Explications imminentes pour la mule angevine interpellée avec 23 kg de cocaïne à l’aéroport d’Orly

La Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes juge à compter de ce lundi 4 mai 2026 la jeune femme d’Angers (Maine-et-Loire) qui avait été interpellée à l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne) à son retour de Punta Cana (République dominicaine) avec 23 kg de cocaïne dans ses valises.
Pour rappel, Nawel XXX avait été remise en liberté sous bracelet électronique en mars 2025, soit dix-huit mois à Angers après avoir été interpellée à sa descente d’avion avec une valise “extrêmement lourde”. Cette ancienne serveuse de 22 ans avait d’abord expliqué avoir été mise au pied du mur pour assurer “le transport de drogue” dans sa valise moyennant une rémunération de “10.000 €”.
Décrite comme “un dommage collatéral” d’un dossier d’envergure visant “le patron des patrons” du trafic de stupéfiants à Nantes, Issam XXX, elle comparait aux côtés de douze hommes, dont ce commanditaire présumé, pour sa part “introuvable”. Il est fortement soupçonné d’être au Maroc, pays dans laquelle il bénéficierait d’une “protection locale”, selon le réquisitoire définitif du parquet JIRS de Rennes.
Dans cette affaire, cette Angevine n’est concernée que par le volet “importation” de drogue “par avion”, mais d’autres comparaissent aussi pour une importation “par voie maritime” de cocaïne – après la découverte de deux containers contenant 364 kg de cocaïne sur le port de Nantes/Saint-Nazaire à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) en mai 2022.
UNE POSSIBLE “CORRUPTION” DES DOUANIERS DOMINICAINS
La jeune femme avait d’abord expliqué avoir simplement rencontré un homme en discothèque : il avait “commencé à parler du voyage” une semaine avant qu’il ne se concrétise, avant de revenir sur cette première version. Mais un “informateur” avait “très rapidement” alerté les autorités dominicaines et un dispositif de “livraison surveillée” avait été mis en place.
Outre cette “information initiale”, et contrairement aux autorités marocaines, les autorités dominicaines n’ont “pas donné suite” à la Commission rogatoire internationale (CRI) délivrée par la juge d’instruction de la JIRS de Rennes pour faire la lumière sur la possible “corruption” des douaniers ayant permis à Nawel XXX d’embarquer “sans difficulté”, a précisé le président de la JIRS dans son propos introductif.
Le magistrat a d’ailleurs souligné que ce “continuum d’infractions commises par un unique groupe criminel” aurait pu leur valoir, à tous, un passage “devant une cour d’assises spécialement composée” pour le crime “d’importations en bande organisée de stupéfiants”. Mais cela n’a pas été rendu possible en raison du “manque de moyens” de la justice pour faire tenir un tel procès.
En tout état de cause, celle qui a reconnue être surnommée “Anti Vyce” – ce qui signifie littéralement “celle qui ne se mélange pas” – dans les échanges téléphoniques interceptés avait indiqué s’être “laissée tenter sans même réfléchir” et s’être “laissée un peu envahir” : à l’époque, elle voulait “partir de Nantes”.
UN RYTHME DE VIE QUI N’ETAIT “PLUS VIVABLE”
Reste que la géolocalisation de son téléphone pendant “trois mois et demi” a dépeint un tout autre tableau : celle qui se disait “cheffe de rang” au restaurant l’Entrecôte à Nantes mais qui n’était qu’une “simple serveuse”, selon son employeur, se rendait en effet “quasi-quotidiennement” dans le Finistère et plus généralement dans tout le grand Ouest en pleine nuit. Nawel XXX a aussi franchi “la frontière franco-espagnole” et partait aussi souvent “en région parisienne”.
Les investigations ont ainsi permis de découvrir des photos de liasses de billets dans son téléphone en janvier et mars 2023, des stupéfiants et une photo d’une femme tenant une arme à feu. Cette “freelance” a reconnu “des livraisons de cannabis et cocaïne” mais a toujours tu le nom des “plusieurs commanditaires” qui la mandataient.
Et au bout d’un moment, “le rythme n’était plus vivable”, avait-elle dit à la juge : elle faisait “1.000 km sur plusieurs heures par jour” et “plusieurs jours d’affilée”. Elle avait même eu “un accident sur la rocade” car elle s’était “endormie au volant”.
Reste donc désormais à savoir quelle version Nawel XXX réserve à ses juges : son interrogatoire est prévu le lundi 11 mai 2026 et elle ne sera normalement pas amenée à s’exprimer avant cette date. Le procès doit durer trois semaines : le délibéré devrait être rendu le 20 mai 2026, après les réquisitions et les plaidoiries de la défense./CB et GF


