À Angers, les commerçants du centre-ville étranglés par les manifestations : Roch Brancour tire la sonnette d’alarme

Les manifestations des 17 et 24 octobre ont lourdement perturbé l’activité commerciale du centre-ville d’Angers. Chiffre d’affaires en chute, fréquentation en baisse et inquiétudes pour la sécurité des salariés et des clients : Roch Brancour, adjoint au maire chargé du Développement économique, du Commerce et de l’Emploi, alerte sur une situation qui pourrait fragiliser davantage les commerces à l’approche des fêtes de fin d’année.
« Les commerçants ont besoin du soutien de la population. » Le message de Roch Brancour est sans ambiguïté. Après les tensions et les violences survenues lors des manifestations d’octobre à Angers, l’élu municipal redoute des conséquences durables pour les boutiques du centre-ville, déjà confrontées à un contexte économique difficile.
« Un véritable effondrement de l’activité commerciale »
Le samedi représente traditionnellement une journée essentielle pour les commerçants. Or, les manifestations successives ont éloigné une partie des clients du centre-ville, avec des répercussions directes sur les ventes.
« Les commerçants nous disent qu’ils ont eu leur chiffre d’affaires divisé par deux, par trois, par quatre pour certains sur cette journée de samedi », rapporte Roch Brancour à propos du 24 octobre.
La baisse de fréquentation se retrouve également dans les parkings. Au Ralliement, celle-ci aurait été divisée par trois, selon les premières estimations évoquées par l’élu, qui précise ne pas disposer encore de chiffres définitifs. D’autres secteurs commerçants, notamment les rues Saint-Aubin et d’Alsace ainsi qu’une partie du boulevard Foch, ont également subi les conséquences des tensions et des mouvements de foule.
Pour Roch Brancour, l’impact dépasse les seuls établissements directement exposés aux dégradations. Les gaz lacrymogènes, les affrontements et les déplacements de manifestants ont aussi provoqué le départ de clients et de riverains de plusieurs secteurs de l’hypercentre.
« C’est un véritable effondrement de l’activité commerciale », résume-t-il.
Une vingtaine d’agents de sécurité financés par la mairie
Après les inquiétudes exprimées par les commerçants à la suite de la manifestation du 17 octobre, la Ville d’Angers a réuni les associations de commerçants, la Chambre de commerce et d’industrie, la Chambre de métiers et de l’artisanat ainsi que la préfecture.
Plusieurs mesures ont été mises en place pour tenter de limiter les risques. Une boucle de communication, coordonnée sous l’égide des Vitrines d’Angers, permet aux commerçants volontaires de recevoir des informations sur le déroulement des manifestations et l’évolution de la situation. Le 24 octobre, plus de 300 personnes issues des commerces du centre-ville étaient connectées à ce dispositif.
La municipalité a également financé la présence d’une vingtaine d’agents de sécurité à proximité de certains commerces, avec des emplacements définis en lien avec la Chambre de commerce et l’autorisation de la préfecture. Une fiche pratique recensant les contacts et les démarches à effectuer en cas de dégradations ou de violences a enfin été transmise aux professionnels.
La facture de ce dispositif pourrait atteindre entre 8 000 et 10 000 euros pour la journée du 24 octobre, selon la première estimation de l’adjoint au maire.
Ces moyens n’ont toutefois pas suffi à éviter les incidents. Aux Halles Cœur de Maine, la pression exercée par des individus venus aux abords du site a conduit les responsables à mettre à l’abri, à l’étage, une centaine de clients présents dans la halle.
Les Halles Cœur de Maine au cœur des tensions
Le site fait l’objet d’une controverse politique depuis le début des manifestations. Des collectifs et des syndicats ont notamment mis en cause la présence d’un commerce dont les responsables seraient liés à l’ancienne mouvance identitaire de l’Alvarium, dissoute. Cette accusation constitue l’un des points de crispation autour des rassemblements.
Interrogé sur la possibilité de fermer les Halles Cœur de Maine lors des manifestations, Roch Brancour estime que la décision appartient aux responsables du site. Il affirme avoir échangé avec eux et rappelle que les commerces de la halle ne sont pas les seuls à subir les conséquences des rassemblements.
L’élu conteste toutefois la lecture politique de la situation défendue par les manifestants les plus radicaux. « Il y a une extrême minorité de quelques activistes d’ultragauche qui ont décidé de faire de ce site un symbole », déclare-t-il.
Il insiste sur les conséquences pour l’ensemble des professionnels installés dans les halles, où près d’une vingtaine de commerçants accueillent quotidiennement leur clientèle. La municipalité affirme être solidaire des équipes confrontées aux dégradations, aux violences et aux insultes.
« Les semaines qui s’annoncent sont déterminantes »
La période inquiète d’autant plus la municipalité que les commerçants abordent une séquence décisive de l’année. De la mi-novembre à la fin décembre, les achats liés aux fêtes de fin d’année constituent une période importante pour les boutiques indépendantes, les artisans et les autres professionnels du centre-ville.
« Les commerçants attendent beaucoup de cette période, non pas pour réaliser des chiffres d’affaires records, mais plutôt pour sauver leur commerce, sauver leur année », souligne Roch Brancour.
L’élu rappelle que les difficultés s’accumulent déjà sous l’effet de la baisse du pouvoir d’achat, de la progression du commerce en ligne et de l’augmentation des dépenses liées aux déplacements. Il redoute que la répétition des manifestations le samedi incite les habitants à privilégier les centres commerciaux de périphérie ou les achats sur Internet.
Face à cette situation, la mairie entend reconduire les mesures de sécurité déjà engagées. Roch Brancour appelle également les organisations politiques et syndicales à déclarer leurs rassemblements en préfecture et à négocier les parcours en amont.
« Je voudrais tirer la sonnette d’alarme », insiste-t-il, en demandant aux organisateurs de ne pas laisser les éléments les plus radicaux imposer leur stratégie aux cortèges.
Pas d’indemnisation des pertes, mais des pistes à l’étude
La Ville envisage-t-elle une aide financière directe pour les commerçants les plus touchés ? À ce stade, Roch Brancour écarte une compensation municipale des pertes de chiffre d’affaires.
« La mairie n’a pas les moyens financiers de venir compenser les pertes de chiffre d’affaires des commerces », explique-t-il, évoquant également les difficultés juridiques qu’un tel dispositif pourrait soulever.
La municipalité réfléchit néanmoins à d’autres actions susceptibles d’aider les professionnels à faire face à cette période délicate. Aucun dispositif précis n’a été annoncé à ce stade.
En parallèle, les festivités de fin d’année sont maintenues. La Ville ne prévoit pas de remettre en cause le marché de Noël et les animations de Soleil d’hiver, place du Ralliement. Au contraire, l’équipe municipale espère que ces rendez-vous contribueront à ramener des visiteurs dans le centre-ville et à soutenir les commerçants.
« Plus il y a de violences, plus il y a de désordres […] plus, en réalité, ça crée des oppositions », prévient Roch Brancour.
Pour l’adjoint au maire, l’enjeu dépasse désormais la seule activité économique. La capacité du centre-ville à rester un lieu de commerce, de rencontre et de vie quotidienne est également en question. À l’approche de Noël, la municipalité mise sur le retour des clients et appelle à des manifestations organisées dans le respect des habitants et des professionnels.
en partenariat avec REGIEPRO


