
Le procès d’EDF et de la société Nuvia Structure, poursuivies après le grave accident subi par un intérimaire sur le site nucléaire de Centrale nucléaire de Chinon, a une nouvelle fois été reporté. L’audience devant le tribunal correctionnel de Tours est désormais fixée au 10 septembre 2026.
Une chute de huit mètres sur le site nucléaire
Selon France 3, le 16 octobre 2021, Zoubir Raho, ouvrier intérimaire originaire de la Vienne, avait été grièvement blessé après une chute sur le site de la centrale.
Ce jour-là, il travaillait en heures supplémentaires un samedi, malgré ses réticences.
« Ils nous ont forcés à venir travailler ce samedi là. Ils ont dit clairement : si vous venez pas, on arrête vos contrats », raconte-t-il.
Alors qu’il terminait sa journée et s’apprêtait à quitter les lieux, il s’appuie sur un garde-corps qui cède brutalement.
« J’avais fini ma journée, j’étais en train de partir. J’ai appuyé avec le coude sur le garde-corps, et il est parti. Je suis tombé en arrière. Ce garde-corps avait déjà été signalé comme défectueux depuis huit mois. »
Une chute dans une zone contaminée
L’ouvrier décrit une double chute particulièrement violente.
« Je suis tombé quatre mètres, mon dos a tapé sur le silo. Puis j’ai rechuté encore quatre mètres dans de l’eau contaminée, la tête en bas. J’étais inconscient, je me noyais. »
Un collègue parvient à lui maintenir la tête hors de l’eau avant l’arrivée des secours.
« Les pompiers sont arrivés au bout de 45 minutes. Je suis resté dans l’eau glacée tout ce temps-là. Il y avait un poste de secours sur place. »
Transporté au CHU Trousseau de Tours, Zoubir Raho échappe de peu à la paralysie.
« Les médecins m’ont dit qu’il restait un millimètre entre moi et le handicap. Un millimètre au niveau de la moelle épinière. »
Des séquelles toujours présentes
Près de cinq ans après l’accident, les conséquences physiques et psychologiques restent importantes.
« J’ai un décalage de 14 millimètres au niveau du bassin. Je boite. Et j’ai encore une agrafe dans la tête parce qu’ils ont posé de mauvaises agrafes. »
Il évoque également un lourd suivi médical.
« Ça va faire cinq ans que je suis en traitement. J’ai fait plus de 620 séances de kiné. J’ai toujours des douleurs, toujours des cauchemars. »
L’accident a aussi profondément bouleversé la vie familiale et financière du couple.
« Zoubir, de 5 000 euros, il est passé à 900. Moi, de 2 700, je suis passée à 1 000. C’était vraiment la descente aux enfers », explique son épouse Corinne.
EDF et Nuvia poursuivies devant la justice
EDF et la société Nuvia Structure comparaissent pour blessures involontaires et manquement à leur obligation de sécurité.
Selon Zoubir Raho, le garde-corps défectueux avait déjà été signalé plusieurs mois avant l’accident.
« La Sûreté nucléaire avait obligé EDF à changer ce garde-corps. Ils ne l’ont pas fait. Dans son rapport, la Sûreté a conclu qu’EDF avait exposé sciemment des travailleurs à un risque mortel connu. »
L’ouvrier affirme également n’avoir reçu aucun soutien depuis l’accident.
« Depuis l’accident, EDF ne m’a pas donné de nouvelles. Pas une seule fois en presque cinq ans. »
Un procès finalement renvoyé à septembre
Présent à l’audience ce mardi, Zoubir Raho savait déjà que le dossier risquait d’être renvoyé.
« On savait déjà que ça allait être reporté. Mais on est là pour montrer qu’on n’a pas peur, qu’on ne lâche rien. »
Il dit désormais attendre une décision de justice après plusieurs années de procédure.
« Je veux que la justice fasse son travail. Qu’elle me montre que ce n’est pas EDF qui décide. Pas Nuvia non plus. Ce n’est pas le grand poisson qui doit manger le petit. »
La direction d’EDF indique de son côté ne pas souhaiter commenter « une procédure en cours » tout en assurant qu’elle « continuera de coopérer pleinement avec les autorités compétentes ».


