“Certains vont fermer boutique”, la hausse du carburant pointé du doigt par les artisans des travaux publics du Maine et Loire

Ce matin, environ 200 personnes issues du secteur des travaux publics et du paysage ont réalisé une opération escargot qui a pris fin devant la préfecture. Une mobilisation rare, pour exprimer leur mécontentement vis-à-vis de l’augmentation du prix du carburant.
« Il faut qu’on nous protège » martèle Martial Bedouet, administrateur national à la CNATP. Depuis 7h30, deux convois convergent vers Angers. L’un au départ de Brissac-Quincé, l’autre de Saint-Jean-de-Linières. Les 200 personnes qui les composent ont toutes en ligne de mire la préfecture du Maine-et-Loire. À l’origine de ce mouvement, un appel de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) et de la Chambre nationale des artisans des travaux publics et du paysage (CNATP), qui dénonce l’inaction du gouvernement face à l’augmentation du prix du carburan
Une hausse qui leur coûte des “milliers d’euros”
Sur la route, le rythme est lent, et c’est volontaire. Cela nous laisse entrevoir l’inquiétude qui se lit sur les visages de chacun. En constante augmentation depuis 2007, jusqu’à atteindre des sommets difficilement encaissables, le prix de l’essence est aujourd’hui à un niveau jamais observé en France. La guerre en Iran déclenchée par Donald Trump a eu comme conséquence la fermeture du détroit d’Ormuz, et par effet domino l’augmentation du prix à la pompe, puisque 21 % du pétrole mondial passe par le bras de mer enfermé entre Oman et l’Iran.
Loin de là, les effets sont visibles et en France, cette explosion du prix du carburant mène la vie dure à bon nombre de professions. Agriculteurs, pêcheurs et routiers ont reçu une aide via le plan de soutien à l’activité économique lancé le 30 mars dernier par le gouvernement. Les entreprises du bâtiment ne sont quant à elle pas concernées par cette mesure, raison de la mobilisation du jour.
« Cette hausse nous coûte des milliers d’euros supplémentaires par semaine, à la fois via nos véhicules de chantier, mais aussi via les véhicules des personnes qui viennent travailler sur les chantiers. Pour eux, c’est du pouvoir d’achat en moins, pour les entreprises, c’est un trou énorme » poursuit Martial Bédouet, « Le problème en plus, c’est que tout le monde ne fonctionne pas de la même manière. Il y a les camions, les pelles, les véhicules légers, certains vont consommer 500 litres de carburant par jour, d’autres plus, d’autres moins. C’est très hétérogène, et surtout plus qu’handicapant. ».
Pour eux, la solution réside dans une baisse de TVA, ou une baisse de taxe. Il y a deux jours, Martial Bedouet et plusieurs des membres du bureau national de la CNATP ont été reçus au ministère de la ruralité. « Des promesses, mais pas d’actions concrètes pour l’instant » résume-t-il.
Un budget essence qui ne cesse de gonfler
Pendant ce temps-là, les prix continuent de grimper. En mai 2025, le GNR coûtait 0,62€ par litre, et a aujourd’hui plus que doublé pour atteindre les 1,80€ par litre. « C’est une augmentation par jour de 1 800 euros hors taxe, soit 9 000 euros par semaine. Mon entreprise génère 450 000 euros mensuels, on arrive donc à 5 points de notre marge rien que pour le carburant. » s’agace Alexandra Rocher, cheffe de l’entreprise LTRC TP. Basée à Gennes-Val-de-Loire, elle emploie « 40 salariés », possède « 15 camions et 25 pelles » et en tant que prestataire, travaille avec des grands noms comme Vinci ou Bouygues.
Pour elle comme pour toutes les personnes présentes devant la préfecture ce jeudi matin, l’enjeu est presque celui de son entreprise. « Si les prix continuent d’augmenter sans aide concrète, c’est la fermeture de l’entreprise, c’est les licenciements. D’autant plus que c’est une augmentation à la chaîne et derrière, c’est nos matières premières qui augmentent, le prix de nos fournisseurs, et peut-être in fine le prix de nos prestations. Nous ne voulons pas ça. » souligne-t-elle. Elle aussi appelle à une baisse de la TVA, qui est aujourd’hui de 20 % sur le gazole naturel non routier. « On va arriver à deux sans savoir quand cela va s’arrêter » confie-t-elle sans abandonner.
Une “première” pour certain
C’est une matinée bien inhabituelle pour Alexandra comme pour d’autres, la manifestation est un exercice peu habituel. « C’est ma première, à 50 ans » avoue-t-elle, « Ce n’est pas dans mon ADN de manifester, mais là c’est primordial, voire vital. ». C’est toute une profession qui est mise à mal, et qui risque gros. La réflexion sur leur action du jour a pris le temps de mûrir dans la tête de tous, « ce n’est pas dans nos habitudes » explique Martial Bedouet. Selon lui, « certaines entreprises sont en train de réfléchir à fermer boutique pendant quelque temps, en attendant que les choses se calment. ».
Il promet « d’autres mobilisations si les choses ne s’améliorent pas », sans savoir si cela va vraiment fonctionner. Comme pour n’importe quel corps de métier, le mutisme étatique peut vite devenir un fardeau pour les artisans du secteur des travaux publics, qui manifestent partout sur le territoire français depuis le début de ce mois d’avril, sans pour l’instant pouvoir sortir la tête de l’eau.


