L’hypothèse d’un transfert d’eau entre la Dordogne et la Charente refait surface, mais aucune décision concrète n’est arrêtée à ce stade.

Une étude aux conclusions attendues, sans décision immédiate
Présentée ce mercredi au conseil départemental de la Corrèze, une étude explore la possibilité de transférer une partie des eaux de la Dordogne vers le bassin de la Charente à l’horizon 2050. Si les besoins sont identifiés, le projet reste à l’état de réflexion selon France Bleu.
Il y a un an, l’annonce avait suscité de vives réactions : envisager de déplacer des millions de mètres cubes d’eau entre la Corrèze et la Charente. L’étude, cofinancée par les départements de la Corrèze, de la Charente et de la Charente-Maritime, vient d’être rendue publique. Elle visait à analyser différents scénarios de transfert depuis la Dordogne vers le bassin de la Charente, confronté à un déficit hydrique annoncé.
Selon les projections scientifiques, d’ici 2050, le bassin de la Charente devra compenser un manque de 80 à 100 millions de m³ d’eau. Un plan de sobriété permettrait d’en économiser environ la moitié. Reste donc au minimum 40 millions de m³ à trouver.
La solidarité entre bassins en toile de fond
L’idée a émergé il y a quatre ans, lors d’un voyage d’études en Espagne organisé par l’Agence de l’eau. Le Département de la Corrèze s’était alors interrogé sur une possible solidarité entre bassins. Les prévisions climatiques indiquent en effet qu’en Corrèze, les hivers pourraient être plus arrosés dans les prochaines décennies, tandis que les périodes d’assecs estivaux s’allongeraient.
« Nous revendiquons le droit à réfléchir », soulignent les élus corréziens, insistant sur le caractère exploratoire de la démarche.
L’étude, confiée à l’entreprise Rives et eaux, a examiné plusieurs sites susceptibles d’accueillir une retenue destinée à stocker les excédents hivernaux. Le lac de Vassivière, le barrage de Bort-les-Orgues ainsi que le site du Chavanon, au nord de l’A89, ont été écartés.
Le site du Pont d’Arpiat privilégié
Reste une option jugée plus favorable : le Pont d’Arpiat, sur la Dordogne, à la limite du Puy-de-Dôme, en amont de Bort-les-Orgues. Le site présente plusieurs atouts, notamment sa situation à la confluence de la Dordogne et du Chavanon et le resserrement naturel de la vallée, compatible avec la construction d’un barrage.
Un tel ouvrage permettrait de stocker environ 45 millions de m³ d’eau, soit un volume proche des besoins identifiés.
Mais le chantier ne s’arrêterait pas là. Pour acheminer l’eau vers la Charente, il faudrait installer des conduites sous pression, poser des canalisations enterrées d’un mètre de diamètre, construire des stations de pompage et s’appuyer en partie sur des infrastructures existantes le long de la Vienne.
Le coût global est estimé à au moins 600 millions d’euros, dont environ la moitié pour la construction du barrage.
Des positions encore prudentes
Du côté de la Charente et de la Charente-Maritime, la prudence reste de mise. Françoise de Roffignac, vice-présidente du Département de la Charente-Maritime en charge de l’eau et de l’environnement, explique que cette piste n’est pas éliminée, au même titre que d’autres solutions comme la désalinisation de l’eau de mer.
En Corrèze, le président du conseil départemental, Pascal Coste, souhaite poursuivre les travaux de réflexion sur la création d’une retenue. L’objectif : disposer d’éléments techniques et juridiques solides dans les années à venir. « Si dans les dix ans qui viennent on regarde et on étudie, le jour venu, si la solution est possible, elle pourra peut-être aussi servir à la Charente ou à d’autres », estime-t-il.


