Depuis près de vingt ans, il dirige la Maison familiale rurale (MFR) de Montreuil-Bellay. Ce jeudi 8 octobre 2026, le directeur de l’établissement doit comparaître devant le tribunal judiciaire de Saumur, poursuivi notamment pour des faits de harcèlement moral, de discriminations et d’entrave à l’exercice syndical. Des salariés racontent les brimades et les insultes qu’ils auraient reçu.

Une mère et son fils, salariés et élus au comité social et économique (CSE) de la MFR de Montreuil-Bellay ont déposé plainte il y a environ un an. L’union locale de la CGT de Saumur s’est jointe à la procédure. Ils dénoncent une dégradation des conditions de travail et des comportements qu’ils estiment constitutifs de harcèlement.
Selon les témoignages recueillis dans le cadre de la procédure, une vingtaine de salariés auraient quitté la MFR de La Rousselière ces dernières années, par démission ou rupture conventionnelle. Plusieurs attestations de collègues évoqueraient également des comportements similaires et une forte crainte de s’opposer au directeur.
« Surveiller une salle vide pendant quatre heures »
Parmi les situations dénoncées, celle du fils, animateur au sein de la MFR. Élu au CSE en 2023, il aurait été affecté, trois jours seulement après son élection et après une tentative de licenciement, à la surveillance d’une salle dans laquelle, selon les témoignages, il n’y avait personne.
« J’étais chargé de rester jusqu’à huit heures par jour dans cette pièce pendant plusieurs semaines. Du lundi au vendredi avec une pause de 30 minutes non rémunérée. » Une situation vécue comme une mise à l’écart par le salarié, aujourd’hui déclaré inapte au travail.
« Il me surnommait le Père Fourras », raconte le salarié, en référence au personnage enfermé dans une pièce du célèbre jeu télévisé.
Sa mère, également salariée et élue au CSE et qui travaille de nuit dans la structure, décri aussi des relations de travail particulièrement difficiles. Elle rapporte notamment avoir subi des cris et des propos qu’elle estime humiliants, notamment autour de son état de santé. Une dizaine d’attestations de collègues viendraient, selon les plaignants, corroborer certains de ces épisodes.
Des salariés qui disent avoir eu peur
Les témoignages évoquent plus largement un climat de tension au sein de l’établissement. Certains salariés auraient progressivement pris leurs distances avec les élus du CSE, avant de connaître eux-mêmes des difficultés avec la direction.
Les plaignants estiment que le directeur aurait cherché à isoler les représentants du personnel. Ils dénoncent également des propos qu’ils jugent particulièrement violents concernant l’état de santé de certains salariés, dont l’une aurait été comparée à une personne souffrant simplement d’une « grippe » alors qu’elle était atteinte d’un cancer.
Selon les plaignants, plusieurs salariés ont quitté l’établissement au fil des années. D’autres seraient actuellement en arrêt de travail. L’animateur placardisé et placé dans une pièce vide souffrirait notamment de troubles anxieux reconnus au titre d’une maladie professionnelle et suivrait un traitement.
Une direction qui pourrait être soutenue par le conseil d’administration ?
Les salariés reprochent également au conseil d’administration de la MFR de ne pas être intervenu malgré les alertes. Selon eux, aucune sanction disciplinaire n’aurait été prise à l’encontre du directeur et le conseil aurait continué à lui apporter son soutien. Une demande d’enquête interne, votée par les élus, n’a jamais été mise en place alors même que le conseil des prud’hommes, saisi par sept salariés, a demandé expressément la mise en place de cette enquête.
« Entre brimades, propos et allusions sexistes, menaces verbales et cris, rien n’est épargné aux salariés de la structure. Cela est illustré par un très fort turn-over au sein des équipes des bureaux, qui travaillent en contact avec le directeur. La problématique est aggravée par le positionnement du conseil d’administration, qui n’a d’autre but que de défendre son directeur, au préjudice des salariés plaignants. Ce directeur sème la terreur », indique Maître Hugo Salquain, avocat des salariés et plaignants.
L’affaire a donné lieu à une enquête de gendarmerie au cours de laquelle le directeur a notamment été placé en garde à vue. Selon les éléments du dossier, il aurait contesté les faits qui lui étaient reprochés et déclaré ne pas comprendre les raisons de cette procédure. Contacté, l’avocat du mis en cause n’a pas encore répondu à notre demande de sollicitation.
Le directeur est renvoyé devant la justice et poursuivi. Le dossier doit être examiné ce jeudi devant le tribunal judiciaire de Saumur. Le directeur bénéficie, comme toute personne poursuivie mais pas encore condamnée, de la présomption d’innocence.