Des collégiens à la découverte du métier de géomètre-expert au château de Brissac

A l’occasion de la Semaine des Géomètres-Experts, le majestueux domaine angevin a accueilli une dizaines d’élèves curieux d’une profession peu connue. Entre l’utilisation d’outils de haute technologie et l’application concrète des mathématiques sur le terrain, cette journée a permis de mettre en lumière une profession indispensable à l’aménagement et à la préservation de notre patrimoine.
Vendredi 5 juin 2026, le parc du Château de Brissac, un édifice historique dont les origines remontent aux XVe et XVIe siècles, s’est transformé en un véritable laboratoire à ciel ouvert. Dans le cadre de la Semaine nationale des Géomètres-Experts organisée du 1er au 7 juin, l’antenne départementale UNGE 49 a mené une action pédagogique immersive. Cet événement s’est déroulé en présence du propriétaire des lieux, de membres d’une association locale de sauvegarde du patrimoine, ainsi que d’élus et d’agents municipaux. Cette matinée avait pour vocation de faire le pont entre l’histoire de la mesure et les défis techniques de demain.
Une matinée entre mathématiques appliquées et technologies de pointe
Près de 24 élèves au total, venus sur la base du volontariat, ont participé à cette découverte. Accompagnés par de nombreux géomètres experts, les élèves des classes de troisième du collège de l’Aubance et de quatrième du collège Saint-Vincentont quitté les tableaux noirs pour la pelouse du domaine.
« L’idée c’était d’inviter des collégiens pour leur faire faire quelque chose de nouveau, leurs donner les clés du métier. » explique Emmanuel Duret, président de la chambre départementale des géomètres experts du Maine et Loire. L’objectif était de faire un lien direct avec la trigonométrie et les théorèmes vus en classe. Sur le terrain, les élèves ont pu manipuler le traditionnel tachéomètre.
Visuellement proche d’un radar, cet appareil est équipé d’une lunette et d’une croix de ciblage, permettant de calculer avec une précision extrême les angles verticaux et horizontaux ainsi que les distances. Ils ont également assisté à des vols de drones et découvert le fonctionnement du LIDAR, un scanner 3D capable de générer des nuages de points de l’environnement.
Le bief de Brissac : topographie et sauvegarde du patrimoine
Cette matinée fut aussi l’occasion d’évoquer une prouesse locale alliant topographie et histoire : le bief de Brissac. Ce canal souterrain de 240 mètres de long est un ouvrage civil hydraulique unique en Anjou, dont la voûte originelle en schiste date du XVIIIe siècle. À l’époque, la construction d’une route avait obligé les villageois à combler l’énorme fossé qui séparait le château du village. Le souterrain fut alors conçu pour évacuer les eaux de crue de la rivière Aubance et protéger ainsi les parterres du duc.
Tombé dans l’oubli et complètement envasé après la Révolution, le tunnel a été redécouvert dans les années 2000. Il y a une vingtaine d’années, un cabinet de géomètres a activement participé à l’exploration de cet ouvrage dont l’une des extrémités était totalement bouchée.
Grâce à un relevé topographique de l’ensemble du site et à des mesures audacieuses, réalisées en partie à quatre pattes dans l’eau, la sortie a pu être localisée avec précision. Entre 2003 et 2004, le Cercle d’études du duché de Brissac (CEDB) et des bénévoles, dont le marquis Charles-André de Cossé-Brissac qui n’a pas hésité à manier la pelle, ont déblayé le site avec courage et patience. Aujourd’hui, le souterrain réhabilité laisse couler une source sur un lit d’ardoise, offrant un plongeon rafraîchissant dans l’histoire aux visiteurs.
Le géomètre-expert, garant d’un cadre de vie durable
Si les technologies évoluent à grande vitesse, reléguant au passé l’antique chaîne d’arpenteur et l’équerre optique, l’essence du métier reste profondément ancrée dans le droit. « C’est un juriste qui définit les limites de propriété » définit Frederic Branchereau, ancien président de la chambre départementale des géomètres experts.
Le géomètre-expert exerce son activité dans le cadre d’une délégation de service public et d’une profession strictement réglementée, encadrée par un Ordre professionnel où il doit prêter serment. Il dispose d’un monopole pour fixer les limites des biens fonciers. Acteur de terrain et véritable concepteur, il conseille les élus locaux, assure la maîtrise d’œuvre des voiries et réseaux (VRD), établit les documents de division d’immeubles et de copropriété avec la répartition des tantièmes, et intervient régulièrement dans le cadre d’expertises judiciaires en cas de contentieux.
Cependant, la profession souffre d’un certain anonymat. « Notre souci premier c’est qu’on n’est pas très connu et que, par effet ricochet, on a un peu de mal à recruter » poursuit Emmanuel Duret, admettant une tendance historique à peu communiquer sur le métier.
Pourtant, le métier offre un équilibre idéal entre le travail sur le terrain et au bureau. Il exige une double compétence : une grande rigueur mathématique et scientifique, couplée à de solides notions en sciences humaines. Le bon sens, la diplomatie et la pédagogie sont primordiaux face aux conflits : « On n’impose pas, on explique » ajoute Frederic Branchereau. La profession propose de belles perspectives salariales : un technicien peut débuter autour de 2 200 euros brut et voir sa rémunération grimper jusqu’à 4 000 euros avec de l’expérience.
L’UNGE, la force d’un réseau syndical au service des territoires
Pour défendre les intérêts économiques, juridiques et sociaux de ces professionnels polyvalents, les cabinets s’appuient sur l’Union Nationale des Géomètres-Experts (UNGE). Créé en 1922, ce syndicat historique porte la voix de la profession à travers un maillage de 14 chambres régionales et 85 chambres départementales.
À l’échelle locale, l’UNGE Pays de la Loire rassemble environ 45 cabinets adhérents et assure la formation régionale de ses membres.
Animés par la volonté de faire rayonner leur métier, ces représentants pilotent des actions de promotion telles que cette immersion au château. Le géomètre-expert demeure un acteur essentiel de l’acte de construire, mettant inlassablement ses outils de mesure au service de la mémoire, du patrimoine et de l’avenir de nos territoires.


