Le “camping solidaire” transformé en “annexe du Samu social” va devoir faire ses valises à Mûrs-Erigné

Le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a débouté ce mardi 12 mai 2026 Au Germoir d’Initiatives Solidaires (AGIS), qui lui avait demandé la veille de suspendre en urgence la résiliation de la “convention d’occupation précaire” du camping municipal des Varennes octroyée par l’ancien maire de Mûrs-Erigné (Maine-et-Loire).
Le nouveau maire Fabien Véteau (divers centre) – qui a succédé à Jérôme Foyer (Les Ecologistes) lors des dernières élections municipales – a en effet pris cette décision le 16 avril 2026 alors que cette “association fédérative” qui oeuvre à “la transition écologique et sociale” s’était vu confier la gestion de ce camping “deux étoiles” il y a pratiquement quatre ans.
Depuis, cet établissement “semi-rural” et “sans grand standing” avait vocation à devenir un “tiers-lieu touristique” et un “camping solidaire”, a resitué l’avocat d’AGIS. Il a ainsi accueilli “des séminaires” de la Caisse d’allocations familiales (CAF), a cité en exemple Me Bertrand Salquain. C’est dans ce contexte que l’ancienne municipalité “à sensibilité écologiste” avait “sollicité” AGIS pour héberger “une quarantaine de résidents en difficulté sociale” sous couvert d’une “convention” avec la CAF et le Département de Maine-et-Loire.
L’ancien maire de Mûrs-Erigné Jérôme Foyer a ainsi rédigé une “attestation” pour certifier que l’association n’avait “commis aucune faute” dans le cadre de ce contrat public, a souligné Me Bertrand Salquain. Mais des “difficultés” sont néanmoins apparues “avec d’anciens locataires”... Au fil du temps, seule “une vingtaine” de “personnes en difficulté” sont restées sur le camping municipal des Varennes. Il avait finalement été fermé en février 2026 “à cause des crues” du Louet, qui borde ses terrains mais où “aucun dégât” n’a été constaté.
C’EST “LA PREMIERE ADJOINTE” QUI A “INSISTE” POUR QUE AGIS “REPRENNE” DES LOCATAIRES
Depuis, l’établissement n’a pas rouvert mais Fabien Véteau a “suspendu” malgré tout la “convention d’occupation précaire” qui permettait à AGIS de gérer le lieu jusqu’au 31 août 2026 : il a évoqué notamment des “incivilités” et de “la consommation de drogues”. Mais ce sont en réalité “la première adjointe” au nouveau maire de Mûrs-Erigné et “les gendarmes” qui avaient en réalité “insisté” auprès d’AGIS pour “reprendre” des occupants “par humanité”, a certifié Me Bertrand Salquain au juge nantais.
“Peut-être que ces gens ont de petites problématiques sociales et que le maire souhaite changer de politique, mais il n’en reste pas moins que cette convention est un contrat de droit public et que rien ne justifiait cette résiliation anticipée”, a résumé l’avocat d’AGIS. “Il y a en effet une saison touristique qui se prépare, et tout le monde est dans les starting-blocks.”
Le magistrat nantais a donc été invité par l’avocat à “modérer l’enthousiasme” du nouveau maire de Mûrs-Erigné, dont cette résiliation de convention était “la première décision” dans ses nouvelles fonctions. Le président d’AGIS Jean-Luc Pineau et ancien Directeur du Jardin de Cocagne d’Angers, présent à l’audience, ne fait en effet “pas de politique” et “n’en fera jamais” a assuré l’avocat de cette structure qui regroupe “dix-sept associations” et “900 adhérents”. “D’ailleurs, ils se sont vus avec le maire ce week-end sur le marché, et j’espère que le dialogue va pouvoir reprendre.”
“M. Pineau a rencontré le maire sur le marché, très bien, mais moi je suis mandaté par le maire pour faire du droit”, a répliqué Me Eric Boucher, l’avocat de la commune. En l’occurrence la convention litigieuse autour du “projet original” d’AGIS a été “très mal rédigée” sur un plan juridique après que l’association ait été retenue au terme de “l’appel à manifestation d’intérêt” lancé par la majorité précédente pour prendre la succession du “couple d’exploitants privés” qui l’avait géré “pendant vingt-cinq ans” et qui est “parti à la retraite”.
LES GENDARMES APPELES APRES “UN VOL DE CHAT”
Les personnes “précaires” et “sans domicile fixe” qui ont élu domicile au camping municipal l’ont en effet été “à l’initiative de l’association” et “absolument pas à la demande” de la commune. “La cohabitation avec les touristes s’est avérée compliquée“, a rappelé au passage l’avocat angevin. “Dix-sept” occupants avaient en effet donné pour domiciliation administrative le Centre communal d’action sociale (CCAS) de Mûrs-Erigné, ce qui avait fait du camping municipal des Varennes “une annexe du Samu social” selon Me Eric Boucher.
Si la motivation par le maire de la résiliation de la convention d’occupation précaire est “un peu légère”, elle n’en demeure pas moins justifiée selon lui car “il n’y a même pas de plan d’évacuation alors que le camping se trouve au bord de l’eau”. La “gendarmerie” a aussi été “sollicitée” pour de “nombreux incidents” comme cette “agression entre résidents”, cette “bagarre avec un couteau” ou encore ce “conflit entre résidents pour vol de chat” a énuméré l’avocat de la municipalité.
“Le dialogue cela fait des mois et des années qu’il est difficile, et il l’était déjà avec l’ancienne municipalité”, a certifié Me Eric Boucher. Il en veut pour preuve “l’appel à la mobilisation” qui a été lancé “sur Whatsapp” et qui est “totalement diffamatoire” : cette “pétition adressée aux membres de l’association” et qui “se retrouve très facilement sur internet” dit que le mairie de Mûrs-Erigné est “passée de la gauche au populisme” et que son “projet” se résume désormais à installer “un terrain de foot synthétique en zone inondable”.
La nouvelle équipe municipale était aussi présentée comme “défendant les patrons, les fachos et la France de l’entre-soi”. “On vous dit qu’on va faire du camping une ZAD”, a également affirmé Me Eric Boucher. “Et après, on vous dit que l’association “ne fait pas de politique””, a-t-il raillé.“Ce message a été lancé par une personne un peu excitée et qui a un discours très extrême qui ne correspond pas du tout à l’état d’esprit de l’association”, a répliqué Me Bertrand Salquain.“Si vous cherchez des bêtises sur internet, vus en trouverez !”.
Au final “aucun” des arguments d’AGIS “ne paraît à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision” évacue toutefois le juge des référés dans une ordonnance en date du mardi 12 mai 2026. Le tribunal administratif de Nantes réexaminera désormais la requête de l’association par le biais d’une formation collégiale de trois juges d’ici dix-huit mois à deux ans : son avocat a confirmé ce mercredi 13 mai 2026 à PressPepper le maintien de sa requête “au fond”. Si la décision venait à ce moment-là à être jugée illégale, alors AGIS pourrait demander des dédommagements à la mairie de Mûrs-Erigné pour les divers “préjudices” qu’elle lui a causés. Dans l’immédiat, l’association est toutefois expulsable : la mairie a di au juge qu’elle veut confier “dès que possible” le camping à “un nouvel exploitant” dans le cadre d’une délégation de service public (DSP)./GF


