Angers

SONGE, Une odyssée onirique et politique au Quai

Publié

le

Le spectacle SONGE de Marcial Di Fonzo Bo et de Marianne Ségol, joué par onze comédien de l’AEA, sera présenté du 5 au 10 mars prochain au Quai / © Pauline DEBOFFLES

Pour sa nouvelle création 2026, Marcial Di Fonzo Bo, directeur du Quai CDN, s’empare avec la dramaturge Marianne Ségol du chef-d’œuvre de William Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été. Un spectacle entre poésie visuelle inspirée de Goya et manifeste pour une jeunesse européenne multiculturelle.

L’histoire d’une collaboration

Au cœur de cette création se trouve deux individus. D’un côté Marcial Di Fonzo Bo, directeur artistique du Quai CDN, de l’autre la dramaturge et traductrice Marianne Ségol. Ensemble, ils ont déjà exploré les écritures contemporaines et les grands mythes. Leur collaboration autour de Shakespeare naît en 2021, lors de la reprise du spectacle mis en scène par Matthias Langhoff en 1995 au festival d’Avignon « Gloucester time-matériau Shakespeare-Richard III ». SONGE signe donc une nouvelle collaboration entre Marianne Ségol et Marcial Di Fonzo Bo.

Un des grands classiques de Shakespeare

« La raison la plus intime du choix de cette pièce, c’est sa dimension métaphysique » résume le directeur artistique du Quai CDN, « Shakespeare a une incroyable capacité à mêler le politique et l’actuel ».

Écrit par Shakespeare vers 1595, Le Songe d’une nuit d’été est traditionnellement perçu comme une comédie festive, probablement conçue pour un mariage aristocratique. L’histoire suit quatre jeunes amants fuyant les lois strictes de la cité (Athènes) pour se perdre dans une forêt enchantée. Là, sous l’influence de Puck et des querelles du roi des fées Oberon et de la reine Titania, les identités se brouillent et les désirs s’inversent.

« Ce qui est déterminant dans l’œuvre, c’est la jeunesse », confie celui qui avait déjà envie de mettre en scène la pièce avant d’arriver à Angers, « Elle arrive dans ce lieu à l’aspect rassurant, mais perdre la raison ne l’est absolument pas. »

Dans la version de Marcial Di Fonzo Bo, cette histoire sert de socle à une exploration plus sombre. Il met en lumière avant tout la perte de repères d’une jeunesse en quête de liberté. La forêt n’est alors plus un décor bucolique mais plutôt un espace de désordre sensoriel.

Des inspirations multiples

Le changement le plus radical de cette mise en scène réside dans son acte final. Dans l’œuvre originale de Shakespeare, l’acte 5 est une « pièce dans la pièce », une parodie de tragédie jouée par des artisans pour le mariage des nobles, ramenant l’ordre et le rire dans la cité. Les comédiens sont des ouvriers, et l’aspect humoristique qui se dégage de cet acte viens très souvent de leur jeu peu académique. « L’intérêt principal de cet acte pour moi ce sont les nouveaux codes qui était ramenés » explique Marcial Di Fonzo Bo, « Mais j’ai toujours trouvé ce moment de la pièce triste, alors j’ai voulu la changer ».

Lui et Marianne Ségol choisissent de rompre ce contrat. Le dernier acte de Shakespeare est évincé au profit de la Comédie sans titre de Federico García Lorca. Un texte qui a lui aussi sa propre histoire, puisque avant que le poète espagnol ne soit assassiné par des troupes franquistes à Grenade, ce dernier donne une valise contenant de nombreux textes à un journaliste nommé Rafael Martínez Nadal. Découverts 50 ans plus tard grâce à cela (et des archives gardées par sa famille), ces fameux textes mettent alors en lumière la pièce « Public », mais aussi la « Comédie sans titre » qui seront publiées dans la foulée. « Lorca pose les mêmes questions que Shakespeare, mais ne donne pas les mêmes réponses » complète le directeur artistique du CDN, « Il possède une langue d’une beauté exemplaire, c’est une des raisons qui m’a poussé à faire ce choix. »

Le dispositif scénique, lui, a été conçu par Alban Ho Van, hanté par la série de gravures Les Disparates de Francisco de Goya. L’expérience visuelle est complétée par l’usage du cinéma, puisque des films tournés dans le sud de la France par Nicolas Mesdom sont projetés sur scène. « Les images apportent ce que le théâtre ne peut pas apporter » souligne Marcial Di Fonzo Bo.

L’Académie Européenne – Angers, le cœur battant du projet

Au-delà de la performance, SONGE est le premier acte de l’Académie Européenne – Angers (AEA). Ce laboratoire réunit onze jeunes interprètes issus de différents pays, tels que la France, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, le Brésil… Accompagnés par Geoffrey Carey qui jouera Puck, ces artistes incarnent une mise en scène polyglotte. « En mélangeant les langues, nous voulions brouiller les frontières entre compréhension et incompréhension » explique Marianne Ségol, « La pièce a toutefois naturellement été imaginée pour un public français ».

Après deux ans passés à créer et mettre en place le projet, l’équipe qui a permis de mettre sur pied le spectacle SONGE le présentera du 5 au 10 mars 2026 au Quai CDN Angers, avant de partir en tournée partout en Europe, de Lille à Udine, de Nantes à Barcelone.

Continuer à lire
Cliquer pour commmenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

34 − = 27