Citoyenneté
BHV Angers : un grand magasin sous tension, salariés et syndicats alertent

Conditions de travail dégradées, rayons désertés, fournisseurs impayés et arrivée annoncée de Shein : au magasin angevin comme dans l’ensemble des sites de province, l’inquiétude monte. Les représentants CFDT ont décidé de rendre publique la situation.
Une alerte économique déclenchée
Au sein du magasin BHV d’Angers, le climat social s’est fortement dégradé ces derniers mois. Autour de la déléguée syndicale Ingrid Hubert et de la déléguée syndicale centrale Sabine Le Bourhis — en visioconférence —, la CFDT a détaillé une situation jugée désormais critique dans l’ensemble des magasins gérés par SGM.
Pour Sébastien Hervé, secrétaire général CFDT Services Maine-et-Loire, le problème dépasse largement le cadre local : « Cela fait des mois que nous travaillons sur le dossier. La situation économique devient très inquiétante et les conditions de travail se dégradent fortement. C’est pour cela que le CSE central a déclenché un droit d’alerte économique fin janvier. »
Les représentants du personnel évoquent notamment des dettes sociales importantes : « Il y a des inquiétudes vis-à-vis des fournisseurs mais aussi de l’Urssaf et de la prévoyance. Même s’il y a des étalements, cela reste un signal très préoccupant », précise la CFDT.
Des magasins qui se vident progressivement
Dans le magasin d’Angers, la transformation est visible pour les salariés au quotidien. Le commerce fonctionne désormais essentiellement sur les stocks existants.
« Cela fait deux mois et demi que nous n’avons plus reçu de livraison. Les réserves sont vides et on étale ce qu’il reste en rayon », explique Ingrid Hubert. « On vit au jour le jour. On ne sait jamais de quoi demain sera fait. »
Les départs de marques se multiplient, souvent liés à des problèmes de paiement selon les représentants syndicaux. Avec elles disparaissent aussi les démonstrateurs employés par ces enseignes. « Beaucoup ont été licenciés économiquement. Quand on parle de créations d’emplois, il faut aussi regarder ceux qui ont déjà disparu », souligne la CFDT.
En quelques années, l’effectif du magasin serait passé d’environ 80 salariés à une cinquantaine. À l’échelle nationale, près de 200 postes non remplacés auraient disparu dans les sept magasins de province.
Conditions de travail : « l’envers du décor n’est pas beau à voir »
Au-delà de l’activité commerciale, les syndicats décrivent une dégradation concrète du quotidien de travail. Dans plusieurs magasins, le prestataire de nettoyage a cessé son intervention.
« On a demandé aux salariés de nettoyer les sanitaires. Nous avons refusé : ce n’est ni leur métier ni conforme aux règles », explique Sabine Le Bourhis.
À Angers, la direction locale assure actuellement certaines tâches elle-même, en attendant une solution.
La gestion des déchets a également posé problème : « Il y a eu des accumulations sur le quai et même la présence de rats. Cela montre l’envers du décor que les clients ne voient pas », témoigne Ingrid Hubert.
La sécurité inquiète aussi : certains prestataires pourraient ne plus intervenir, ce qui accentue le sentiment d’abandon. « Les salariés ont vraiment l’impression d’être laissés seuls », résume la CFDT.
L’arrivée de Shein, un tournant symbolique
Dans ce contexte déjà fragile, l’annonce de l’arrivée de corners Shein dans les magasins de province a marqué un nouveau cap. À Angers, plusieurs centaines de mètres carrés doivent lui être consacrés. « Nous l’avons appris par la presse ou en voyant les palettes arriver, pas par une communication interne », assure la déléguée syndicale centrale.
Pour les équipes, le changement est profond : « Nous avions été recrutés pour du conseil en magasin. Là on passe à du libre-service et de la mise en rayon. Beaucoup de salariés ne veulent pas travailler sur cet espace. »
La CFDT y voit un changement d’image et de stratégie commerciale difficilement compréhensible pour un grand magasin historiquement positionné sur un niveau de gamme supérieur.
Une absence de vision dénoncée
Pour les représentants du personnel, la question centrale reste celle du projet d’entreprise.
« Le CSE doit être consulté sur la stratégie annuelle. Aujourd’hui, personne n’est capable de dire où va l’entreprise », estime Sébastien Hervé.
Entre départs de marques, réorganisation interne et baisse de fréquentation, l’inquiétude grandit parmi les salariés. « Les démonstrateurs sont partis les premiers. Les équipes se demandent maintenant si ce sera leur tour demain », conclut Ingrid Hubert.
La procédure d’alerte économique devrait conduire à une expertise indépendante sur la santé financière du groupe, première étape avant d’éventuelles mesures plus lourdes.
