Angers

Et si François Hollande avait trouvé sa guerre des Malouines…

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En décidant d’engager militairement la France au Mali contre les djihadistes, François Hollande a reçu l’appui et le soutien de l’ensemble des pays occidentaux et de la quasi-totalité de la classe politique française. Bref, en étant droit dans ses bottes, il a peut-être créé les conditions d’un changement d’image, acquérant enfin la stature d’un chef d’État qu’il n’avait pas réussi à construire jusqu’à maintenant.

Sans préjuger de l’évolution, la situation de François Hollande aujourd‘hui rappelle un peu celle de Margaret Thatcher quand elle décida d’engager la Grande-Bretagne dans une guerre contre l’Argentine pour récupérer le contrôle des îles Malouines. On est en 1982, la France est alors présidée par François Mitterrand. Le 2 avril 1982, l’armée argentine débarque sur les îles Malouines, au large de l’Atlantique. Historiquement sous le contrôle des Britanniques. La dictature argentine cherche par ce coup de force à exercer son autorité sur des territoires qui n’ont pas beaucoup d’intérêt et qui ont toujours été disputés par les Anglais. Ces îles furent occupées successivement par l’Espagne, puis par la France et enfin par la Grande-Bretagne malgré les revendications argentines.

Les Anglais ne peuvent pas accepter cet affront et déclarent la guerre en Argentine.

L’aviation puis la Royal Navy vont laminer les troupes argentines et obtenir un cessez-le-feu le 14 juin. La guerre aura duré deux mois et demi et fait 647 morts côté argentin et 255 côté britannique. Politiquement, cette opération va avoir des conséquences très lourdes. La junte militaire argentine est humiliée et devra laisser la place à un gouvernement démocratique. A Londres, Margaret Thatcher qui était en difficulté va retrouver toute son aura. Elle sortira renforcée de cette victoire et sera réélue en 1983 ce qui lui permis de continuer et d’achever son entreprise de reconstruction de l’économie britannique.

Avant la guerre des Malouines, elle n’avait plus aucune autorité.

Après, elle put conduire un des programmes de réforme et de restructuration les plus douloureux et les plus profonds qu’un pays occidental ait adopté. Tous les économistes et tous les observateurs de la chose politique considèrent que l’œuvre de modernisation entreprise par Margaret Thatcher a été déterminante pour assurer l’avenir de l’Angleterre. Mais beaucoup expliquent aussi qu’elle n’aurait pas pu réformer son pays sans au préalable avoir fait la guerre des Malouines.

Dans ses mémoires, la dame de fer explique qu’elle a été obligée de répliquer ainsi en raison du droit international qui commande de ne pas laisser impunie une agression commise par une dictature. En raison aussi du droit à la légitime défense et des droits de l’homme. Mais beaucoup pensent aussi que cette guerre est une opportunité qu’elle a saisi pour retrouver une autorité qu’elle avait perdue à l’intérieur de la Grande-Bretagne. La situation de François Hollande n’est donc pas sans similitude.

Depuis son arrivée au pouvoir, François Hollande est accusé de mollesse et de faiblesse.

Incapable de prendre les décisions qui s’imposeraient pour redresser l’économie du pays. Coincé par les promesses qu’il a faites pendant la campagne présidentielle et par les forces radicales qui traversent sa majorité, les écologistes comme le front de gauche. Vis-à-vis de l’extérieur, François Hollande n’est pas mieux considéré. Les Allemands doutent de notre capacité à entamer les reformes d’assainissement budgétaires et s’impatientent. La France s’est tournée vers les pays du sud pour trouver des appuis à son concept de croissance sans s’apercevoir que les pays du sud étaient plus malades que nous, qu’ils comptaient sur la garantie allemande et que, surtout, l’Espagne et l’Italie avaient courageusement entamé les réformes de reconstruction que nous avions du mal à formuler et à initier.

Sur le plan personnel, ajoutons que François Hollande s’était enfermé dans ce concept de « Président normal » qui, finalement, n’a aucun sens. Il avait même concentré l’essentiel de son action sur des réformes sociétales qui sont loin d’être partagées par tous les Français ; lesquels considèrent que la priorité des priorités serait de redresser l’économie, l’investissement et l’emploi.

La décision de faire la guerre au terrorisme a donc été prise au bon moment. Les raisons et les modalités ne font absolument pas débat. Un pays occidental et développé comme la France ne peut pas laisser tomber quelques milliers de ses ressortissants aux mains de terroristes djihadistes illuminés. La France ne pouvait pas laisser s’installer des régimes de la terreur dans une partie de l’Afrique où nous avons des responsabilités historiques et des intérêts économiques. Cette affaire ne fait pas débat.

La première des conséquences, c’est que ça renforce la position personnelle de François Hollande qui endosse l’habit de Président responsable. Terminée la normalité, bonjour le vrai pouvoir, enfin !

Cette position va être plus forte dans sa propre majorité. Les critiques deviennent inaudibles, les sondages s’améliorent et l’image à l’international devient plus forte, car jusqu’à maintenant François Hollande n’avait pas réussi à s’imposer. Une position plus forte enfin en Europe car la France s’engage en Afrique pour protéger les Africains mais aussi pour protéger l’Europe toute entière.

Donc cette affaire nous redonne de l’influence et renforce notre crédit en Europe face aux Allemands. Et du crédit, nous en avons cruellement besoin ! L’armée française assure la sécurité de l’Europe toute entière et ça, il faudra bien un jour le chiffrer parce que ça représente beaucoup d’argent.

Maintenant tout dépend de comment les choses vont évoluer.

Sur le terrain, la guerre est acceptable par les opinions publiques. A condition qu’il n’y ait pas de morts ou que les morts ne se voient pas. Or, la guerre par définition fait des morts. François Hollande a d’ailleurs surpris tous les observateurs en disant fermement au détour d’une conférence de presse que les terroristes, « il faut les détruire ou au moins les faire prisonniers ». Cette phrase marque un changement évident par rapport aux sentences moralisatrices et bienveillantes auxquelles le PS nous avait habitués.

En France, il va falloir très rapidement que François Hollande utilise cette légitimité de Président retrouvée pour obtenir de ses ministres et de sa majorité qu’ils acceptent les réformes douloureuses et abandonnent les tentations démagogiques. Place au pragmatisme fiscal, il va falloir arrêter le matraquage de ceux qui ont envie de travailler. Place au pragmatisme social, il va falloir arrêter de préférer le chômage au travail. Mais pour cela, il faudra aller bien au-delà du petit accord à peine signé la semaine dernière par les partenaires sociaux. L’enjeu, c’est l’emploi.

En Europe, les cérémonies commémorant le 50ème anniversaire du traité de l’Elysée les 19 et 20 janvier vont sans doute bien se passer pour un François Hollande qui était quand même en position de faiblesse par rapport à Angela Merkel. Ces cérémonies s’annonçaient comme un festival d’hypocrisie. La donne peut changer et la France a les moyens politiques de monnayer ses opérations. Sauf que l’essentiel reste à régler à commencer par déterminer un mode de fonctionnement en Europe qui permette à chaque État membre d’améliorer les conditions de sa croissance. Trouver l’équation magique qui marie le redressement des finances publiques et la croissance. Les opérations militaires françaises permettent à François Hollande d’être écouté et de faire valoir un certain nombre de nos spécificités, elle peuvent nous faciliter la tâche pour obtenir, par exemple, des délais de paiement mais elles ne nous exonèrent absolument pas de respecter nos engagements financiers et d’entreprendre nos réformes de compétitivité. C’est le nerf de la guerre, sans compétitivité la France n’est rien.

Margaret Thatcher avait certes gagné la guerre des Malouines, mais elle a surtout marqué l’histoire en gagnant la guerre économique.

PAR JEAN-MARC SYLVESTRE

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