Mort à Angers de Cardon, dessinateur philosophe du Canard enchaîné

Le dessinateur et caricaturiste Jacques-Armand Cardon, qui a été l’un des noms emblématiques du Canard enchaîné et laisse une oeuvre empreinte de questionnements philosophiques, est décédé dimanche à l’âge de 89 ans, ont annoncé mardi ses filles à l’AFP.
Mort à Angers, le dessinateur, qui signait simplement Cardon, avait un style très reconnaissable: des personnages souvent croqués de dos, un graphisme tout en hachures, peu ou pas de bulles.
Entré au Canard enchaîné en 1973, il a aussi collaboré à Hara-Kiri, Siné Massacre, L’Humanité ou encore Le Monde.
Né au Havre en novembre 1936 et ouvrier à l’arsenal de Lorient dès ses 17 ans, Cardon avait bifurqué vers le dessin, sa passion, au début des années 60.
Être dessinateur, c’est travailler “à la façon des scaphandriers: descendre au fond de l’idée qu’on a à traiter”, déclarait-il à la radio France Culture en 2020.
Il venait alors de publier le livre-testament “Cathédrale”, réflexion autobiographique et philosophique sur la condition humaine.
Ce livre, qu’il disait mûrir depuis 60 ans, mettait en scène un homme nu égaré dans une immense cathédrale gothique inspirée de Notre-Dame.
Le dessinateur voyait dans cet ouvrage un moyen d’évacuer les peurs de son enfance, marquée par la Seconde Guerre mondiale et la mort de son père, qu’il avait peu connu.
“Il y a du ressenti physique, des malaises, de l’intranquillité permanente, sans le père qui est là pour vous rassurer. Il faut avoir une résilience, essayer de compenser l’absence par un surcroît d’imaginaire”, expliquait Cardon à France Culture.
Il avait également réalisé en 1974 le court-métrage d’animation “L’empreinte”, centré sur un enfant affublé d’une étrange planche dans le dos. Ce film était une “allégorie de l’aliénation, de l’éducation répressive et du conditionnement social”, ont rappelé ses filles.


