Citoyenneté
À l’aube, policiers et préfet sur le terrain à Angers pour rappeler que la route n’est pas un réflexe automatique

Ce vendredi matin, dès 7h30, la circulation était déjà dense autour de la place Andrée Leroy, à Angers. Entre automobilistes pressés d’arriver au travail et étudiants se rendant en cours, les forces de l’ordre ont installé un vaste dispositif de contrôle routier. Sur place, le préfet de Maine-et-Loire, François Pesneau, est venu observer et expliquer une opération volontairement visible : marquer les esprits avant même le début de la journée.
« Ce matin, on fait une opération de sécurité routière à la fois de prévention et de répression », résume-t-il. Le choix du lieu n’est pas anodin : un axe très fréquenté, emprunté par des jeunes et des actifs, là où les habitudes prennent souvent le dessus sur la prudence.
Les mobilités douces dans le viseur
Très vite, les policiers arrêtent une succession de vélos et de trottinettes. Beaucoup présentent le même problème : absence d’éclairage, gilet oublié ou inexistant, écouteurs vissés dans les oreilles.
« On se rend compte malheureusement qu’on a une population jeune qui circule de nuit avec des vélos non éclairés ou sans gilet, c’est assez inquiétant parce qu’on ne prend pas conscience de la vulnérabilité », insiste le préfet.
Sur place, la pédagogie précède l’amende, mais elle ne suffit pas toujours. « Quasi tous les vélos et trottinettes qu’on arrête sont en situation de défaut », constate-t-il. Dans ces cas-là, la verbalisation tombe. L’objectif est assumé : créer un déclic immédiat.
Le téléphone au volant toujours omniprésent
Les conducteurs ne sont pas épargnés. Entre deux contrôles de cycles, les agents interceptent des automobilistes surpris téléphone en main.
« Les gens partent travailler et passent le petit coup de fil à la nounou ou au conjoint pour savoir s’il est bien arrivé. Mais on ne téléphone pas au volant », rappelle François Pesneau.
Pour lui, ces gestes sont révélateurs d’un comportement banalisé. « Chacun s’accorde à dire que 46 morts sur les routes, c’est insupportable. En revanche, chacun ne modifie pas ses attitudes au volant ou sur la route. »
Une prévention permanente mais peu suivie
L’opération du jour n’est qu’une partie d’un dispositif plus large. Les services de l’État interviennent régulièrement dans les établissements scolaires, les universités et les entreprises pour distribuer du matériel de visibilité et sensibiliser.
Mais l’efficacité reste limitée. « On vient d’arrêter un jeune sans lumière qui avait un sac à dos donné lors d’une précédente opération. Le message n’est pas bien passé », regrette le préfet.
Pour lui, la sécurité routière reste un combat collectif : « Ce n’est pas le combat du préfet ou des forces de l’ordre. »
Un bilan jugé catastrophique
Le contexte explique la fermeté affichée. L’année 2025 s’est achevée avec 46 morts sur les routes du département et le début de 2026 suit la même tendance.
« Le bilan depuis le début d’année s’inscrit exactement dans la même logique que l’an dernier. Le mot n’est pas trop fort : il est catastrophique », déclare François Pesneau.
D’où une stratégie à double niveau : multiplier les contrôles pour marquer les esprits et renforcer les actions éducatives sur le long terme. « Former les jeunes aujourd’hui, c’est améliorer les comportements demain », souligne-t-il.
Plus de présence policière à l’avenir
L’opération matinale avait aussi un objectif symbolique : montrer que les contrôles peuvent intervenir à tout moment.
« Les gens doivent voir que les policiers ne travaillent pas seulement à certaines heures. La peur du gendarme doit fonctionner », affirme le préfet.
Les Angevins sont prévenus : les opérations de ce type vont se poursuivre. Mais pour le représentant de l’État, la solution ne viendra pas uniquement des radars et des amendes.
« On arrivera à une amélioration de la sécurité routière uniquement avec une prise de conscience collective. Sinon, dans dix ans, on comptera encore quarante morts sur les routes. »
