Sante

Angers : Pascale Jeannin, lauréate d’un prix pour ses travaux sur les formes graves du Covid-19

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Pascale Jeannin et son équipe sont lauréat d’un prix qu’ils recevront le 5 juillet 2022 à la Maison de la Recherche à Paris.

Avec une équipe d’une douzaine de membres, Pascale Jeannin a travaillé depuis le premier confinement dans le domaine de l’immunologie dédié à la lutte contre la COVID-19. Son équipe et elle, cherchaient à savoir pourquoi les enfants étaient moins sujets à des formes graves que les adultes.

Pascale Jeannin est responsable du laboratoire de recherche INSERM depuis une vingtaine d’années et du laboratoire d’Immunologie du CHU d’Angers. Les travaux d’elle et de son équipe, réalisés en collaboration avec le service de virologie du CHU d’Angers, ont été récompensés dans le cadre de la 5ème édition du Fonds de dotation CSL Behring pour la recherche. Une cérémonie aura lieu le 5 juillet 2022 à la Maison de la Recherche à Paris pour leur remettre le prix.

Comment et pourquoi avez-vous débuté cette étude ?

« Depuis le début de la pandémie, l’âge a été identifié comme facteur de risque majeur de développer une forme grave du Covid-19. Contrairement aux personnes âgées, les enfants ont moins de risque de développer une forme clinique grave et développent généralement des formes légères. On a émis l’hypothèse que le fait qu’un enfant ait une forme bénigne soit dû à une protection par une réponse immunitaire innée locale plus efficace au point d’entrée du virus. Mais avec l’âge, celle-ci serait moins efficace. L’immunité innée qui est efficace immédiatement après contact avec un virus a été moins étudiée jusqu’à présent que l’immunité adaptative qui elle mettra 5 à 7 jours avant de se mettre en place. Nous avons fait notre étude sur 226 tests nasopharyngés réalisés dans un centre de dépistage « drive » au CHU dont 147 se sont avérés positifs à la covid-19. »

Que vous ont appris vos travaux ?

« Notre étude s’est intéressée aux molécules solubles que l’on nomme interféron de type 1 et 3. Lorsque des cellules sont infectées par quelque virus que ce soit, ces molécules sont produites et sont de puissants antiviraux naturels qui vont protéger les cellules voisines de l’infection. Le rôle de ces deux interférons est différent avec une réponse antivirale d’intensité et de durée différente. On a une réponse majeure chez l’enfant de l’interféron de type 3 et plutôt de type 1 chez l’adulte. Les IFN de type 1 sont produits par et agissent sur de nombreux types cellulaires et peuvent contribuer à amplifier la réaction inflammatoire et la mort cellulaire massive associée aux formes graves de l’infection par SARS-Cov-2. Au contraire, les IFN de type 3, et en particulier IFN lambda1, ont une action limitée aux épithéliums et ne sont pas inflammatoires.

L’analyse des échantillons étudiés par l’équipe de recherche révèle que, chez les sujets infectés par le SARS-CoV-2, les profils d’expression des interférons de type 1 et de type 3 diffèrent avec l’âge. Ainsi, les enfants ont une expression accrue d’interférons de type 3, molécules peu inflammatoires et d’action locale, qui contrôlent le virus localement au niveau de son point d’entrée, dans la muqueuse nasopharyngée. À l’inverse, les adultes, et en particulier les personnes âgées, expriment préférentiellement des interférons de type 1 qui sont inflammatoires et ont une action plus systémique (dans tous l’organisme). »

Quels sont les intérêts de ces travaux ?

« Ces résultats contribuent à expliquer pourquoi les enfants seraient moins sujets aux formes sévères de Covid-19 que les adultes. Ils suggèrent également que l’utilisation locale d’IFN 3 pourrait être efficace pour prévenir/contrôler l’infection. Au niveau international, des études cliniques comparant les effets anti-SARS-CoV-2 des IFN 1 et 3 sont en cours. »

Sur quoi aller vous travailler après ces travaux ?

« L’équipe va poursuivre ses travaux en s’intéressant à l’expression d’autres molécules anti-virales de l’immunité innée. On a eu des avancées majeures sur le sujet, mais on a encore énormément de choses à découvrir sur l’immunologie innée. »