Six hommes ont été mis en examen le 1er octobre 2026 à Angers pour escroquerie en bande organisée, puis placés en détention provisoire. Ils sont soupçonnés d’avoir participé à une vaste escroquerie aux faux clients, au préjudice de plusieurs sociétés en France dont Izymat, basé à Saint-Barthélemy-d’Anjou. Le préjudice lié à cette dernière affaire s’élève à 325 000 €.

L’affaire remonte à l’été 2025. Le 28 juillet, la société Izymat, installé à Saint-Barthélemy-d’Anjou, a été contactée par un individu se faisant passer pour le directeur financier de TotalEnergies. Sous cette identité, il a passé des commandes de 60 bâtiments modulaires auprès de l’entreprise, avec un paiement différé à un an.
Pour s’assurer que la livraison est possible, l’entreprise envoie même un prestataire vérifier l’accès au site et rien ne semble suspect. Les bungalows, qui pèsent entre deux et trois tonnes chacun, sont fabriqués puis livrés deux mois plus tard, sur un site situé en région parisienne. « Il y avait de la signalétique au nom du client, les factures étaient avec le bon logo. De la consultation à la livraison, rien ne nous a alertés », avait expliqué à l’époque le dirigeant. Les marchandises livrées ne seront jamais réglées et le patron ne reverra jamais ses 60 bâtiments modulaires.
La plainte déposée par la société a conduit à l’ouverture d’une enquête confiée à la police judiciaire d’Angers. Les investigations ont progressivement mis au jour un mode opératoire susceptible d’avoir fait d’autres victimes. Au total, 17 sociétés auraient été ciblées par la même équipe pour ce type d’escroquerie au faux client.
Des marchandises expédiées vers la Côte d’Ivoire
Les enquêteurs soupçonnent les auteurs d’avoir usurpé l’identité de directeurs financiers de grandes entreprises afin de gagner la confiance de leurs fournisseurs. Des lignes téléphoniques et des boîtes mail auraient été utilisées pour passer les commandes, tandis que des connexions via des réseaux privés virtuels (VPN) auraient permis de masquer l’origine des communications.
Les marchandises auraient ensuite été livrées dans des zones industrielles de la région parisienne avant d’être réexpédiées vers la Côte d’Ivoire. Les investigations orientent ainsi les enquêteurs vers plusieurs individus susceptibles d’être installés dans ce pays.
Plusieurs perquisitions et interpellations ont été réalisées dans le cadre de l’enquête. Au domicile d’un suspect de 53 ans, concierge à Créteil, chauffeur-VTC non déclaré le week-end à Paris et déjà condamné à sept reprises pour escroquerie, les policiers auraient notamment découvert plusieurs téléphones ainsi que de faux documents. La fausse pièce d’identité présentée lors des démarches commerciales par le directeur financier de TotalEnergies a été retrouvée et comporte une photographie du directeur extraite d’Internet, selon les éléments de l’enquête.
Les investigations ont également permis d’identifier une ligne téléphonique utilisée dans le dispositif. Les enquêteurs ont remonté la piste jusqu’à une personne soupçonnée d’avoir acheté cette ligne. Le mis en cause, prénommé Monsieur K., aurait reconnu avoir ouvert des comptes en banque. Il aurait perçu une somme d’environ une centaine d’euros en lien avec cette opération. Les six autres protagonistes avaient chacun un rôle bien défini. Certains avaient la charge de louer les box en région parisienne pour stocker le matériel non payé, d’autres passaient la commande des conteneurs pour y mettre la marchandise dedans et l’écouler et enfin le dernier s’occupait d’établir les fausses factures.
Une enquête toujours en cours
Les policiers s’intéressent également aux dépenses effectuées à l’aide de la carte associée au faux compte. Des opérations auraient notamment été réalisées par l’intermédiaire de services de transfert d’argent, à Créteil et dans la région parisienne.
Lors des débats devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Angers, l’avocat général, Grégory Martin-dit-Neuville, a souligné « la complexité de cette affaire et le temps nécessaire aux enquêteurs pour rassembler les éléments. L’exploitation des différentes adresses électroniques identifiées doit notamment permettre de faire progresser les investigations. »
Mis en examen pour escroquerie en bande organisée, l’homme demeure présumé innocent. L’enquête se poursuit afin de déterminer l’ampleur exacte du système présumé et dont le préjudice s’élève à plusieurs centaines de milliers d’euros.