Un jeune Tchétchène qui “dessinait des scènes d’attentat” dans le viseur des autorités à Angers

La cour administrative d’appel de Nantes a rejeté le recours d’un jeune Tchétchène épinglé pour son “idéologie religieuse radicale” et son “appétence pour la violence” qui contestait son placement sous “surveillance” administrative en 2024, qui lui avait fait “interdiction de paraître” au passage de la flamme olympique à Angers (Maine-et-Loire).
Sourkho XXX était en fait “peu intégré socialement” et présentait un “profil particulièrement inquiétant”, estimait le ministre de l’Intérieur de l’époque Gérald Darmanin : il avait précisément “une activité sur les réseaux sociaux en lien avec l’idéologie et la sphère pro-djihadiste”.
Ce jeune homme d’alors 20 ans suivait notamment un “groupe” sur les réseaux sociaux nommé “Protecteur de la religion” – en arabe – et “dédié aux partages de photos et vidéos de l’organisation terroriste dite Etat islamique”. Il partageait donc “une idéologie religieuse radicale” et “une certaine appétence pour la violence”, en avait déduit le ministre de l’Intérieur. Gérald Darmanin avait donc prononcé à son encontre le 17 mai 2024 une “mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance” pour “trois mois”.
Ce dispositif prévu “aux seules fins de prévenir la commission d’actes de terrorisme” par le code de la sécurité intérieure permet par exemple au ministre de l’Intérieur de prescrire certaines mesures – comme une “interdiction de paraître” dans certains lieux – à l’encontre de “toute personne” qui présente “une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics” ou entretient des “relations (…) avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme”.
DES “PASSEPORTS RUSSES” CHEZ SA FAMILLE
Sourkho XXX avait eu dans ce cadre l’interdiction “de paraître dans le périmètre entourant le passage de la flamme olympique à Angers le 28 mai 2024”. La mesure de “contrôle administratif et de surveillance” avait ensuite été renouvelée pour trois mois supplémentaires le 8 août 2024.
Mais ce jeune Tchétchène assurait qu’il ne représentait aucune “menace d’une particulière gravité pour l’ordre et la sécurité publics” : il avait donc saisi le tribunal administratif de Nantes. Il expliquait notamment “ne pas avoir intégré ce groupe [des “Protecteurs de la religion”, ndlr] volontairement” et indiquait simplement “s’informer” sur la “situation géopolitique en Syrie”.
Mais sa requête avait été rejetée par les juges nantais le 1er octobre 2024. “Sa participation récente à ce groupe, dont il ne pouvait ignorer le contenu, est (…) établie et atteste de son adhésion à une idéologie religieuse radicale prônant la violence”, avaient à l’époque estimé les magistrats.
Des “passeports russes en cours de validité” avaient d’ailleurs été découverts chez sa famille en février 2024, “traduisant (…) un rétablissement de l’allégeance à un autre pays que la France” alors que ses proches avaient déjà obtenu le “statut de réfugiés” à cette date.
UNE “FASCINATION INQUIETANTE POUR LA VIOLENCE”
Sourkho XXX avait donc fait appel. Reste qu’un “membre de sa famille proche” l’avait décrit aux services de renseignement comme “un individu ayant passé son temps, plus jeune, à dessiner des armes à feu et des scènes d’attentat ou d’exécution”, resitue la cour administrative d’appel de Nantes dans un arrêt en date du 23 janvier 2026 et qui vient d’être rendu public.
Ces dessins témoignent d’une “fascination inquiétante pour la violence”, considèrent les magistrats, même si l’intéressé soutenait qu’il s’agit de l’expression de “traumatismes vécus lors de la [seconde, ndlr] guerre en Tchétchénie” entre 1999 et 2009.
Pour le reste, la mère de ce jeune qui a “quitté le lycée en 2022” et n’était “ni employé” ni porteur d’un “projet professionnel” avait “cherché en vain à l’inscrire dans un lycée” et “il a travaillé dans le cadre des vendanges quelques jours en 2023”. Il s’était lui-même “déclaré en recherche d’un emploi auprès de France Travail en février 2024”. Mais ces éléments “ne permettent pas d’établir qu’il était (…) intégré socialement à la société française”, balaient les juges nantais.
Au final, le “comportement” de Sourkho XXX présente une “similitude avec celui d’autres acteurs de menace terroriste endogène”. Dans un “contexte de menace terroriste particulièrement élevé” et “compte tenu d’évènements sportifs d’envergure”, le ministre de l’Intérieur pouvait donc considérer qu’il constituait “une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics”, conclut la cour administrative d’appel de Nantes./MJ et RB


