À Angers, que va devenir l’ancienne usine Thomson ? Le futur d’une friche de 13 hectares se joue dès cet automne
À Angers, l’ancienne usine Thomson s’apprête à entrer dans une nouvelle étape. Après des années d’abandon, le vaste site industriel du boulevard Gaston-Birgé fera l’objet d’une grande concertation citoyenne à partir de l’automne. Logements, activités, espaces publics, patrimoine industriel : si les premières études évoquent un potentiel de 1 400 logements, la ville veut encore laisser une large place au débat.

Pendant des décennies, Thomson a été bien plus qu’une usine à Angers. Au cœur du quartier de la Croix-Blanche, le site a longtemps symbolisé la puissance industrielle de la ville. Dans les années 1960 et 1970, plusieurs milliers de salariés franchissaient chaque jour les portes de l’entreprise. L’usine produisait notamment des téléviseurs et de l’électronique grand public.
Aujourd’hui, derrière les murs et les bâtiments longtemps restés fermés, c’est une tout autre histoire qui s’écrit. L’ancienne usine est devenue l’une des plus importantes friches urbaines d’Angers.
Et son avenir commence désormais à se préciser.
Une immense friche au cœur de la ville
Le site Thomson représente environ 13,2 à 13,5 hectares, avec près de 70 000 m² de bâtiments. Il se trouve boulevard Gaston-Birgé, à moins de deux kilomètres du centre-ville.
Après la fermeture du site en 2012, le lieu est resté vacant pendant plus d’une décennie. Angers Loire Métropole a finalement repris la main sur cette friche. L’aménageur public Alter a signé en septembre 2023 l’acquisition du site pour le compte de la collectivité, pour un montant de 10 millions d’euros, auxquels se sont ajoutés les frais liés à la taxe foncière.
Depuis, le projet a changé d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de réfléchir à l’avenir de l’ancienne usine, mais de transformer tout un secteur.
Le projet urbain Gaston-Birgé – Thomson porte ainsi sur environ 30 hectares, en intégrant d’autres parcelles et activités industrielles voisines. L’objectif affiché est de reconnecter cette enclave au reste de la ville et d’en faire un véritable quartier urbain.
Jusqu’à 1 400 logements envisagés
C’est probablement l’un des éléments qui va le plus alimenter les discussions dans les prochains mois.
Les premières études font apparaître un potentiel pouvant aller jusqu’à environ 1 400 logements sur le futur secteur. Mais il ne s’agit pas, à ce stade, d’un programme immobilier définitivement arrêté.
Car le scénario retenu par la collectivité est celui d’un quartier mixte.
Les études menées par Alter ont exploré plusieurs possibilités : un quartier principalement tourné vers la proximité, un secteur davantage mixte mêlant logements et économie, ou encore un quartier davantage consacré au renouvellement productif.
C’est finalement le scénario dit « faubourien mixte » qui a été privilégié. Il doit permettre de combiner habitat, activités économiques, équipements et espaces publics.
Autrement dit, l’objectif n’est pas de construire une nouvelle cité résidentielle au milieu d’une ancienne zone industrielle.
L’histoire industrielle ne devrait pas disparaître
C’est l’un des autres enjeux majeurs du projet.
À Thomson, il ne s’agit pas de faire table rase du passé. La collectivité souhaite conserver certains marqueurs de l’histoire industrielle du site et inscrire cette mémoire dans le futur quartier.
Cette question patrimoniale prendra une importance particulière alors que les bâtiments actuels portent encore les traces d’une époque où Thomson faisait travailler plusieurs milliers d’Angevins.
L’histoire du site remonte d’ailleurs aux années 1950. La Compagnie Thomson-Houston s’était installée à Angers dans le cadre de la politique de décentralisation industrielle. En 1964, l’usine comptait déjà environ 2 300 salariés et produisait jusqu’à 1 400 téléviseurs par jour.
Une partie de cette histoire pourrait donc trouver une place dans le futur quartier.
Les premiers occupants arrivent déjà
La transformation ne commence toutefois pas seulement sur le papier.
Depuis 2026, une partie du site accueille temporairement les Compagnons du Devoir, le temps de la reconstruction de leurs ateliers du boulevard Copernic. Des bâtiments provisoires représentant environ 5 600 m² ont été installés afin de permettre à plusieurs centaines de jeunes en formation de poursuivre leur activité.
Cette occupation temporaire donne déjà une première vie à une friche restée longtemps silencieuse. Elle pourrait également alimenter la réflexion sur les usages possibles du site pendant les différentes phases de transformation.
Un projet qui doit maintenant passer devant les habitants
C’est la prochaine grande étape.
À partir de l’automne 2026, une grande concertation citoyenne doit permettre aux Angevins de se prononcer sur l’avenir du secteur. Des réunions publiques sont annoncées afin de présenter les premières orientations et de recueillir les attentes des habitants.
C’est un moment important pour un projet appelé à transformer durablement cette partie d’Angers.
Car derrière la question du nombre de logements, plusieurs sujets vont forcément se retrouver sur la table : quelle place pour les espaces verts ? Quels commerces et services ? Quelle circulation ? Quelle desserte en transports collectifs et à vélo ? Quelle place pour les entreprises ? Et surtout, comment éviter qu’un ancien site industriel fermé sur lui-même ne soit remplacé par un nouveau quartier tout aussi difficile à traverser ?
L’équipe d’architectes-urbanistes retenue, emmenée par ANMA, travaille justement sur cette ouverture du site. Le projet met notamment l’accent sur la régénération des sols, les continuités paysagères et la maîtrise des formes urbaines.
Une opération à la croisée du logement et du renouvellement urbain
Pour la municipalité, Thomson constitue désormais l’un des grands secteurs appelés à évoluer dans les prochaines années.
Le maire d’Angers Christophe Béchu a récemment présenté l’ancien site comme le prochain grand secteur de transformation de la ville, notamment dans une logique de production de logements à coûts maîtrisés et sans doute aussi le projet de sa mandature.
Mais le chantier sera forcément long. La présence de pollutions héritées de l’activité industrielle constitue notamment une contrainte importante. Les documents publics consacrés au site font état de procédures de gestion des sols et de prescriptions environnementales.
La transformation de Thomson ne se fera donc ni en quelques mois, ni en une seule opération immobilière.
De l’usine au quartier : un tournant pour Angers
Il y a quatorze ans, Thomson fermait ses portes et laissait derrière elle une immense emprise industrielle au cœur de la ville.
Aujourd’hui, les machines ont disparu, les bâtiments attendent encore leur transformation et une nouvelle page commence à s’écrire.
Les 13 hectares de l’ancienne usine pourraient demain accueillir des logements, des activités, des équipements, des espaces végétalisés et des lieux rappelant l’histoire industrielle angevine.
Mais avant les pelleteuses et les grues, ce sont les habitants qui vont désormais être invités à imaginer ce que pourrait devenir Thomson.
en partenariat avec REGIEPRO


