Sylvain Barbier Sainte Marie a déjà dévoilé les grandes lignes de la politique pénale qu’il souhaite porter à Angers.
Il entend d’abord poursuivre et renforcer la lutte contre les violences intrafamiliales, qui représentent une part importante de l’activité du parquet. Le nouveau procureur souhaite notamment développer le recours aux bracelets électroniques et aux téléphones grave danger, mais également accélérer certaines procédures pénales.
« Les violences intrafamiliales, fléaux de notre société moderne, caractérisent en effet l’activité principale du parquet d’Angers », a-t-il déclaré.
Le deuxième axe concerne les stupéfiants et plus particulièrement les réseaux criminels. Le procureur entend poursuivre la politique engagée avant son arrivée tout en développant les enquêtes d’initiative contre les réseaux de trafic.
Il souhaite notamment renforcer l’utilisation des techniques spéciales d’enquête afin de mieux cibler les organisations criminelles.
Les mineurs au cœur de sa feuille de route
C’est sans doute sur la protection de l’enfance que son discours a été le plus personnel.
Fort de son expérience au parquet de Paris, où il a dirigé la section des mineurs pendant plusieurs années, Sylvain Barbier Sainte Marie considère la justice des mineurs comme un enjeu majeur.
« Le mineur d’aujourd’hui est le majeur de demain », a-t-il rappelé devant l’audience.
Pour lui, la réponse judiciaire ne peut pas reposer uniquement sur la sanction. Elle doit également passer par la prévention et une meilleure coordination entre les différents acteurs : justice, forces de l’ordre, protection judiciaire de la jeunesse, aide sociale à l’enfance, Éducation nationale, monde médical et associations.
Le procureur veut notamment travailler sur la question des signalements concernant les enfants victimes de maltraitance.
« Le signalement, même en cas de doute, n’est pas une possibilité mais une nécessité », a-t-il insisté.
Cette volonté de décloisonner les services constitue l’un des fils rouges de son intervention. Le parquet souhaite notamment renforcer les échanges avec le CHU d’Angers, l’aide sociale à l’enfance, les forces de sécurité intérieure et l’Éducation nationale.
Policiers, gendarmes, élus : une réponse pénale annoncée comme ferme
Autre priorité annoncée : les infractions commises contre les forces de sécurité intérieure, mais aussi contre les élus et les personnes chargées d’une mission de service public.
Le nouveau procureur a assuré vouloir apporter une réponse pénale « de très grande fermeté » lorsque des policiers, des gendarmes, des élus, des soignants, des pompiers, des magistrats, des avocats, des enseignants ou encore des conducteurs de bus sont pris pour cible.
« Attaquer nos forces de sécurité intérieure, c’est aussi attaquer l’État et les valeurs fondamentales de notre République », a-t-il déclaré.
Un message adressé directement aux partenaires du parquet présents dans la salle, parmi lesquels les représentants de la police, de la gendarmerie et des autres services de l’État.
L’environnement devient également un dossier judiciaire
Le cinquième axe concerne l’environnement.
Sylvain Barbier Sainte Marie souhaite développer une politique pénale plus active face aux infractions environnementales, dans un contexte marqué par les conséquences des crises climatiques et par la montée des contentieux liés à l’environnement.
Le parquet d’Angers travaille déjà avec le parquet régional environnemental, compétent pour les dossiers les plus complexes de la cour d’appel. Le nouveau procureur souhaite renforcer cette dynamique et élargir les réponses pénales possibles.
« Justice de proximité » : les trois mots qu’il veut inscrire à Angers
Mais au-delà de ces cinq priorités, Sylvain Barbier Sainte Marie en a placé une autre au-dessus de toutes les autres : la proximité.
« Ce chantier se résume à trois mots : justice de proximité », a-t-il lancé.
Pour le nouveau procureur, la justice doit être plus compréhensible et plus accessible aux citoyens. Il souhaite donc multiplier les contacts avec les élus, les partenaires institutionnels et les justiciables, mais aussi accélérer les réponses pénales et développer la communication institutionnelle.
Une conception qui dépasse largement la seule activité du parquet.
« Que serait en effet la justice si elle n’était pas proche des justiciables au nom desquels nous la rendons ? », a-t-il interrogé.
Un procureur qui revendique « ouverture, humanité et proximité »
La dernière partie de son discours a pris une tonalité plus personnelle.
Sylvain Barbier Sainte Marie a insisté sur l’importance de l’humanité dans la décision judiciaire. Une justice ferme, mais qui ne doit pas céder à l’automatisme ni à la précipitation.
« Humanité ne signifie pas faiblesse », a-t-il rappelé, estimant que chaque décision nécessite écoute, compréhension et prise de recul.
Après avoir remercié les magistrats, les fonctionnaires, les forces de sécurité, les avocats, les élus et l’ensemble des partenaires de la justice, il a résumé la ligne qu’il souhaite donner au parquet d’Angers autour de trois mots : « ouverture, humanité et proximité ».
Une formule qui pourrait bien devenir la signature du nouveau procureur dans les prochains mois.
Car avant de modifier en profondeur l’action du parquet, Sylvain Barbier Sainte Marie l’a rappelé : il doit encore découvrir son nouveau ressort. Il a annoncé vouloir consacrer les prochaines semaines à rencontrer les acteurs judiciaires et à visiter les différents lieux qui entourent le tribunal.
« D’ici la fin de l’année », il souhaite disposer d’une véritable photographie du ressort afin d’engager les premières actions.
en partenariat avec REGIEPRO


