Politique
Maine-et-Loire : au Département, l’opposition appelle à « choisir qui l’on protège »

Au moment d’ouvrir le débat d’orientations budgétaires, l’atmosphère n’était pas aux fanfaronnades. Face à l’exécutif départemental, Grégory Blanc, chef de file de l’opposition, a planté le décor d’une voix posée mais ferme : « Notre conseil départemental est comme plus de 60 autres départements en situation de fragilité. »
Dans l’hémicycle, le constat est partagé : les marges de manœuvre sont étroites. Sur un budget de 850 millions d’euros, les choix réellement discutables se compteraient en millions seulement. « Sur cinq ans, c’est sans doute seulement 30 millions d’euros sur lesquels des choix différents pourraient intervenir tant la rigidité est là. Et sur le prochain exercice, probablement entre 5 et 7 millions grand maximum », avance l’élu. Autrement dit, pas de quoi révolutionner la trajectoire. « Ce n’est pas pour autant que nous n’avons pas nos divergences », prévient-il.
Des départements « sous perfusion »
Pour Grégory Blanc, le problème dépasse les lignes budgétaires locales. « Les Départements sont sous perfusion avec un modèle de fonctionnement et de financement obsolète », lâche-t-il. L’an dernier, l’augmentation des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) avait servi d’oxygène. Cette année, c’est un fonds de sauvegarde qui devrait apporter 8,8 millions d’euros au Maine-et-Loire. Une somme qui, souligne-t-il, « n’est d’ailleurs pas encore inscrite » dans le rapport d’orientations budgétaires. En effet, La présidente a indiqué ne pas avoir reçu de sommes l’an dernier et attend encore les fonds pour cette année, donc prudence !
Mais pour l’opposition, il est temps de sortir de la logique du pansement annuel. « Les départements ne peuvent plus quémander chaque année. Nous devons proposer une vision claire de réforme des recettes », plaide l’élu, appelant à un débat franc sur la protection sociale, la voirie ou encore l’accompagnement du vieillissement.
Derrière les chiffres, il voit deux lignes politiques irréconciliables : « Soit soutenir seulement les plus faibles et renvoyer à des assurances privées tous les autres. Soit rénover notre modèle social, ce qui passera par une nouvelle répartition de l’effort, avec plus de recettes publiques. » Dans les deux cas, prévient-il, « cela coûtera plus cher. La question est donc de savoir qui paie et comment ».
L’administration centrale dans le viseur
Premier chantier pointé par l’opposition : l’organisation interne. Les dépenses de personnel ont augmenté de plus de 25 millions d’euros depuis 2021, atteignant 157 millions d’euros, soit une hausse de 16 % en quatre ans. « C’est conséquent », reconnaît Grégory Blanc, qui admet que l’opposition n’a pas combattu ces recrutements.
Mais il s’interroge sur leur nature : la part des catégories A, l’encadrement, est passée de 34 % à 38 % de la masse salariale, tandis que les catégories B et C reculaient. « Dit autrement, plus d’encadrement et moins d’agents en proximité », résume-t-il.
Pour lui, l’enjeu est clair : « Il faut remettre du service public dans les territoires. » Cela passe par « une territorialisation plus poussée », davantage de polyvalence, et « une administration centrale plus agile, faisant davantage confiance aux territoires ». Un mot revient : confiance. « La confiance est un impératif pour obtenir de l’efficience. »
Faire contribuer davantage les plus aisés
Deuxième axe : les recettes. L’opposition défend depuis un an une tarification plus progressive des services départementaux. « Quand un repas coûte 9 euros, il n’est pas possible que ceux qui gagnent plus de 5 000 euros par mois soient aidés de la même façon que ceux qui gagnent le SMIC », insiste Grégory Blanc. « Il est indispensable de mettre de la progressivité dans les tarifs. »
Même logique pour les collèges : revoir les dotations en fonction de l’indice de positionnement social (IPS), afin de mieux soutenir les établissements accueillant les publics les plus fragiles.
La jeunesse et les quartiers prioritaires en priorité
Enfin, l’opposition appelle à « renforcer les protections » pour les publics fragiles, en particulier dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. « Dans ces quartiers, il y a 50 % de jeunes de moins de 15 ans en plus et deux fois plus de familles monoparentales », rappelle l’élu. Après des coupes budgétaires l’an passé, il juge « urgent de réinvestir les politiques de prévention », évoquant un effort de 200 000 à 300 000 euros pour travailler sur la parentalité.
La question des collèges revient comme un fil rouge. Les budgets auraient baissé entre 2024 et 2025, de l’ordre de 10 % en cumulant fonctionnement et investissement. « La baisse du budget collèges est acceptable sur un an. Pas sur plusieurs exercices », prévient-il. « La jeunesse doit être notre priorité. »
Il s’interroge aussi sur la cohérence des choix : « Comment comprendre qu’on continuerait de financer le SCO et que, parallèlement, on sabre dans les budgets de “collèges en action”, qui permettent d’ouvrir les horizons ? » Pour l’opposition, le soutien à la scolarité et l’investissement dans les établissements doivent passer avant d’autres dépenses jugées moins prioritaires.
Car derrière le débat annuel se cache, selon lui, une erreur plus ancienne : « Cela fait quinze ans que notre Département est en sous-investissement chronique. » Résultat, des coûts d’entretien qui explosent et un retard à combler face au défi climatique.
9 millions d’euros à répartir
Reste la question immédiate du fonds de sauvegarde. Près de 9 millions d’euros devraient être versés au Maine-et-Loire. Grégory Blanc propose une clé de répartition précise : « 2 millions pour le fonctionnement, 2 autres mis en réserve, et 5 pour l’investissement, principalement dans les EHPAD et les collèges. »
Un choix qui, au-delà des chiffres, résume sa ligne : investir maintenant pour protéger demain. « À la fin, il y a des priorités », martèle-t-il. Et au Département comme ailleurs, le débat budgétaire n’est jamais seulement comptable : il est d’abord politique.
