Grand entretien de rentrée : Christophe Béchu dévoile ce qui va changer à Angers dans les prochaines années
Six mois après sa réélectionaux élections municipales, Christophe Béchu accorde un grand entretien à Angers Info. Le maire d’Angers passe en revue les dossiers. Des quartiers de Belle-Beille et Monplaisir à la place Académie, en passant par le commerce, les transports, le moustique tigre ou encore le Tour de France, l’élu répond aux questions qui préoccupent les Angevins.

En tant que père avez-vous été particulièrement marqué par les affaires d’agressions et de violences sexuelles qui ont secoué le milieu scolaire angevin ?
D’abord, ma vie politique a été marquée au fer rouge et de manière indélébile par l’affaire de pédophilie en 2002 à Angers. C’était l’époque de la naissance de mon troisième enfant. Ça m’a conduit, dans les années qui ont suivi, à devenir le président du 119, le numéro unique d’appel national d’Enfance en danger, à participer à la rédaction de la loi sur la protection de l’enfance qui a été promulguée.
J’accélère le temps et je deviens maire. J’hérite des temps d’activité périscolaire qui avaient été mis en place par nos prédécesseurs. On regarde comment on s’efforce de les adapter et on s’aperçoit qu’il y a des difficultés qui sont susceptibles de s’ajouter dans les référentiels des enfants, avec un turnover très élevé, lié au fait qu’on est sur des contrats précaires.
Donc on réfléchit à ça, et ça aboutit, au début du dernier mandat, à une refonte en profondeur de notre système périscolaire, y compris en se disant que ça nous permettra d’éviter des délits, des crimes avec un système dans lequel on sort de la précarité. On recrute 400 personnes, que chacun d’entre eux fait l’objet cinq fois par an de tests quand on croise les fichiers des délinquants sexuels.
Et on se retrouve avec des faits qui nous sont révélés et une transmission à la justice avec une suspension immédiate. Mais nous avons eu une absence de retour de la justice. Sauf que là, le silence durant, l’info finit par sortir et de donner le sentiment qu’on était dans une logique de silence, alors qu’on a toujours appliqué un principe de précaution.
Selon vous, la Justice a mis trop de temps à réagir dans les affaires concernant les écoles d’Angers ?
Elle a mis du temps à répondre. Non pas parce que le dossier était enfoui ou ignoré. Mais il y a eu tout un temps d’investigations.
Ces affaires ont choqué les Angevins…
Je ne peux que comprendre l’émotion. A un moment, ma responsabilité, c’est aussi de prendre des décisions qui n’auraient peut-être pas été choisies par les agents eux-mêmes. Je sais très bien que le fait de dire qu’il n’y a plus de téléphone portable personnel pendant la journée, ce n’est pas une mesure qui fait l’unanimité chez les agents.
Je pense que s’il y a des comportements déviants, c’est aussi bien qu’ils n’aient pas de quoi photographier des enfants, mais je pense surtout que même sans comportement déviant, quand on surveille des enfants, on n’est pas en même temps sur son téléphone portable. Donc j’assume. Et encore une fois, je ne jette pas la pierre, je me mets à la place des familles, de l’inquiétude légitime dans le contexte et dans le monde dans lequel nous sommes, et j’assume qu’on puisse durcir les règles et on va continuer à regarder comment on fait de la protection des enfants notre boussole et notre priorité, comme on l’a toujours fait. Nous allons d’ailleurs très prochainement lancer les Assises de l’enfance, de la jeunesse et de la famille. Un sujet qui me tient particulièrement à cœur.
Vous avez beaucoup de projets annoncés dans votre mandature. Mais lequel avez-vous décidé de ne pas faire, ou de repousser, parce que les finances ou les contraintes ont changé ?
Nous avons déjà annoncé que nous ne pourrons pas faire certains chantiers. Pourquoi ? Parce qu’il y a eu le déclenchement de la guerre en Ukraine, l’augmentation des prix que tous les Français ont constatés, les difficultés de pouvoir d’achat de nos concitoyens, et qui sont venus aussi impacter les marges des collectivités.
Le coût des chantiers a augmenté, le coût des matières premières, le coût des denrées alimentaires. La ville, elle finance deux tiers des dépenses collectives. Nous avons été directement impactés par tout cela et ça a eu comme impact de différer des opérations. En ce moment a lieu le chantier de la médiathèque Toussaint, dont on avait initialement espéré qu’il soit inauguré au printemps 2026, et qui en fait ne sera livré qu’à la fin de l’année 2027 pour une réouverture en 2028.
On voit qu’on est dans une situation qui dure, dans une situation qui est plus difficile qu’il y a quelques années sur le plan des finances de l’État. C’est le niveau des taux d’intérêt, là, qui complique encore l’équation budgétaire. Il est évident que les collectivités locales, la ville d’Angers et la communauté urbaine ne sont pas sur une île. Même si on a la chance, à la différence de la plupart des autres villes, nous, de gagner de la population et de gagner des emplois. Donc, dans un climat qui est compliqué, on a des réserves ou un dynamisme budgétaire meilleur que la moyenne des villes.
En revanche, on ne vit pas sur une île. Et octobre, c’est le mois des arbitrages budgétaires. En ce moment, on est en train de remonter les demandes de tous les services. Et on va commencer ligne par ligne à regarder tout ça. En revanche, dans le programme qu’on a fait en mars dernier, on a mis moins de choses que ce qu’on avait mis il y a six ans.
Pourquoi être contre la gratuité des transports ou allonger le réseau du tram ?
Si je me suis prononcé contre la gratuité des transports à nouveau, c’est parce qu’à mes yeux, dans le contexte que nous connaissons, on ne va pas augmenter de 25% les impôts de l’agglo pour financer une mesure comme celle-là, qui est anti-écologique, qui est anti-sociale, parce que tout le monde en bénéficie, mais qu’à la fin, on sait que ça fait davantage reculer la part des piétons que la part des voitures.
Je n’ai pas promis de nouvelles lignes de tram. J’ai dit qu’on allait acheter des trams longs, parce qu’on n’a pas besoin de faire de travaux et ça nous permet de monter la capacité de transport. C’est un exemple, mais il y en a d’autres. Globalement, quand vous regardez les projets qu’on porte pour les années qui viennent, on est sur un budget d’investissement qui nous semble compatibles avec les marges de manœuvre dont on va disposer.

Le budget 2026 prévoit près de 48 M€ d’investissements, avec notamment de nombreuses opérations de rénovation, de voirie, de végétalisation, de sécurité et d’équipements. Quels sont les endroits d’Angers qui auront radicalement changé en 2030 ?
Ce qui a radicalement changé au cours de ces dernières années, c’est Belle-Beille et Monplaisir et ce n’est pas totalement terminé, puisqu’on est encore en plein travaux sur la place de l’Europe. À court terme, les deux endroits qui vont continuer à se métamorphoser, c’est la place l’Europe et la place de l’Académie avec les travaux qui commencent.
Et j’ai envie de vous dire, si vous aimez la place Kennedy, vous aimerez la place de l’Académie, puisqu’on s’apprête à faire le même revêtement. Et avec la même philosophie : une entrée de ville sans voiture, qui sont décalées vers le parking du château, avec des arbres, avec davantage de places pour les terrasses des bars, avec un vrai parvis pour l’église Saint-Laud.
Ensuite, le secteur qui va beaucoup bouger, qui va continuer à se transformer, c’est la plaine Saint-Serge. Là, depuis la patinoire et Métamorphose, il s’est déjà passé plein d’aménagements, mais ça va se poursuivre. En 2030, il y aura une salle de musique actuelle (SMAC) et qui prendra le relais du Chabada.

Sur le quai Félix Faure, il avait été question de supprimer la discothèque le Midstar, la station de lavage et une partie d’EDF. Où en est le projet ?
En fait, on est en plein dedans. Je vais apporter quelques nuances. On a pris la décision de ne pas raser le bâtiment Enedis qui est le plus proche du street park. Il est la propriété de la collectivité, et on s’apprête à le rénover intégralement. On ne va pas le raser, parce que d’un point de vue écologique, on s’est rendu compte que c’était plus vertueux de le curer, de l’isoler, et de le conserver dans son volume. Et il abritera des entreprises, comme c’était le cas auparavant. Et on a déjà bien avancé sur qui pourrait l’occuper.
La station de lavage aura vocation à disparaître. Pas forcément le Midstar, parce que c’est un endroit où il n’y a pas de nuisance. Il est bien là où il est. Et puis la proximité demain avec une salle de musique actuelle, elle n’est pas stupide. Tout ça se correspond. En revanche, on voit bien qu’au-delà de ça, entre la partie sur laquelle la plaine est déjà aménagée et le reste, la mutation va se poursuivre. Elle va se poursuivre parce que l’enjeu, c’est bien de refaire la ville sur elle-même et tout cet espace a vocation à accueillir à la fois plus de verdure et en même temps plus de densité. Pas au sol. On est en zone inondable. La nature nous l’a rappelé il y a quelques mois. Sur la totalité de cet espace, la règle, c’est qu’il n’y a que les deux tiers de la surface au sol et on fait en sorte qu’il ne soit pas construit.
En revanche, sur le tiers restant, on s’autorise à pouvoir monter un peu plus que ce qu’on faisait auparavant. C’est le cas avec la patinoire, c’est le cas avec la métamorphose, ce sera demain le cas avec la SMAC.
Le commerce va mal à Angers. La situation est-elle suffisamment préoccupante pour justifier la création d’un manager de centre-ville ?
On a, en France, une augmentation de la vacance commerciale. La vacance commerciale moyenne dans les villes de notre taille a dépassé 10%. A Angers, la vacance a augmenté et on est passé à 7,6 % alors qu’on avait réussi à la faire baisser à 5%. Pour avoir des commerces, il faut des acheteurs, pour avoir des acheteurs, il faut des habitants. Tout ça nous avait permis de faire reculer cette vacance commerciale. Et donc pour se dire les choses de manière simple, on n’avait pas de démarchage d’enseignes à faire avant. Parce qu’en fait, on avait des enseignes qui venaient de manière assez naturelle. Là, aujourd’hui, on est dans un contexte qui nécessite qu’on se batte et qu’on aille les chercher. Il y a deux choses que nous faisons. La première, c’est de demander à notre agence de développement économique, Aldev, d’aller chercher des enseignes. On lui demandait jusqu’à maintenant d’aller chercher des entreprises, mais pas des enseignes. Depuis quelques semaines, elle a cette responsabilité du commerce. Et de l’autre, c’est de se dire, il faut que l’on soit davantage à l’écoute des commerçants pour regarder ce qu’on est capable de faire. Aussi bien en termes de réfection des rues piétonnes et d’animation. Un truc tout bête : remettre de la musique à Noël au moment des fêtes alors qu’il n’y avait plus cette musique dans les rues. Regarder aussi comment on harmonise les règles pour les terrasses. Il se trouve que depuis quelques semaines, on a quelques bonnes nouvelles. On avait douloureusement entendu que Bouchara allait fermer. C’est un magasin de tissus qui va prendre la suite. L’arrivée d’IKEA, même si c’est à l’Atoll, manifeste une marque d’intérêt sur le territoire.
À terme, voulez-vous qu’une partie du centre d’Angers soit inaccessible aux voitures ?
On poursuit un travail qui est un travail cousu main. C’est facile de dire qu’il faut interdire, qu’il faut arrêter, etc. Moi, je me méfie toujours de ceux qui sont dans des postures, dans des positions, dans des dogmes et qui veulent apporter des réponses simples à des problèmes complexes. Angers, ce n’est pas seulement la ville des Angevins, c’est la ville de tous les habitants du département. Et qu’on puisse améliorer les réseaux de pistes cyclables entre les communes de l’agglo, ce que nous faisons, dans des proportions qui n’ont juste jamais été faites dans l’histoire de notre territoire. Qu’on puisse augmenter les transports en commun, ce que nous avons fait.

Crédit : Angers Info
Mais à un moment, si on se prive d’habitants qui peuvent venir de 20, de 30, de 40 kilomètres, parce qu’on est la capitale du département, parce que le centre-ville est le premier centre commercial du territoire, ça aura des impacts sur notre attractivité et sur notre économie donc il faut trouver un équilibre. Donc j’assume de garder une place de la Rochefoucault, qui est un parking gratuit, qui permet de soulager une partie de ceux qui travaillent dans les commerces ou de ceux qui travaillent au CHU. J’assume la première heure de gratuité, pour que la tentation des gens ne soit pas d’aller faire leurs courses en périphérie dans des supermarchés où les parkings sont gratuits ou à l’Atoll où il y a 4000 places de stationnement gratuites.
Et en même temps, depuis que je suis élu, la part de la voiture est passée sous les 50% de la circulation, la part du vélo a quasiment doublé, et la part des transports en commun qui a durement été touchée avec le Covid, connait une progression en particulier sous l’impact des lignes B et C du tram et de l’augmentation de l’offre en bus. On continue ce travail, de la même manière qu’on a piétonnisé le bout du monde, la place Kennedy, rue Parcheminerie et rue Bodinier. Il y en a d’autres qui sont concernés, on aura l’occasion de détailler ça. Pour la question de la cale de la Savatte, on s’apprête à faire le bilan de l’expérimentation avec les commerçants. L’idée est de se demander comment on répartit les terrasses entre les uns et les autres et comment effectivement on organise les choses.
Est-ce que vous souhaitez enlever des places de stationnement dans le centre-ville ?
Ce que je souhaite, c’est plus de places dans des ouvrages, moins de places au bord des rues. Parce que c’est ce qui me permet de gagner de la place pour les vélos, pour les piétons, pour les arbres et dans le même temps de ne pas pénaliser ni ceux qui vivent là et qui ont besoin d’un endroit pour stationner leur voiture. Oui, à la voiture dans le centre-ville, mais pas au bord des rues. Je peux vous parler du fameux parking du château dont on a beaucoup parlé. Je peux vous faire une confidence : nous avons aujourd’hui plus d’abonnés que de gens qui sont aux abords et qui disent « je prends une place à l’année pour pouvoir y mettre ma voiture ». On a plus d’abonnés que ceux que nous avions anticipé. On pensait qu’on en aurait entre 60 et 70, on est d’ores et déjà à 100, alors que ça n’a ouvert qu’au mois d’avril. Et on n’a pas commencé les travaux sur la place de l’Académie.
Les contradicteurs sont tentés de vous dire que c’est parce qu’ils n’ont pas le choix, que d’aller se garer là, parce qu’il y a moins de place ailleurs notamment boulevard du Roi-René ou place Kennedy.
Vous avez choisi vos contradicteurs (sourire). La stratégie globale, elle est simple. Moins de circulation de voiture, plus de circulation à pied et à vélo, mais pas moins de possibilités d’accès pour les gens qui sont de l’extérieur du département pour venir en ville. C’est plus long à expliquer, mais c’est important.
Les Angevins ont beaucoup souffert du moustique tigre cet été : piqûres à répétitions, aucun dîner à l’extérieur ou dans les jardins, fenêtres fermées… pourquoi la Ville et l’Agglo n’ont-elles pas agi plus rapidement pour mettre en place une opération de démoustication ?
Vous avez totalement raison sur le fait que c’est un sujet qui s’est invité cet été. Ça a pourri la vie des gens. Je vais même dire honnêtement qu’il y a deux sujets. Un qui ne concerne qu’une petite partie du territoire qui arrive plutôt de Saumur, ce sont les fourmis invasives, sur lesquelles nous sommes saisis et sur lesquelles certaines collectivités, je crois que c’est en particulier le cas d’Écouflant, sont montées au créneau. Puis il y a le moustique tigre dans des proportions bien plus importantes. Au retour des vacances, nous nous sommes réunis avec les maires pour évoquer ce problème et nous nous en sommes saisis.
Ce sujet, en mai, n’existait pas. Comme vous dites, on en a entendu parler cet été et les collectivités disposent de moyens très limités pour lutter contre la prolifération. On compare avec ce que d’autres collectivités sont en train de faire et on travaille avec l’Agence régionale de santé sur le sujet.
Le Tour de France fera-t-il étape à Angers le jeudi 8 juillet prochain ?
C’est le 22 octobre que l’on connaîtra le tracé du Tour de France. La seule chose que je peux dire aujourd’hui, c’est qu’effectivement, j’ai réitéré, auprès du patron du Tour de France, l’intérêt qu’aurait la ville à accueillir à nouveau une étape du Tour masculin. Pourquoi masculin ? Parce que nous avons accueilli le Tour féminin l’année dernière; J’ai donc demandé à Christian Prudhomme d’enregistrer la candidature d’Angers pour accueillir une étape.
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