L’Ifremer hisse les voiles à La Rochelle pour décarboner la recherche océanographique

Grande première dans le monde de la recherche scientifique. Pour réduire son empreinte environnementale et s’affranchir des énergies fossiles, l’Ifremer teste à La Rochelle le « Morskoul », un catamaran à voile spécialement aménagé. Une expérimentation de 42 jours qui pourrait redéfinir l’avenir de la flotte scientifique côtière.
Un impératif éthique et économique pour l’institut
Actuellement à quai dans le port de La Rochelle, le prototype Morskoul (15 mètres de long pour 8 mètres de large) détonne dans le paysage de la recherche marine. Ce navire est le fruit d’un partenariat de long terme entre l’Ifremer et Skravik, une coopérative bretonne spécialisée dans les embarcations de travail bas carbone.
D’après France 3 Nouvelle Aquitaine, pour l’institut, l’enjeu est colossal : sa flotte océanographique actuelle rejette chaque année 40 000 tonnes de CO₂, ce qui représente à elle seule la moitié du bilan carbone global de l’organisme. Au-delà de l’enjeu financier lié à la hausse du prix du carburant, cette transition vers le vent répond à un devoir d’exemplarité éthique face à la crise climatique.
Plus silencieux et plus précis pour la science
L’utilisation de la voile ne présente pas seulement des avantages écologiques ; elle améliore également de façon drastique la qualité des observations scientifiques. En naviguant au vent, le catamaran réduit considérablement la pollution sonore sous-marine qui perturbe habituellement la faune et fausse les analyses acoustiques. Le bateau reste toutefois équipé de petits moteurs auxiliaires pour assurer les manœuvres en cas de calme plat.
De plus, l’absence d’échappements thermiques supprime le risque d’interférences lors des prélèvements d’air et d’eau. Un atout majeur pour la première mission du navire dans le pertuis charentais, où les ingénieurs de l’université de La Rochelle mesurent la concentration de méthane à l’embouchure de la Charente sans risquer de polluer leurs propres relevés.
Huit campagnes pour valider le prototype
Aménagé pour permettre aux scientifiques de travailler et de dormir à bord, le Morskoul devra faire ses preuves tout au long d’un cycle de huit campagnes de recherche itinérantes. Après ses premières mesures en Charente-Maritime, le catamaran mettra le cap vers le Finistère pour poursuivre sa phase d’évaluation technique en conditions réelles, avec l’ambition de prouver que la voile moderne est une alternative viable pour la science de demain.


