Justice

Un informaticien angevin de 30 ans jugé pour « atteinte à l’intimité » d’une dizaine de jeunes filles.

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Un ancien responsable d’une salle d’escalade a été jugé ce mardi 3 février 2026 par le tribunal correctionnel de Nantes pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » pour avoir filmé pendant huit ans, à leur insu, quatorze jeunes femmes à Nantes (Loire-Atlantique), La Roche-sur-Yon (Vendée) ou Bordeaux (Gironde).

Léo XXX – qui a depuis déménagé à Angers (Maine-et-Loire) et y a repris ses études pour « travailler dans la cyber-sécurité » – avait été dénoncé à la police par son colocataire : ce « gentleman », ce « gendre idéal » et ce « gros nounours » qui « se disait féministe », d’après ses proches de l’époque, avait dissimulé une caméra dans une trousse de toilette. Il en avait mis aussi d’autres « qui ressemblaient à une clé USB » dans les WC et salles de bains des logements qu’il avait successivement occupés à Bordeaux et Nantes.

Parmi ses victimes, on retrouvait ainsi sa petite amie de l’époque, les deux sœurs mineures de celle-ci, la femme d’un ami d’enfance dont il avait été le témoin de mariage, des amies ou encore des clientes de sa salle d’escalade. Pour ces femmes qui ont le sentiment d’avoir été « trahies », les conséquences psychologiques ont été importantes : l’une d’elles « se hâte » à présent quand elle se déshabille, est « dans l’inconfort » quand il faut aller aux WC et a pris ses douches « dans le noir » dans les jours qui ont suivi la révélation des faits en 2024.

« J’ai cherché des caméras dans le vestiaire des femmes de l’hôtel où je travaille », a confirmé une autre, ce mardi 3 février 2026, à la barre du tribunal correctionnel de Nantes. « J’ai aussi eu des doutes sur mes collègues de travail, et même sur mon partenaire : je lui ai demandé « Mais toi aussi, tu fais ça ??? » ». De la même façon une autre jeune femme filmée à son insu par Léo XXX a fait « une crise d’angoisse » lors d’un « feu d’artifice » à la Saint-Sylvestre quand elle a vu « toutes les personnes sortir leurs téléphones portables »…

UNE « AGRESSION SEXUELLE » A LA ROCHE-SUR-YON

Cet « ami parfait » était en réalité « un prédateur », a donc conclu son ancienne petite amie, Salomé XXX. « Je comprends tout à fait le sentiment de trahison qui en découle », a convenu ce jeune de 29 ans devant les trois juges nantais. « Je suis d’ailleurs parti sur Angers pour être certain de ne plus imposer ma personne à des gens qui ne veulent plus me voir. »

« Même si ça peut paraître paradoxal » le prévenu a profité de son procès pour « remercier » son ancien colocataire de l’avoir dénoncé à la police : il a « entraîné » chez lui une « prise de conscience » sur son « addiction au porno ». Il a par ailleurs lui-même été « marqué de manière sourde » par « l’agression sexuelle » d’une femme « ivre » qui lui a fait subir « une pénétration ».

« Charmeur » et « jamais entreprenant » avec les filles, ce jeune « totalement inconnu de la justice » – selon le président du tribunal – avait aussi filmé dans les sanitaires d’un camping une fillette inconnue « par-dessus et par-dessous » la cloison. « On vous voit vous masturber sur les images », lui a fait remarquer l’avocate de l’association Innocence en Danger, qui s’est constituée partie civile. Quelque 159 images pédo-pornographiques ont aussi été retrouvées sur son téléphone portable, a-t-il été rappelé à plusieurs reprises au cours du procès.

Julia XXX, qui faisait « partie du même groupe d’amis » que lui, apparaissait également nue dans la « collection » d’images du prévenu. Il lui avait aussi « posé la main sur les fesses » un soir où il dormait avec elle lors d’un « week-end entre amis » à La Roche-sur-Yon (Vendée). A l’audience, Léo XXX a réfuté ces faits même s’il avait présenté des « excuses » par SMS à la plaignante. « Je m’étais écrasé en validant ses propos, mais je n’ai rien fait », certifie le prévenu. « Ce geste n’a pas lieu pour moi : le contact physique, ça ne me ressemble pas du tout. »

UNE PROF « CRAINT » QUE SES EBATS SEXUELS « RESSORTENT » SUR INTERNET

« Derrière son apparence de gentleman et de gendre idéal, il avait une autre facette qu’il dissimulait aussi bien que ses caméras », a grincé l’avocate de son ancienne petite amie Salomé XXX. Un « nombre conséquent » de leurs ébats sexuels a en effet été retrouvé, et la jeune femme éprouve de la « culpabilité » à l’idée d’avoir « introduit le loup dans la bergerie » : ses deux sœurs avaient « à l’époque 14 et 16 ans ». Léo XXX avait en outre été accueilli dans sa famille « avec bienveillance », avait répété Salomé XXX à la barre du tribunal.

Aujourd’hui, cette professeure d’EPS a dû « se mettre en arrêt ». « Comme tous les collégiens googlisent les noms de leurs professeurs à chaque rentrée, elle vit avec la crainte que ces vidéos ressortent un jour », a expliqué son avocate. L’enseignante veut aussi interdire à son ancien petit ami d’approcher la plage située face au camping de L’Hermitage des Dunes, aux Moutiers-en-Retz (Loire-Atlantique), même si les parents de celui-ci habitent à proximité : c’est aussi un « lieu de recueillement » pour elle et ses sœurs « en souvenir de leur père ».

« Le souvenir du jour de mon mariage ne sera plus jamais le même », a également témoigné l’ami d’enfance « trahi » par son témoin de mariage. Sa femme avait déjà « pris ses distances » avec le prévenu après avoir vu qu’il avait fait une vidéo « centrée sur sa poitrine ». « Aujourd’hui, il est surtout désolé de s’être fait prendre et désolé de sa mort sociale », est donc convaincue leur avocate. « A la fin il était décrit comme un « charo » [charognard, ndlr] : son vocable était super lourd à propos des filles qu’il rencontrait sur Tinder », a-t-elle relevé.

« Se méfier de tout et de tout le monde c’est ultra-épuisant », a conclu l’avocate pour résumer l’état d’esprit des victimes. Un renvoi de l’affaire à une audience ultérieure pour la question de l’indemnisation de ses clientes a été demandé. L’avocate d’Innocence en Danger a elle réclamé 1.500 € pour le « préjudice moral » et 1.200 € pour les frais de justice de cette association qui « propose des permanences gratuites et confidentielles » et « organise des séjours de résilience » pour les victimes de telles infractions.

DES CAMERAS « DISCRETES » ET « CACHEES »

« Les victimes doivent leur salut au colocataire observateur de M. XXX qui a fait un signalement en ligne », a souligné pour sa part la procureure de la République. Elle a requis au final un an de prison avec bracelet électronique et deux autres avec sursis probatoire comprenant une obligation de soins, une interdiction de recontacter les victimes et de se présenter à leurs domiciles pendant deux ans. La représentante du parquet a également requis une interdiction d’exercer toute activité en lien avec les mineurs pendant dix ans.

La magistrate a enfin demandé au tribunal de rendre l’instigateur de ces caméras « discrètes » et « cachées » inéligible pour cinq ans et de l’inscrire au Fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles et violentes (FIJAIS), ce qui l’obligerait à pointer au moins une fois par an pendant vingt ans dans une brigade de gendarmerie ou un commissariat de police.

« Ce dossier montre la complexité de l’humain », souffle l’avocat de la défense à propos de la « collection assez macabre et lugubre » d’images de son client. Après avoir décroché un BTS dans les « travaux publics » en 2017, l’ancien responsable de la salle d’escalade Vertical’Art à Nantes a donc repris des « études d’informatique » à Angers dans le cadre d’un autre BTS en alternance avec la SNCF.

« Même si cela peut faire sourire, il veut travailler dans la cyber-sécurité : pour lui ce serait une forme de repentir vis-à-vis de la société », explique Me Brett Le Meur. Il a donc demandé au tribunal correctionnel de Nantes de ne pas inscrire la peine de Léo XXX sur la partie du casier judiciaire qui est accessible aux employeurs. Compte-tenu de l’horaire de fin tardif du procès – qui s’est terminé à 23h30 – et du nombre de parties civiles, les juges ont mis leur décision en délibéré et la rendront sous dix jours./LR et GF

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