Charente-Maritime

Téléphone au volant : la Charente-Maritime durcit les sanctions et envisage la suspension immédiate du permis

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DR : La Charente-Maritime va durcir les sanctions routières, avec la possible suspension immédiate du permis pour téléphone au volant, après une opération choc destinée à enrayer une mortalité en hausse, marquée par sept décès liés à cette seule infraction l’an dernier

La Charente-Maritime s’apprête à franchir un nouveau cap dans la lutte contre l’insécurité routière. Ce mercredi 4 février 2026, le préfet Brice Blondel a annoncé un renforcement du dispositif répressif, notamment avec la possibilité de suspendre le permis de conduire pour la seule utilisation du téléphone au volant.

Selon France Bleu, pour accompagner cette annonce, une vaste opération de sensibilisation a été organisée sur l’aire de covoiturage d’Usseau, à Sainte-Soulle, avec la participation conjointe des forces de l’ordre, des secours, des agents des routes et des services judiciaires. Deux scènes d’accidents ont été reconstituées, à Sainte-Soulle et sur la RN11 à Puilboreau, à l’aide de mannequins, afin de montrer concrètement la violence des chocs.

Une mortalité routière en hausse

Le contexte est préoccupant. En 2025, la France a enregistré 3 513 décès sur les routes, soit une augmentation de 2,1 %. Dans le département, 45 personnes ont perdu la vie l’an dernier. Les autorités pointent les mêmes facteurs aggravants dans la grande majorité des cas : vitesse, alcool, stupéfiants et usage du téléphone.

« C’est un massacre, martèle Brice Blondel, le préfet de la Charente-Maritime. Chaque année, c’est plus important que le nombre de victimes de Crans-Montana. Il faut se figurer le nombre de vies qui sont brisées. Pour l’année 2026, on en est déjà à sept morts et ce sont des morts évitables. Et ce sont des blessés qui auraient pu ne pas l’être. »

Vers la suspension du permis pour téléphone seul

Jusqu’ici, l’usage du téléphone au volant entraînait une amende de 135 euros et un retrait de trois points, avec suspension possible uniquement en cas d’infractions associées. Désormais, le département souhaite suivre l’exemple des Landes, où une expérimentation permet déjà de suspendre le permis pour ce seul motif.

« Aujourd’hui, c’est 135 € d’amende et trois points lorsque vous avez un téléphone au volant. Il peut y avoir une suspension de permis, si le téléphone au volant est associé à d’autres infractions. On aura désormais la possibilité de sanctionner le seul fait d’avoir le téléphone au volant par la suspension du permis. On va donc étudier la mise en place et l’extension de cette expérimentation menée dans les Landes et qui produit des résultats. Parce que le téléphone au volant l’année dernière, c’est sept morts, sept morts évitables. »

La durée de suspension pourrait atteindre trois mois, une mesure validée en lien avec les parquets.

Justice : « Je préfère cela à un cadavre sur une bordure de route »

Présent lors de l’opération, Frédéric Ebel, vice-procureur de la République de La Rochelle, assume ce durcissement.

« Souvent, sur les réseaux sociaux, on nous dit que les policiers et les gendarmes feraient mieux d’aller dans les cités, s’occuper des trafiquants de drogue, plutôt que d’enquiquiner les conducteurs. Il faut être conscient que le délinquant routier est celui qui tue le plus en France. Quand on suspend un permis de conduire, j’ai conscience qu’on constitue une sanction très lourde, parce que ce sont des gens qui ne peuvent plus aller travailler et exercer leur vie quotidienne. Mais je préfère cela à un cadavre sur une bordure de route. »

Il ajoute : « Quand on est appelé sur un accident et qu’on voit des gens emballés dans des housses mortuaires, après avoir été percutés par un chauffard ivre, ça n’appelle pas l’indulgence. »

Secours et soignants en première ligne

Pompiers et équipes médicales témoignent de l’impact humain de ces drames. Pour le colonel Christian Lepage, directeur adjoint du SDIS 17, chaque intervention laisse des traces.

« Quand vous vous retrouvez avec des personnes décédées, c’est toujours un échec. Et si en amont, on peut éviter ces situations-là, ça évite de déplacer de lourds moyens et aussi d’impacter des secouristes. Parce que derrière les uniformes, il y a aussi des personnes qui sont confrontées à la mort et à ces situations-là. »

Même constat du côté du SAMU. Louis Asquier, chef de service, évoque un été particulièrement éprouvant : « On a été particulièrement impacté l’été dernier, avec une dizaine d’interventions marquantes, avec plusieurs victimes, plusieurs morts. Et effectivement, les soignants qui vont sur place sont marqués, parce que ce sont de mauvaises nouvelles qu’on annonce à des familles et des vies brisées. »

Des contrôles en hausse, des comportements qui résistent

Sur le terrain, gendarmes et policiers constatent une activité croissante sans amélioration notable des conduites à risque. La colonelle Johanne Gojkovic-Lette indique que 35 des 45 décès de l’an dernier ont eu lieu en zone gendarmerie, avec plus de 112 000 heures de présence sur les routes et plus de 2 500 infractions liées à l’alcool.

« L’activité augmente, mais les comportements ont du mal à changer. »

Même observation côté police nationale. Myriam Akkari souligne : « Nous avons également augmenté notre présence de 5 % en matière de police de la circulation. Je vous donne un exemple récent. Hier (mardi), 80 véhicules ont été contrôlés à Royan, trois personnes conduisaient sous l’emprise de stupéfiants. »

En bout de chaîne, les agents des routes, mobilisés pour sécuriser et dépanner, participaient eux aussi à cette journée d’action, aux côtés de la Prévention routière, dans un village dédié à la sécurité installé sur l’aire d’Usseau.

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