Mobilisation lycéenne à Angers : la présidente de l’Université pousse un cri d’alerte
La mobilisation des lycéens et des étudiants prend de l’ampleur à Angers comme partout en France. Alors que plusieurs milliers de jeunes se sont mobilisés ces derniers jours, la présidente de l’Université d’Angers prend la parole. Dans un communiqué consacré à cette journée de mobilisation, elle estime que les revendications portées par les étudiants mettent aussi en lumière les difficultés profondes du système éducatif et universitaire français.

« Cette mobilisation de grande ampleur au niveau national et à Angers met en lumière la fragilité croissante de nos systèmes scolaire et universitaire et le manque d’efficacité des politiques gouvernementales en matière d’enseignement », écrit-elle, en faisant notamment référence aux résultats récents du classement PISA.
L’Université d’Angers face à une situation financière difficile
La présidente de l’Université d’Angers profite de cette mobilisation pour rappeler les difficultés financières rencontrées par l’établissement depuis plusieurs années.
Elle affirme que « les trois dernières années ont été marquées par une austérité financière rendue nécessaire par un sous-financement historique de l’établissement » et par la mise en place de plans de retour à l’équilibre budgétaire.
Selon les chiffres communiqués par la présidence, environ 10 millions d’euros de dépenses ont dû être supprimés depuis 2024. Dans le même temps, 20 postes de personnels administratifs et techniques n’ont pas été reconduits et 14 postes d’enseignants-chercheurs n’ont pas été pourvus.
« De nombreux autres postes d’enseignants-chercheurs ont été remplacés par des Attachés temporaires d’enseignement et de recherche », précise également la présidente.
4 000 étudiants supplémentaires depuis 2022
Cette réduction des moyens intervient alors que les effectifs de l’Université d’Angers continuent de progresser. L’établissement indique avoir accueilli 4 000 étudiants supplémentaires depuis 2022-2023.
Une évolution qui, selon la présidente, rend l’équation budgétaire particulièrement difficile. L’université doit parallèlement absorber la hausse de certaines dépenses, notamment énergétiques, et faire face au vieillissement de son patrimoine immobilier.
« Chacun pourra comprendre facilement que cette équation – baisse des moyens d’une part, augmentation de dépenses incontournables et de l’activité d’autre part – est intenable à court terme », estime-t-elle.
Elle considère que cette situation « met gravement en péril la qualité du service public » assuré par l’Université d’Angers.
Un écart de financement de 53 millions d’euros évoqué
Pour étayer son analyse, la présidente s’appuie notamment sur deux rapports de l’Inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche (IGESR).
Selon un rapport remis au ministre en novembre 2025, un étudiant de l’Université d’Angers bénéficie en moyenne d’une dotation de l’État de 5 500 euros, contre 7 500 euros pour des établissements similaires au niveau national.
Selon l’Université d’Angers, cette différence représenterait environ 53 millions d’euros à l’échelle de l’établissement.
« Cette trajectoire insoutenable a été objectivée par les services du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche eux-mêmes », souligne la présidente.
Un second rapport de l’IGESR, remis en juillet 2026, aurait par ailleurs relevé que les dépenses consacrées aux bibliothèques universitaires de l’Université d’Angers sont deux fois inférieures à celles observées en moyenne dans les autres bibliothèques universitaires françaises.
« Ces difficultés ne sont pas que conjoncturelles »
Pour la présidente de l’Université d’Angers, les difficultés actuelles ne peuvent pas être réglées uniquement par des mesures ponctuelles.
« Ces difficultés ne sont pas que conjoncturelles. Elles sont structurelles et méritent une réforme globale, ambitieuse et courageuse du système universitaire », affirme-t-elle.
Elle critique notamment la répartition actuelle d’une partie des financements consacrés à l’enseignement supérieur et à la recherche, estimant que certains dispositifs ont principalement profité aux plus grandes universités françaises.
La présidente plaide ainsi pour « un modèle juste et équitable d’allocation des moyens aux universités », afin de garantir un service public universitaire de qualité dans l’ensemble du pays.
Les droits différenciés pour les étudiants étrangers critiqués
Le communiqué revient également sur les droits d’inscription différenciés appliqués aux étudiants extra-communautaires.
Pour la présidente de l’Université d’Angers, cette mesure ne constitue pas une réponse suffisante aux difficultés financières des établissements.
Elle estime qu’elle représente « une réponse financière tout à fait marginale » et pourrait également « mettre en péril, à court terme, l’attractivité des établissements français autant que la cohésion sociale de la communauté ».
« La préparation des générations futures est-elle une priorité ? »
Au-delà de la situation angevine, la présidente veut inscrire cette mobilisation dans une réflexion plus large sur les moyens accordés à l’éducation et à l’enseignement supérieur.
Elle estime que la mobilisation des lycéens et des étudiants « vient s’ajouter aux multiples alertes que les établissements eux-mêmes ont tenté de faire entendre ces derniers mois et ces dernières années ».
Son interrogation finale est directe : « La préparation des générations futures est-elle une priorité ? »
L’Université d’Angers veut malgré tout préserver sa mission
Malgré les difficultés financières dénoncées, la présidente souligne les résultats obtenus par l’établissement angevin.
Elle rappelle que l’Université d’Angers demeure « parmi les leaders français de la réussite étudiante » et qu’elle a récemment intégré le classement de Shanghai pour son activité de recherche.
Elle salue également « la résilience de la communauté universitaire à Angers », qui continue, selon elle, à assurer sa mission de service public malgré les contraintes budgétaires.
La présidente tient enfin à souligner l’attitude de la communauté étudiante angevine, qu’elle décrit comme « bienveillante et ouverte au dialogue », notamment au cours des derniers jours de mobilisation.
en partenariat avec REGIEPRO


