Arnaque Wero : reconnaître un faux virement et réagir
Lancé en France fin septembre 2024, Wero a remplacé Paylib et fonctionne sur le virement instantané SEPA, qui ne peut pas être annulé unilatéralement une fois exécuté. Les escrocs exploitent cette irréversibilité sur Leboncoin, Facebook Marketplace, Vinted et les sites de location saisonnière. La plateforme Signal-Arnaques a recensé 124 signalements d’arnaques aux petites annonces sur six mois à fin août 2026, avec une progression des cas mettant Wero en cause depuis le printemps.

Quatre vérifications qui démasquent un faux paiement Wero
Un vrai paiement Wero se constate dans l’application, jamais dans un message reçu. Le canal d’arrivée, les données réclamées, l’existence d’un appel et le nom de domaine du lien suffisent à trancher.
| Vérification | Vrai paiement Wero | Faux paiement Wero |
| Le canal d’arrivée | La notification apparaît dans l’application Wero ou bancaire | Un SMS ou un e-mail invite à cliquer sur un lien |
| Les données réclamées | Le numéro de téléphone ou l’adresse e-mail du compte suffisent | Le site demande IBAN, numéro de carte, date d’expiration ou CVV |
| L’appel téléphonique | Aucun appel ne précède ni ne suit le virement | Un conseiller appelle pour valider l’opération, puis fait virer les fonds vers un compte dit sécurisé |
| Le nom de domaine | L’adresse relève du domaine wero-wallet.eu, exploité par EPI Company | L’adresse imite le domaine officiel, parfois à un caractère près |
Sur sa page de sécurité, Wero qualifie d’arnaque tout message annonçant un envoi d’argent et demande de ne cliquer sur aucun lien.
Le déroulé de l’arnaque au faux virement
L’escroquerie suit une trame identique d’un signalement à l’autre.
- L’acheteur propose de payer par Wero. Il ne négocie pas le prix, se montre pressant et cherche à quitter la messagerie de la plateforme. Il réclame le numéro de téléphone du vendeur pour envoyer le virement.
- Un faux SMS annonce le paiement. Le message reprend le nom Wero, affiche un montant, un motif d’achat et un code de référence inventé. Il contient un lien à ouvrir pour encaisser les fonds.
- Le lien mène à une page clonée. Le site imite l’interface de Wero et réclame des coordonnées bancaires : IBAN, numéro de carte, date d’expiration, code de sécurité, parfois les identifiants de connexion. Recevoir un virement n’exige aucune de ces données.
- Un faux conseiller téléphone. Il se présente comme le support Wero ou comme la banque du vendeur, évoque un problème de connexion ou une transaction à valider, puis fait effectuer des virements vers des comptes qu’il contrôle. Certaines victimes décrivent une application bancaire imitée sur laquelle l’escroc leur fait réaliser des manipulations.
Le SMS type, reconstitué à partir des signalements, se présente ainsi.
WERO : [prénom] vous a envoyé 70,00 € (motif : achat Marketplace). Code de référence : [suite de chiffres]. Encaissez vos fonds ici : [lien]
Les banques relaient l’alerte de leur côté. Le Crédit Agricole a par exemple diffusé à ses clients un message dans son application mobile sur ce scénario précis, relevé fin août 2026, et leur demande de ne jamais transférer d’argent pour sécuriser un paiement.
Les autres formes d’arnaque Wero en circulation
Le faux virement sur petite annonce n’est pas la seule mécanique observée. Quatre variantes reviennent dans les signalements et sur la page de sécurité de Wero.
| Variante | Cible | Ce que réclame l’escroc |
| Fausse capture d’écran de virement | Vendeurs en remise main propre | La remise de l’objet avant vérification du compte |
| Trop-perçu | Vendeurs de tous types | Le remboursement d’un excédent jamais versé |
| Demande de paiement usurpée | Clients bancaires, proches d’un compte piraté | Un paiement au nom d’une banque, d’une administration ou d’un proche en difficulté |
| Argent facile et compte relais | Utilisateurs sollicités par message | La réception d’un virement pour le compte d’un tiers |
Deux règles coupent court à la plupart de ces scénarios. Une banque, une administration ou une entreprise ne demande jamais d’argent via Wero. Et un versement ne se prouve que par le crédit visible sur le compte : une capture d’écran ou un SMS n’établissent rien, donc un trop-perçu absent du relevé n’a pas à être remboursé.
Wero conseille par ailleurs de protéger l’accès au téléphone par la reconnaissance faciale ou l’empreinte digitale. Le vol du code confidentiel, observé par-dessus l’épaule dans un lieu public, précède souvent le vol de l’appareil.
Le cas des comptes professionnels
Les professionnels ne sont pas hors d’atteinte. La fraude au faux technicien bancaire, qui consiste à faire installer un logiciel d’accès à distance puis à déclencher des virements depuis le poste légitime du salarié, compte parmi les trois schémas dominants dans les PME, aux côtés de la fraude au président et du faux fournisseur.
Un compte professionnel dispose en revanche de garde-fous absents d’un compte de particulier. La signature électronique nominative par token du protocole EBICS TS conditionne l’exécution : sans elle, la banque ne passe aucun ordre de virement, et elle contrôle automatiquement les droits et les plafonds du signataire. S’y ajoutent les habilitations définies personne par personne et la double signature à partir d’un montant fixé. L’entreprise peut aussi paramétrer la vérification du bénéficiaire pour instruire sa banque de refuser en bloc les virements dont le nom ne concorde pas avec l’IBAN. La Fédération bancaire française, avec l’appui de la police judiciaire, recommande d’y adosser une procédure écrite de contre-appel de confirmation.
Les comparatifs de banques pour professionnels, comme celui de MoneyRadar, pèsent ces dispositifs de sécurité dans leurs classements. La réactivité du support y figure aussi, un critère qui détermine la capacité à faire opposition dans les premières minutes.
Vous avez reçu le message sans rien transmettre
La vérification passe par l’application, pas par le lien. Ouvrir l’application Wero ou celle de sa banque suffit à savoir si les fonds sont arrivés. Un virement affiché en attente ou en cours de traitement ne vaut pas réception.
Trois signalements limitent la portée de la tentative :
- Transférer le message au 33700 fait bloquer le numéro par les opérateurs. Le service est gratuit et répond par un SMS qui demande le numéro de l’expéditeur.
- Signaler le profil de l’acheteur sur la plateforme de vente entraîne la fermeture du faux compte.
- Transmettre l’adresse de la fausse page à Phishing Initiative la fait bloquer dans les navigateurs partenaires.
Si un appel suit le SMS, raccrocher puis rappeler la banque au numéro figurant au dos de la carte permet de lever le doute. Un conseiller réel ne demande jamais de valider une opération à distance ni de communiquer un code confidentiel.
Vous avez transmis vos données ou effectué un virement
Deux situations mènent à cette étape : avoir saisi ses coordonnées bancaires sur la fausse page, ou avoir effectué le virement réclamé par le faux conseiller. Aucune ne signifie que l’argent est définitivement perdu. Les banques disposent de dispositifs de détection qui interceptent une partie des opérations anormales, et les débits par carte ouvrent droit à un remboursement encadré par la loi. L’ordre des démarches compte, et l’opposition passe en premier.
- Faire opposition sur la carte et les moyens de paiement concernés. Le numéro d’urgence figure au dos de la carte et sur le site de la banque.
- Demander un rappel des fonds pour le virement déjà parti. La banque sollicite l’établissement destinataire, dont l’accord conditionne le retour des sommes.
- Changer les mots de passe de l’espace bancaire et de la messagerie e-mail si des identifiants ont été saisis. La messagerie compte autant que la banque, parce qu’elle sert à réinitialiser les autres accès.
- Rassembler les preuves avant tout échange avec la banque : captures des messages, adresse de la fausse page, numéro de téléphone de l’escroc, relevé des opérations contestées.
- Signaler les opérations à la banque par écrit et sans attendre, en visant les débits que vous n’avez pas ordonnés.
Le moment du signalement conditionne le droit au remboursement. La chambre commerciale de la Cour de cassation a jugé le 14 janvier 2026, en application de l’arrêt Veracash de la Cour de justice de l’Union européenne du 1er août 2025, que l’utilisateur qui tarde à signaler une opération non autorisée de manière délibérée ou par négligence grave perd son droit à correction, même s’il agit dans le délai de 13 mois prévu par l’article L.133-24. Ce délai est un plafond, pas un confort.
Le remboursement dépend de qui a réalisé l’opération
Deux situations juridiques distinctes se cachent derrière la même arnaque, et elles n’ouvrent pas les mêmes droits.
Les débits que vous n’avez pas autorisés
Les prélèvements effectués avec les données de carte saisies sur la fausse page relèvent de l’opération non autorisée. Depuis sa modification par la loi du 16 août 2022, l’article L.133-18 du Code monétaire et financier impose à la banque de rembourser immédiatement après avoir pris connaissance de l’opération, et au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant. Le même texte prévoit des pénalités de retard à la charge de l’établissement. Le seul moyen pour la banque de différer ce remboursement est de soupçonner une fraude commise par son propre client, et elle doit alors communiquer ses raisons par écrit à la Banque de France.
L’article L.133-19 réserve le refus à deux hypothèses : l’agissement frauduleux du titulaire du compte, ou le manquement intentionnel ou par négligence grave à ses obligations de sécurité. La communication d’un code n’établit pas à elle seule cette négligence grave. La banque doit d’abord prouver que l’opération a été authentifiée et correctement enregistrée, comme l’exige l’article L.133-23, puis caractériser le manquement.
La jurisprudence a tranché dans ce sens. Dans son arrêt du 23 octobre 2024, la chambre commerciale de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de BNP Paribas et confirmé le remboursement de 54 500 € à un client dont les données de sécurité avaient servi à ajouter de faux bénéficiaires. La banque plaidait la négligence grave de son client. La Cour a retenu l’inverse : l’affichage du numéro de la conseillère habituelle avait mis le client en confiance et abaissé sa vigilance en dessous de celle qu’aurait eue le destinataire d’un simple e-mail.
Les virements que vous avez effectués vous-même
Le virement réalisé sur instruction du faux conseiller est une opération autorisée. Le régime de L.133-18 ne s’y applique pas, donc aucun remboursement automatique n’est dû. La banque reste responsable si elle a manqué à son devoir de vigilance. La chambre commerciale de la Cour de cassation l’a posé le 27 mars 2024 : sur une opération autorisée, sa responsabilité ne peut plus être recherchée sur L.133-18 ni sur L.133-23, mais elle peut l’être sur ce devoir.
Ce devoir se juge sur des faits précis. La cour d’appel d’Orléans a rappelé le 27 mars 2025 que le banquier doit relever les anomalies apparentes d’un ordre de virement et en alerter son client. Dans cette affaire, deux ordres successifs de 33 500 € puis 76 550 € passés en deux jours avaient ramené un solde habituellement supérieur à 200 000 € sous les 70 000 €. La cour a jugé que la banque aurait dû surseoir à l’exécution du second virement et se renseigner directement auprès du dirigeant. L’indemnisation est restée inférieure au préjudice, parce que le dirigeant avait remis son certificat numérique personnel à sa comptable.
Comment contester un refus de remboursement
Un refus n’est pas définitif, et le parcours de contestation est le même dans les deux situations. La réclamation s’adresse par écrit au service réclamations, un service interne à la banque distinct de l’agence et du conseiller, dont les coordonnées figurent sur le site de l’établissement et dans la convention de compte.
| Étape | Délai | Point de départ |
| Réponse de la banque sur un moyen de paiement | 15 jours ouvrables, 35 en situation exceptionnelle | Envoi de la réclamation écrite |
| Saisine du médiateur après une réponse insatisfaisante | Immédiate | Réception de la réponse |
| Saisine du médiateur en l’absence de réponse | 2 mois | Envoi de la réclamation écrite |
| Fermeture de la fenêtre de saisine | 1 an | Envoi de la réclamation écrite |
La médiation est gratuite, réservée aux particuliers agissant à titre non professionnel, et elle suspend la prescription. Ces délais viennent de la recommandation 2022-R-01 de l’ACPR, qui a supprimé l’obligation de saisir successivement le conseiller puis le service réclamations avant le médiateur.
Signaler et déposer plainte pour une arnaque Wero
La démarche paraît souvent inutile, ou suspendue à la réponse de la banque. Ni l’une ni l’autre de ces impressions ne tient. La plainte s’instruit indépendamment du dossier bancaire. L’ACPR le précise sur son site : un dépôt de plainte ne peut pas être exigé par la banque comme préalable indispensable à l’instruction d’une demande de remboursement. Elle garde son utilité même sans perte d’argent, parce que les escrocs réutilisent les mêmes numéros et les mêmes noms de domaine d’une victime à l’autre, et que ces recoupements font avancer les enquêtes.
Le canal dépend de ce qui s’est passé. Les paiements frauduleux par carte relèvent de Perceval, à condition d’être encore en possession de la carte et d’avoir déjà fait opposition. Perceval est un signalement et non une plainte, traité par la gendarmerie nationale, et il délivre un récépissé à transmettre à la banque. La plainte en ligne passe par THESEE, qui couvre les petites annonces frauduleuses, les faux sites de vente, le piratage de messagerie et de compte, l’escroquerie aux sentiments et le chantage en ligne.
Pour les situations hors de ces deux périmètres, dont le vol physique de la carte, la plainte se dépose en gendarmerie avec les captures et les relevés rassemblés au moment de l’opposition. Le délai de prescription en matière d’escroquerie court jusqu’à six ans après le dernier acte. Les profils et contenus frauduleux relèvent de Pharos, les e-mails d’hameçonnage de Signal Spam.
En cas de doute sur le bon interlocuteur, la plateforme 17Cyber oriente vers la démarche adaptée. La plateforme téléphonique Info Escroqueries, jointe au 0 805 805 817, appel gratuit du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30, répond aux questions sur les démarches à effectuer et aide à identifier le service compétent.
Vendre en sécurité avec Wero
Le paiement Wero reste fiable, à condition de ne jamais déduire la réception des fonds d’un message. Deux règles évitent de se retrouver dans cette situation lors des ventes suivantes. Un acheteur qui cherche à sortir de la messagerie de la plateforme se disqualifie de lui-même, puisque c’est cette sortie qui rend la fraude possible. Et pour un objet de valeur, le paiement en main propre supprime le risque, parce que l’objet et l’argent changent de main dans le même geste.
en partenariat avec REGIEPRO


